La ville post-Covid  : réussir une proximité qui ne soit pas synonyme de fracture

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(Crédits : DR)
« Depuis la crise, nous avons le sentiment que nous ne pourrons plus exercer notre métier comme avant. Nous souhaitions comprendre comment la ville va se transformer ». Sur la base de ce constat, Olivier Wigniolle, directeur général d’Icade, a organisé une journée de débats afin de dessiner les contours de la ville post-Covid.

Au cours des échanges s'est rapidement imposée une notion, celle de proximité. La « ville du quart d'heure », théorisée par Carlos Moreno, chercheur et Professeur des Universités, est devenue une réalité. « Le quartier est la nouvelle unité de référence des Français, les villes sont désormais  polycentriques», confirme Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l'IFOP. Un phénomène favorisé par l'essor d'une économie de proximité, indispensable quand les mécanismes de l'économie internationale s'effondraient.

Ce polycentrisme résistera-t-il à la sortie de crise ? Pour qu'il perdure, le Chef Thierry Marx y pose comme condition l'émergence d'un commerce alimentaire de proximité et de qualité. « L'alimentation accessible doit être placée au cœur des villes et s'inscrire dans des circuits courts, favorisant le maillage territorial. N'oublions pas que les inégalités sociales passent par les inégalités alimentaires ». La volonté politique de favoriser ce polycentrisme pourrait également jouer un rôle clé dans son succès. Elle est notamment manifeste à Paris, Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris, voyant dans la préservation d'écosystèmes urbains un moyen de renforcer la résilience des villes face aux chocs externes.

La notion d'attractivité évolue

Ces liens de proximité n'empêchent pas d'autres bouleversements majeurs, en témoigne le récent sondage mené par IPSOS pour Icade. Il démontre une transformation des habitudes des Français, notamment sur les critères de mobilité. La proximité entre le logement et le travail perd ainsi en importance, alors que le télétravail gagne du terrain. Un phénomène qui pourrait entraîner un re-basculement des populations vers des territoires autrefois délaissés, dont les prix du foncier sont attractifs, remarque Olivier Sichel, directeur de la Banque des Territoires. Signe que les lignes bougent, des contrats d'équilibre territorial se nouent entre certaines métropoles et leurs territoires périphériques.

La relance et l'arrivée de nouveaux élus pourraient également donner l'impulsion à de nombreux changements dans les métropoles. Parmi les priorités, la transition écologique, qui passe par une politique des transports volontariste. Bruno Bernard, Président de Lyon Métropole, affirme ainsi sa volonté de doubler les investissements dans ses transports publics. Cette transition énergétique doit cependant se faire en intégrant les contraintes économiques et les besoins des entreprises et industries, et non en opposition, insiste Nicolas Mayer-Rossignol, Maire de Rouen et président de la métropole Rouen Normandie. À ses yeux, la réhabilitation constitue ainsi une piste prometteuse. En terme d'architecture, l'architecte Nicolas Michelin plaide pour la fin des projets conçus hors-sol et l'émergence de constructions en accord avec le paysage, intégrant ses contraintes et atouts environnementaux.

Quelle que soit la voie choisie, les élus mettent en avant l'importance de la coopération entre les territoires. « Il est nécessaire de créer une nouvelle armature autour des métropoles et des petites villes et de gouverner au travers des communs, c'est-à-dire en intégrant les biens communs, matériels et immatériels », recommande Carlos Moreno.

Lutter contre les fractures

« Cinq types de fractures sont déjà à l'œuvre dans la société française, alerte Jérôme Fourquet, Directeur du pôle Opinion et Stratégies d'Entreprise à l'IFOP. Les fractures sociales, territoriales, numériques, ethno-culturelles et celles liées au rapport que chacun entretien avec la consommation. » Loin de n'être qu'une occasion de resserrer des liens, la crise peut aussi creuser ces failles. L'impossibilité pour certains collaborateurs d'être en télétravail crée un sentiment d'injustice dans l'entreprise, confirme ainsi Elisabeth Ayrault, PDG et présidente du Directoire de la Compagnie Nationale du Rhône.

« Il faut faire attention, avec la relance, à ne pas trop "se métropoliser", au risque d'oublier des territoires qui se retrouveront dans un vide économique, culturel et de services, et donc démocratique. Si nous n'y veillons pas, nous verrons émerger de très fortes inégalités », avertit Yannick Jadot, député européen.

Afin d'éviter de tels écueils, plusieurs pistes sont évoquées. Mathieu Hanotin, Président de Plaine Commune et maire de Saint-Denis, plaide pour une répartition des difficultés entre les territoires. Pour François Baroin, président de l'AMF et maire de Troyes, la crise démontre le besoin de décentraliser. Régions, départements et communes doivent obtenir plus de responsabilités dans les domaines du médico-social, du logement, du tourisme... Et travailler, là encore, en étroite coopération.

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