« Il faut assumer collectivement une péréquation entre territoires ruraux et urbains »

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Maximilien Pellegrini, DG délégué de Suez Eau France.
Maximilien Pellegrini, DG délégué de Suez Eau France. (Crédits : DR)
Maximilien Pellegrini, DG délégué de Suez Eau France, a milité pour une meilleure prise en compte des spécificités territoriales, notamment rurales et urbaines, dans le défi de la transition écologique, vendredi 30 août lors de la table-ronde « Un an après, comment réconcilier la république des territoires ? » organisée dans le cadre de l’événement The Village.

Les services d'eau et d'assainissement des eaux usées contribuent au développement des territoires et à leur transition écologique. Tel a été le message transmis par Maximilien Pellegrini, Directeur Général Délégué en charge de l'Eau en France chez Suez, à l'occasion de son intervention vendredi 30 août lors de l'événement The Village, organisé par La Tribune à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne).

« Pour autant, si de nombreuses solutions sont déployées dans les territoires pour répondre aux défis colossaux induits par le changement climatique et les fractures territoriales, il n'en demeure pas moins que nous devons aujourd'hui faire face à une situation d'urgence. C'est par l'eau que l'Homme est et sera le plus impacté. Qu'il s'agisse d'inondations, de sécheresse, de phénomènes climatiques extrêmes, de pollutions émergentes, les conséquences sont plurielles.

L'enjeu de la ruralité

Les territoires n'ont pas la même exposition face au changement climatique. Dans l'Aude, par exemple, après des inondations meurtrières au mois de décembre dernier faisant 15 morts, une période de sécheresse puis des incendies ont frappé le département au cours de ces dernières semaines.

Nous sommes à un point de bascule, nous n'avons plus le choix. Nous devons mettre en œuvre une transformation massive avec des mesures d'anticipation adaptées à chaque territoire pour éviter l'aggravation des fractures » a-t-il plaidé devant Sébastien Lecornu, ministre en charge des Collectivités territoriales présent à la table-ronde.

Alors comment faire pour aller plus loin et plus vite ?

En premier lieu, « il faut assumer collectivement une péréquation globale pour que les territoires ruraux et semi-ruraux bénéficient d'un service de l'eau avec un tarif acceptable. Les agences de l'eau jouent un rôle très important, renforcé au cours des Assises Nationales de l'Eau, dans cette péréquation. Je pense cependant qu'il faut aller au-delà et trouver des mécanismes de financement alternatifs alors que la réglementation s'intensifie et que les défis sont majeurs notamment en matière de préservation de la biodiversité, d'enjeux sanitaires liés à la qualité de l'eau ou encore de mise en conformité des stations d'épuration et de transition énergétique », argumente le DG délégué de Suez Eau.

Car, « malgré une dépense annuelle de 6,5Md€, les services publics d'eau et d'assainissement souffrent de sous-investissements chroniques dans les infrastructures, de l'ordre de 1Md€/an pour les seuls réseaux d'eau potable. Il est parallèlement primordial d'imaginer les modalités de mise à contribution de toutes les parties prenantes. D'autant que les territoires ruraux ou semi-ruraux, par essence moins peuplés, paient un lourd écot quant aux besoins d'investissement, sur le plan structurel mais aussi compte tenu de l'effort financier à consentir per capita. »

Une vision sur le long terme

En deuxième lieu, « pour tenter de régler les problèmes de transition écologique, il faut accepter de changer de temporalité, de remettre du temps long dans nos réflexions, d'innover sans cesse et d'avoir une vision holistique de l'aménagement des territoires », exhorte encore Maximilien Pellegrini. L'enneigement va diminuer de 50% dans les Pyrénées d'ici à horizon 2050 et le niveau de la Méditerranée risque d'augmenter de près d'un mètre à horizon 2010-2120, selon les prévisions les plus pessimistes. « Pourtant, il est très compliqué de demander aux citoyens de faire des efforts sur des échéances à très long terme concernant des sujets complexes dont on ne maitrise pas complétement l'étendue et les effets mais qui seront demain le pilier de notre projet de société. Nous avons tous - politiques, acteurs institutionnels, associations et entreprises - un rôle à jouer pour expliquer ces enjeux et la nécessité impérieuse de nous projeter pour l'avenir des générations futures », souligne-t-il.

Mais le besoin de pédagogie ne porte pas uniquement sur les enjeux à long terme, il concerne également la tarification et les services apportés aujourd'hui par les entreprises privées telles que SUEZ. « Pour le grand public, le service de l'eau est banalisé ; le citoyen a l'impression que l'investissement a été fait et qu'il n'y a plus rien à faire », note le DG délégué de Suez Eau. « Derrière la tarification de l'eau, il y a la question de l'adaptation au dérèglement climatique - comment continuer à délivrer de l'eau en quantité et en qualité suffisante ? - et le développement de nouveaux services qui produisent des ressources locales ou permettront, demain, d'améliorer globalement notre empreinte environnementale.

En lien avec les collectivités territoriales qui nous ont fait confiance, les services d'assainissement produisent notamment de l'énergie, des engrais phosphatés pour l'agriculture, ... grâce au traitement des boues issues des stations d'épuration », rappelle Maximilien Pellegrini. « Nous nous inscrivons dans une économie circulaire, facteur de développement des territoires urbains comme ruraux. »

Tous concernés par la transition écologique

« En troisième lieu, il conviendrait d'assouplir la réglementation. Je pense en particulier, aux apports potentiels de la méthanisation à l'économie circulaire et à la réduction des GES, à la loi Brottes associée à l'augmentation des impayés ou à la réglementation portant sur la réutilisation des eaux usées traitées dans un contexte de tension sur la gestion quantitative et qualitative de la ressource », évoque-t-il. « Aujourd'hui, la France compte 0,2% d'eaux usées réutilisées ; l'Italie, 8% ; l'Espagne, 14% et Israël, nécessité faisant loi, plus de 80%.

Enfin, selon Maximilien Pellegrini, la transition écologique et les fractures territoriales imposent de coopérer. « Il faudrait créer de nouvelles instances de dialogue, ne pas opposer public, privé, société civile mais alimenter les discussions, agréger les expertises et développer des approches transversales bien au-delà de nos seuls métiers.

La transition écologique doit être issue d'une approche multisectorielle et multipartenariale car elle est une responsabilité partagée entre état, collectivités, entreprises, administrations, associations et citoyens ».

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