Le Grand Paris en 2030

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(Crédits : DR)
Éric Groven, Directeur Immobilier des Réseaux France et Sponsor du Grand Paris pour la Société Générale, également Président de SOGEPROM, nous fait voyager dans le temps en livrant sa vision des premières réalisations de la troisième révolution urbaine d’Ile-de- France.

À ceux qui pensent encore que Paris est uniquement cette capitale de 20 arrondissements encerclés par le boulevard périphérique,
disons-le clairement, Paris est bien plus que cela. Depuis Lutèce, Paris s'est continûment transformée en s'étendant vers son destin, devenir un jour une vraie métropole européenne. Paris doit d'abord à Haussmann ses chefs-d'oeuvre réalisés avec une vision toujours si contemporaine, à une époque où les logiciels d'architecture n'existaient pas. Puis il a fallu répondre à une augmentation de la population, alors le Général de Gaulle et Paul Delouvrier, « pères des villes nouvelles », lancent une deuxième vague d'urbanisation. Au début des années 60, cinq villes nouvelles sont créées en Ile-de-France avec les infrastructures et transports correspondants (RER, autoroutes en étoile autour de Paris). Le temps est venu de poursuivre la transformation de « Paris en grand » et des espaces urbains qui l'entourent, en inventant la métropole de demain. C'est l'objectif du Grand Paris, troisième révolution urbaine d'Ile-de-France qui transformera profondément la vie de ses habitants, mais ils ne le savent pas encore vraiment... Éric Groven partage sa vision de l'avancement de ce qui est pour lui le « chantier du siècle » pour Paris et sa région.

Comment le Groupe Société Générale est-il devenu un acteur incontournable du Grand Paris ?

Société Générale a toujours été un partenaire majeur des grands projets d'infrastructure français tels la Tour Eiffel, le métro, les autoroutes, le CNIT, les aéroports... Acteur historiquement présent dans tous les métiers clés de l'immobilier, Société Générale a très tôt pris la parole sur le Grand Paris : à travers Sogeprom et son activité de promotion, en tant que banque finançant les professionnels de l'immobilier (promoteurs, foncières, investisseurs) et en conseillant ses clients institutionnels ou privés dans leurs transactions.

Comment le Grand Paris tentera de répondre à la fracture spatiale entre les grandes métropoles et les territoires moins denses ?

À ce sujet d'actualité sensible le Grand Paris répond d'une façon assez pragmatique. Le phénomène de métropolisation, mondial, est inéluctable. Les populations se rassemblent dans de grandes métropoles parce qu'elles y trouvent tout ce dont elles ont besoin : logement, emploi, crèches et écoles, hôpitaux, loisirs, culture, sport... Cette évolution crée inévitablement une fracture avec le reste des territoires, mais l'exode rural ne se décide pas, il est subi, principalement à cause du manque d'emplois qualifiés dans les zones moins bien desservies ; dans le même temps, cet étalement urbain et l'artificialisation des terres fragilisent le territoire. Sur un espace défini, on constate que les villes se juxtaposent en se développant horizontalement avec des discontinuités entre des espaces mal reliés et pas toujours très agréables à vivre. Le Grand Paris permettra un puissant désenclavement car il reliera ces villes par les 68 gares du Grand Paris Express qui rapprocheront ces territoires. En 2030, toutes les infrastructures du nouveau réseau ferroviaire auront été livrées et ce jour-là nous vivrons enfin dans une vraie métropole connectée entre ses différents points : les habitants de Noisy-le-Grand rejoindront la Porte Maillot en 30 minutes !

Le Grand Paris est-ce aussi l'accès à l'emploi « express » ?

