EasyJet : les pilotes français opposés au possible rachat par Castlelake

La reprise possible d’easyJet par Castlelake n’enchante guère à ce stade les syndicats.
EasyJet

La reprise possible d’easyJet par Castlelake n’enchante guère à ce stade les syndicats.
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Le conseil d’administration d’easyJet a donné, le 5 juillet dernier, un « accord de principe » à l’opération. Mais quid des pilotes, qui n’ont, pour l’heure, pas eu voix au chapitre ? Ces derniers, alors que se précise un rachat de la compagnie britannique par le fonds américain Castlelake à la plus grande joie des investisseurs, goûtent bien peu l’idée d’un tel rapprochement. « En l’absence de projet industriel détaillé et de garanties sur l’emploi, les bases et le modèle social, nous sommes opposés au rachat », confie à La Tribune Jean-Marc Cioffi, président de la section easyJet au sein du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) easyJet.
Depuis début juin, Castlelake tente de mettre la main sur easyJet, la deuxième compagnie aérienne européenne. Sa 5e tentative aura été de nature à convaincre le conseil d’administration de l’opérateur, avec une offre de rachat à 690 pence par action. Soit une valorisation s’élevant à 5,2 milliards de livres sterling (6,1 milliards d’euros).
L’offensive, susceptible de constituer une opération majeure pour le transport aérien européen, a fait bondir le cours de Bourse de près de 80 % depuis la mi-mai. Castlelake a jusqu’au lundi 3 août pour effectuer une offre ferme. « Mais lors d’une OPA, on oublie souvent le volet social alors que c’est l’humain qui fait vivre la société et la rend rentable », glisse Jean-Marc Cioffi.
Principal grief de la section easyJet du SNPL, qui représente 98,5 % des 572 pilotes français de la compagnie aérienne (sur près de 6 000 au sein de l’entreprise) : l’absence d’informations quant aux intentions de Castlelake. « L’offre est purement financière pour le moment, sans aucune garantie sur l’emploi ou la flotte, regrette Jean-Marc Cioffi. Nous ne sommes pas opposés par principe à un rachat, mais rien ne démontre qu’un fonds d’investissement soit nécessaire à la pérennité d’une entreprise déjà viable, dotée d’actifs solides et d’un plan de renouvellement de flotte de près de 280 avions en commande. » L’opérateur exploite aujourd’hui 356 appareils.
Des craintes justifiées par les scénarios d’analystes et les rumeurs qui circulent depuis plusieurs semaines, entre démantèlement, restructuration et vente à la découpe. « Cette opacité crée de l’inquiétude, ajoute Jean-Marc Cioffi. Un acheteur arrive normalement avec un plan. Soit les repreneurs veulent garder la structure actuelle et l’optimiser, soit ils ont un plan de démantèlement pour faire du bénéfice. Nous souhaitions de la transparence de leur part, mais aussi de la part de la direction d’easyJet. »
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Un comité social et économique (CSE) s’est d’ailleurs tenu mardi 7 juillet entre les représentants de la direction d’easyJet et ceux des organisations syndicales. « La direction de la compagnie répond ne pas connaître le plan de Castlelake, affirme Jean-Marc Cioffi. Il est inquiétant que la direction puisse accepter une offre sans savoir quel est le plan opérationnel ou social derrière. Ou soit la direction ne souhaite pas fournir les éléments qu’elle détient. »
Autre source d’inquiétudes émise par le SNPL, celle du montage envisagé pour rester dans les clous des règles européennes. Celles-ci imposent – pour obtenir une licence d’exploitation – que les compagnies aériennes basées sur le continent soient détenues à plus de 50 % et effectivement contrôlées par des États membres de l’UE ou des ressortissants de l’UE.
Or Castlelake prévoit de créer une entité, qui détiendrait 51 % du capital, portée par deux acteurs irlandais : Mark Breen, entrepreneur dans l’aérien, et Peter Bellew, ancien cadre chez Ryanair et easyJet, mais aussi ex-PDG de Malaysia Airlines. « Ce "véhicule" d’investissement ne doit pas être une simple coquille vide sur le papier, mais exercer un contrôle effectif, comme le stipulent aussi les règles européennes », alerte Jean-Marc Cioffi.
Dans le cas contraire, Castlelake pourrait avoir les coudées franches et tout mettre en œuvre pour maximiser ses profits. « Il y a des risques au niveau de la gouvernance avec des pressions possibles sur la productivité non sans conséquence sur la fatigue des équipages, ce qui impacterait la sécurité des vols », s’inquiète Jean-Marc Cioffi.
Pour l’heure, aucun autre syndicat n’est vraiment sorti du bois pour remettre en question le rachat d’easyJet. Contacté par la Tribune, le principal syndicat anglais reste prudent. « Quel que soit le propriétaire de la compagnie, notre priorité sera de défendre et d’améliorer les conditions de travail de nos adhérents, dans le cadre d’une exploitation continue, sûre et professionnelle de la compagnie aérienne », estime Chris Jones, directeur des relations industrielles et de la politique de l’emploi au sein de la British Airline Pilots' Association (Balpa).
Les inquiétudes des pilotes français d’easyJet ne sont pas sans rappeler celles de certains pilotes de TAP Portugal au printemps dernier, même si la configuration est totalement différente. Alors que Lufthansa faisait figure de possible repreneur, le SPAC, le principal syndicat représentant les pilotes de ligne portugais, avait fait connaître ses réticences au vu du climat social régnant au sein de la compagnie aérienne allemande. Les offres fermes pour cette opération, qui intéresse aussi Air France-KLM, sont attendues jusqu’à fin juillet.