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"Transmettre l’envie d’un monde mixte et égalitaire est une mission essentielle", Stéphane Pallez, FDJ

Photo de Valérie Abrial

Valérie Abrial

Publié le 17 avril 2018 à 08:12 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:05

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Engagée de longue date en faveur du numérique et de l'égalité femmes-hommes, Stéphane Pallez, Présidente-directrice générale du groupe Française des jeux est la marraine de la Journée de Femme Digitale qui se déroule ce 17 avril à la Maison de la Radio. Pour La Tribune, elle revient sur ses engagements.

Quels sont les engagements de la Française des jeux en matière d'égalité femmes-hommes ?

L'égalité femmes-hommes est avant tout un projet de mixité. Il passe par une attention particulière portée aux femmes puisqu'aujourd'hui encore, elles sont moins bien représentées et moins valorisées que les hommes dans les entreprises. Je suis convaincue que nous pouvons faire bouger les lignes à condition de le faire collectivement. Il est certain que le dirigeant ou la dirigeante d'une entreprise peut donner une impulsion, et c'est même souhaitable, mais l'objectif de la mixité ne peut être atteint que dans un élan collectif. En tant que Présidente-directrice-générale, je me dois de transmettre cette impulsion à mes collaborateurs. Depuis mon arrivée à la Française des Jeux (en novembre 2014, ndlr), il m'a semblé évident qu'il était possible de féminiser le Comité exécutif, non pas pour appliquer une politique de quota mais tout simplement parce que FDJ a un vivier de femmes compétentes. 43% des salariés sont des femmes. Aujourd'hui, notre COMEX compte 40% de femmes, comme notre conseil d'administration. Nous avons pris collectivement un engagement en 2015 dans notre projet stratégique de croissance et de transformation numérique FDJ 2020 : avoir le même pourcentage de femmes managers que le pourcentage de femmes (43 %) dans l'entreprise d'ici 5 ans. Nous progressons d'année en année et atteignons actuellement 40%, mais pas dans tous les métiers. C'est pourquoi nous portons une attention particulière aux métiers techniques c'est-à-dire, à la Française des Jeux, liés au système d'information et à l'environnement technologique. Dans ces entités, nous ne comptons que 17% de femmes.

Quelles actions avez-vous lancé pour attirer les femmes sur ces métiers technologiques ?

La première chose a été d'attirer les femmes qualifiées vers ces métiers, puis de les rendre visibles afin d'augmenter l'attractivité des entités techniques. C'est la logique des cercles vertueux : plus l'on voit de femmes dans ces fonctions, plus cela paraît naturel et plus il y a des candidates de qualité. Les femmes dans ces fonctions sont la preuve que c'est possible et constituent un levier pour la mixité managériale dans les métiers technologiques. Afin d'encourager cette évolution de manière générale, nous avons proposé aux femmes de l'entreprise de créer le réseau des femmes de FDJ, « A elles de jouer », dont le DGA en charge de la DSI et moi-même sommes sponsors. Nous sommes convaincus du potentiel des femmes dans les métiers liés aux systèmes d'informations et plus largement dans le digital. La digitalisation de l'entreprise est un de nos axes stratégiques majeurs : c'est d'abord remettre le client au centre de notre stratégie ce qui est essentiel dans la mesure où nous avons vocation à en avoir beaucoup (26 millions de clients aujourd'hui). Ensuite, les réseaux de distribution étant de plus en plus digitaux, nous nous devons d'y offrir des services numériques. Cette transformation digitale est une opportunité pour les femmes qui, au même titre que les hommes, se doivent d'en être actrices. Et le secteur du digital ne concerne pas uniquement la technologie ; c'est une transformation de nos métiers au croisement du marketing, du design, de la sociologie... La transformation numérique est déterminante pour créer des jeux digitaux, des applications et des interfaces clients. En réalité, le digital est partout aujourd'hui. Les études le montrent: les femmes sont au moins aussi qualifiées que les hommes dans la population, mais elles ne sont pas visibles sur ces métiers-là, alors que ce sont des métiers d'avenir pour lesquels elles ont toutes les compétences. Les actions que nous menons à FDJ sont à l'image de mes convictions : la transformation digitale est une chance pour les femmes et les femmes sont un atout pour la réussir.

FDJ est également très engagée dans le sport...