Ce projet à 100 milliards euros d'investissements consacre 40 milliards aux infrastructures ferroviaires du Grand Paris Express et les autres 60 milliards induiront sur l'activité d'Île-de-France une croissance économique supérieure de 1 à 2% par an. On évalue à plus de 100.000 les nouveaux emplois créés ainsi. J'aime dire que ce projet est un peu notre « Far West » national car la conquête de l'Ouest aux États-Unis s'est justement faite par le développement des lignes de chemin de fer avec les villes naissant le long du trajet. La quinzaine de tunneliers du Grand Paris Express prévus d'ici fin 2019 vont permettre de créer les gares formant l'ossature de la métropole. Cette mobilité facilitée favorisera le déplacement des populations et développera ainsi emplois et croissance. En 2030, on comptera plus de 200 km de voies supplémentaires, 68 gares dont 55 nouvelles.

Quels sont les plus grands défis de ce Grand Paris ?

D'abord le défi de la mobilité induite par l'accroissement de densité de la population. Un plan doit être rapidement mis à l'échelle de la région toute entière car il faut régler la dégradation devenue intolérable des conditions de circulation, en particulier dans Paris intra-muros et sur le périphérique. Second défi, la gestion de la verticalité à laquelle les gens ne sont pas préparés. Les tours de Beaugrenelle par exemple culminent à 99 mètres mais aujourd'hui nous planifions des tours hautes d'environ 200 mètres (comme le projet de la Tour Triangle, Porte de Versailles) privilégiant une cohabitation des usages et des publics grâce à une programmation variée (bureaux, hôtel, logements, salle de sport, restaurants, commerces, crèches, centre de santé, cinémas...). La verticalité s'entend aussi en sous-sol car à partir de 2030, nous entrerons dans un univers post voiture... que deviendront les parkings ? Le challenge sera de faire adopter notre mini « New York » à la population francilienne !

Comment cette verticalité urbaine favorisera-t-elle le « vivre ensemble » à l'opposé des cités dortoir des années 70 ?

À cette époque prévalait une façon traditionnelle de construire la ville en partant d'une parcelle de terrain répartie entre promoteurs avec des bâtiments juxtaposés non coordonnés. Cela a créé des barres d'immeubles, celles que l'on détruit en ce moment. La ville de demain conçoit les objets urbains dans leur ensemble de façon harmonieuse et connectés entre eux. Les compétences de sociologues, pour faire en sorte que toutes les communautés sauront vivre ensemble ou d'économistes pour déterminer la programmation des bâtiments, celles de paysagistes, d'acteurs de l'énergie, des déchets, du transport... seront toutes mises en commun pour y répondre. Ce projet du Grand Paris est ainsi un terrain d'expression qui invite les citoyens à se concerter et pourquoi pas à jouer, notamment avec la VilleE+®  afin de déterminer les multiples impacts de ces lieux en création.

De quelle façon une ville intelligente en 2030 est une ville connectée ?

Les technologies de Big Data permettront grâce à des capteurs dissimulés un peu partout de collecter une masse d'informations traitée par des algorithmes optimisant le fonctionnement opérationnel de la ville. On évitera de faire passer un camion de poubelles à l'heure où le trafic est le plus dense... les capteurs aideront aussi à guider les véhicules autonomes. La ville connectée répond ainsi aux complexités créées par la métropolisation en collectant, analysant et traitant un flux massif de données en temps réel. Il faudra aussi travailler sur la confidentialité de ces données qui devront être traitées de façon anonyme pour protéger les libertés publiques fondamentales.

En 2030, comment les constructions du Grand Paris auront répondu au besoin de transition énergétique ?

La végétalisation essentielle pour le bilan carbone sera un des moyens d'y répondre. Plus aucun projet urbain n'est présenté aujourd'hui sans une composante verte décisive. La qualité environnementale des bâtiments neufs que nous créons contribue à la neutralité carbone. Le développement des mobilités douces y participe aussi. Autre notion importante, la réversibilité des bâtiments. Auparavant les immeubles de bureau duraient 25 ans, mais l'obsolescence rapide des technologies fait chuter cette espérance de vie à 15 ans. Pour qu'un actif immobilier garde sa valeur il faut le transformer (de bureaux en appartements ou commerces). Ainsi, la conception des bâtiments réversibles dès l'origine (plans spécifiques, matériaux recyclables) permettra d'offrir différentes vies à ces bâtiments.

