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Anne-Laure Bourn : "Une équipe mixte permet de mieux comprendre la société"

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Anne-Laure Bourn-Directrice générale adjointe du Groupe La Poste en charge de la branche réseau
#8mars #DroitsDesFemmes
Anne-Laure Bourn-Directrice générale adjointe du Groupe La Poste en charge de la branche réseau (Crédits : Presse)
[#8mars #DroitsDesFemmes] Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes, La Tribune donne la parole à des femmes engagées au coeur de leur entreprise respective. L'occasion de rappeler l'impact essentiel des actions menées par les grandes entreprises en termes d'égalité femmes-hommes. Anne-Laure Bourn est Directrice générale adjointe du Groupe La Poste en charge de la branche réseau, et Membre du directoire de la Banque Postale.

J'ai toujours eu un regard étonné sur la place des femmes dans la société et dans le monde du travail. Certes, nous avons parcouru du chemin vers une plus grande égalité ces dernières années. Mais quand on pense que les femmes n'ont eu le droit d'ouvrir un compte bancaire toutes seules qu'en 1965, on réalise qu'il y a encore du chemin à parcourir !

Cela fait 23 ans que je travaille au sein du Groupe La Poste, dont ces 4 dernières années en tant que DGA en charge du Réseau. A aucun moment, je n'ai considéré que ma carrière pourrait être freinée par le fait d'être une femme et, elle ne l'a jamais été. J'ai réussi à équilibrer à la fois ma vie professionnelle parisienne et ma vie de mère de trois fils en garde alternée à Rennes.

Pourtant, j'ai parfois ressenti une forme de suspicion dans les regards sur mon parcours de carrière venant aussi bien d'hommes que de femmes. Et peut-être même plus des femmes. Comme si elles doutaient elles-mêmes de la capacité d'une femme à mener sa vie de mère avec ce niveau de responsabilités.

Briser le plafond de verre

Car souvent les femmes elles-mêmes entretiennent ces freins psychologiques, ce plafond de verre qui les empêche de progresser et même d'espérer progresser.

Les femmes craignent énormément de ne pouvoir concilier vie de mère et vie professionnelle. C'est un frein avant tout culturel, largement lié à une éducation dans laquelle la femme reste la matrice de la famille. Les femmes ressentent très vite un sentiment de culpabilité quand elles doivent mettre en place un système de garde complémentaire, gérer les sorties tardives de réunion, être absentes aux rencontres parents professeurs... Il est important que les femmes dépassent ce mal-être, sans rien sacrifier mais en apprenant à mettre des limites que ce soit en terme d'horaires, de charge de travail, ou de disponibilité le week-end. C'est ce que j'ai fait quand je suis venue travailler à Paris. Il est important que l'entreprise soutienne ces demandes car respecter l'équilibre crée l'efficacité.

Les femmes ont également tendance à se sous-estimer : elles se remettent plus en question que les hommes, elles ont un côté bon élève et peur de ne pas faire assez bien... La société véhicule cette idée qu'elles doivent travailler plus pour réussir. Elles surinvestissent leur poste alors qu'elles devraient apprendre à déléguer davantage.

Enfin, il faut également que les femmes pensent à travailler leur réseau de manière à avoir les bons interlocuteurs au bon moment. Dans un emploi du temps tendu, elles pensent que ce n'est pas une priorité. Or entretenir son réseau doit faire partie des réflexes des femmes aussi bien que des hommes qui eux savent bien se réserver ces moments de contacts essentiels.

Une équipe mixte permet de mieux comprendre la société

L'entreprise doit être le reflet de la société toute entière. Les femmes ne doivent pas être traitées comme une catégorie à part. Et j'ai besoin d'une équipe qui comprenne la société et donc tous les clients.

A La Poste, dans mon comité de direction, il y a 54% de femmes, 7 femmes sur 13, ce qui est assez remarquable et symbolique de la démarche que le groupe a engagée depuis des années. La Poste a un positionnement exemplaire notamment sur l'égalité des rémunérations avec un écart de seulement 0,23% entre les hommes et les femmes. Il existe également une enveloppe « égalité salariale » de 300.000 euros pour faire d'éventuels rattrapages.

Dans le groupe, il y a 52,4% de femmes cadres, 42,8 % de femmes cadres supérieurs mais plus que 29% de femmes sur les postes clés. Nous avons donc décidé d'une démarche volontariste afin qu'en 2022, plus de 40% de femmes puissent accéder à ces postes clés.

Cela passe par un travail attentif pour identifier les talents et leur permettre d'accéder à des postes opérationnels. L'index de promotion est d'ailleurs légèrement en faveur des femmes (0,15%) ce qui illustre bien notre dynamique.

Offrir les mêmes chances à tous

Afin d'offrir les mêmes chances à tous, nous avons par exemple mis en place une politique de soutien aux familles monoparentale pour accompagner financièrement leurs besoins.

Il faut également proposer des outils plus puissants qu'aujourd'hui pour accompagner les couples menant de front des doubles carrières car il apparaît souvent qu'un des membres du couple, souvent la femme, s'efface pour laisser les opportunités à son conjoint engendrant alors sacrifices et frustrations.

Dans le réseau que je dirige, il y a 70% de femmes et je crois à la valeur de l'exemple pour montrer qu'il est possible de s'épanouir tout en accédant aux plus hautes responsabilités de notre entreprise. Et si mon parcours peut servir d'exemple aux jeunes femmes que je rencontre pour qu'elles osent afficher leurs ambitions, j'en serais fière.

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