Nous sommes effectivement très investis dans le sport et, il était donc naturel de se donner un axe sur le sport féminin. Nous sommes historiquement l'un des premiers financeurs du sport en France. Cette situation nous a permis de constater que l'on y retrouve les mêmes problèmes que dans l'entreprise : l'inégalité salariale, la trop faible représentation des femmes dans la gouvernance du sport, tous les clichés sexistes, la sous-représentation des sportives dans les médias... Autant d'indicateurs qui nous ont encouragés à travailler sur la parité dans nos engagements sportifs. Puisque nous soutenons une équipe cycliste masculine, il était logique de sponsoriser une équipe féminine (FDJ Nouvelle Aquitaine). De même, dans tous nos accords avec les fédérations sportives, nous avons inclus l'obligation d'avoir un volet sur le développement du sport féminin. Le sport est le domaine par excellence de l'égalité des chances : ce sont les meilleurs athlètes qui gagnent les compétitions. Symboliquement c'est le secteur qui devrait incarner le mieux l'égalité des chances et la mixité ; malheureusement, les athlètes féminines ne sont pas encore traitées à l'égal des athlètes masculins. En sponsorisant des équipes féminines, nous contribuons à les rendre visibles ; et cette médiatisation a un effet vertueux car nous avons pu constater que l'audience était au rendez-vous. Tout simplement parce que les gens aiment la compétition et les héros ou les héroïnes du sport. Et ces femmes deviennent des modèles pour les générations à venir.

Est-ce parce que vous êtes aussi un rôle modèle en tant que PDG du 4e opérateur mondial de loterie que vous avez accepté d'être marraine de la Journée de la Femme Digitale ?

Être marraine de la JFD m'est apparu très naturel. Delphine Remy-Boutang a fondé un événement qui repose sur ses convictions et qui permet de montrer le dynamisme et la qualité des talents féminins existant dans le domaine digital. Or, on ne le répétera jamais assez, les femmes n'y sont pas assez visibles, voire même souvent invisibles. Dernièrement, 50 startups françaises ont été présentées comme les futures licornes, pas une seule femme n'était représentée. Cela laisse penser  qu'il n'y a pas de femmes dans les startups ou qu'elles sont moins talentueuses que les hommes. Si on ne montre pas de femmes startuppeuses, comment voulez-vous que les jeunes femmes s'identifient et croient à leur chance de réussir ? La visibilité et la mise en réseau sont les conditions sine qua non du succès à l'heure de la révolution numérique des métiers et de l'économie . C'est maintenant que notre pays a besoin de tous ses talents pour être leader dans les nouveaux écosystèmes digitaux de demain. Les femmes en font bien évidement partie. L'un des messages les plus importants pour les femmes c'est : « oui c'est possible ». C'est l'une des raisons pour laquelle je suis heureuse d'être marraine de la Journée de la Femme Digitale. Je me sens une responsabilité de transmettre et d'aider. Et je me suis aperçue que le seul fait d'être une femme à la tête d'une grande entreprise, induit cette responsabilité car tout le monde vous perçoit spontanément comme un modèle.

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Vous évoquez la transmission ; avez-vous des programmes de mentoring au sein de FDJ ?

Oui, dans notre programme de soutien aux projets entrepreneuriaux avec Techstars, nous allons nous obliger à y inclure 50% de femmes. Non pas pour respecter les quotas, mais pour offrir des opportunités à ces entrepreneures. Nous avons aussi un programme avec RAISE, qui nous permet de mentorer des startups dirigées par des femmes. A ce jour, trois de nos directrices sont mentors de 3 startups : Yuzu créée par Emilie Audoly, Laboté cofondée par Lucille Bataille, et Bloomison cofondée par Mélanie Jonniaux. Le mentoring est enrichissant dans les deux sens ; chaque fois que j'ai été mentor, j'ai beaucoup appris de ces femmes exceptionnelles qui prennent des risques et, ont énormément d'énergie et d'ambition. La Journée de la Femme Digitale c'est aussi une occasion de faire des rencontres et de s'interroger sur ce que l'on veut transmettre. La transmission est primordiale. C'est aussi pour cette raison que chaque année, lors de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, j'offre un livre à l'ensemble des collaborateurs de l'entreprise en lien avec le sujet de l'égalité et de la mixité. Il y a quatre ans, nous avons offert le livre de Nathalie Loiseau « Choisissez tout », en 2016 le livre de Chimamanda Ngozi Adichie « Nous sommes tous des féministes », en 2017, 4 ouvrages à choisir dans la collection « Egale à Egal » édités par le Laboratoire de l'égalité et cette année « Marie Curie » de Janine Trotereau. Transmettre à tous, hommes et femmes, l'envie d'un monde mixte et égalitaire, fait partie des missions essentielles des entreprises dans le monde d'aujourd'hui.

Valérie Abrial

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