Si le Grand Paris casse les frontières, est-ce que le périphérique sera encore en place en 2030 ?

Le boulevard périphérique engendre une fracture physique entre Paris et les communes de première couronne : cette route, la plus fréquentée d'Europe avec un million de véhicules par jour, provoque une forte pollution de l'air. Dans le Grand Paris de 2050, l'A86 doit s'imposer comme LE périphérique naturel de l'entrée Paris qui doublerait sa surface en restaurant une continuité entre les zones urbaines situées de part et d'autre de cette gigantesque frontière artificielle en béton. En tant que promoteur, vous êtes un acteur créateur de la ville de demain.

Vous imposez-vous des normes en plus de celles que la loi de l'urbanisme oblige ?

Oui, et d'ailleurs le siège de Sogeprom à Paris La Défense en est un bel exemple. La tour Ampère E+ a été primée lors de la Cop21 et choisie par la Commission européenne comme site modèle des bâtiments tertiaires fléchés ELSA (Energy Local Storage Advanced system). Ses multiples certifications démontrent son aspect novateur et durable. Elle est dotée d'un système de purification d'air par bio-organismes développé par la start-up BioOrg, "l'Ascenseur Otis ReGen" réduit jusqu'à 75 % la consommation d'énergie des ascenseurs en récupérant l'énergie générée par les cabines en phase de descente, le "B4B" ("Batterie For Building") crée au sein de l'immeuble un réservoir d'énergie en réemployant d'anciennes batteries de voitures électriques, ou encore le LiFi (Light Fidelity) permet une communication Internet haut débit par l'intermédiaire des lampes au plafond. Ce type de technologies peuplera les tours de demain.

Vous êtes en 2030, décrivez-nous ce que vous voyez

Le Grand Paris Express est livré. On fait face à six défis : mobilité, densité, verticalité, végétalisation, citoyenneté et gestion de la ville connectée. La Défense, Marne-la-Vallée, St Denis sont devenus des hubs majeurs aux portes de Paris de demain, avec des spécialisations efficientes comme la R&D autour de Saclay ou le transport international autour de Roissy. Le coeur historique de Paris sans voiture accueille enfin mieux les touristes du monde entier. La vie des parisiens se fait donc davantage vers les zones extérieures en plein renouvellement urbain : Porte de la Chapelle, Saint Denis Pleyel, Saint-Ouen, Aubervilliers, tout le Nord Est de Paris, sont en pleine mutation et s'harmonisent en termes de prix et de qualité de vie. Mais avec 131 communes dans le Grand Paris, chaque maire dispose du pouvoir final en matière d'urbanisme et d'architecture. Et sans processus de coordination, on risque de se retrouver avec des ensembles urbains très disparates. La conception de la ville de demain est donc aussi un défi architectural majeur... et tellement passionnant !

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Commentaires
a écrit le 04/07/2019 à 0:50 :
Je vais peut être changé de banque ! Changer pour changer, quelle ignominie. Haussman a ouvert la ville en créant ses artères. Le but était l’accessibilité. Tout le contraire de ce qui est fait aujourd’hui. Paris est devenu un parc d’attraction, invivable pour les locaux, sans intérêt pour les villes proches et c’est la banlieue qui nettoie (avions, step, décharges). Merci aux visionnaires qui ont créé cette situation.
Réponse de le 08/07/2019 à 6:23 :
Ouverture de grandes travees sur demande de l'etat major militaire de napo le troisieme pour que l'armee puisse intervenir rapidement afin de mater les revoltes tres frequentes en ces temps recules.
L'hygienisme n'a ete qu'un pretexte.
Pendant ce temps la, l'armee francaise se faisait tailler des croupieres au Mexique.

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