Passage de 4 à 3 opérateurs : Orange persiste, dénonce "l'intox" de Free

Par Delphine Cuny  |   |  647  mots
« Il ne faut pas se laisser intoxiquer par les discours de certains : « circulez, il n’y a rien à voir, ça ne se fera pas sans nous, c’est moi qui donne le la, je n’en ai pas besoin, etc » a déclaré Stéphane Richard. (Crédits : Reuters)
Stéphane Richard, le PDG d’Orange, s’est dit prêt à « participer à la consolidation en France », six mois après refermé le dossier du rachat de Bouygues Telecom. Il doute de la viabilité d’un marché à quatre opérateurs mobiles, à l’approche de la vente de nouvelles fréquences mobiles notamment, malgré les propos de Xavier Niel.

Dans sa liste des bonnes résolutions 2015, Stéphane Richard, le PDG d'Orange, ne démord pas de son idée d'un passage de 4 à 3 opérateurs mobiles en France, trois ans après le "tsunami Free Mobile". Dressant un bilan de l'année écoulée et ses perspectives devant la presse, ce mardi matin, au siège d'Orange, le dirigeant a indiqué que la vente de ses parts dans l'opérateur britannique EE à BT - qui devrait lui rapporter plus de 6 milliards d'euros en cash, lui donnera « de la flexibilité pour participer à une consolidation en France.»

Six mois après avoir refermé le dossier d'un éventuel rachat de Bouygues Telecom et deux mois après l'acquisition effective de SFR par Numericable, le numéro un français des télécoms croit toujours que la situation ne restera pas en l'état.

« Peut-on vivre de façon durable à 4 opérateurs ? Il n'y a pas de doute sur 3, il y a un vrai doute sur 4. Pourquoi la France serait-elle le seul pays où la question ne se pose pas, alors que l'Allemagne a estimé un passage de 4 à 3 souhaitable, le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Espagne aussi » a fait valoir Stéphane Richard.

« Evidemment, une question se pose sur le nombre d'acteurs, avec la convergence fixe-mobile. Cela supposerait le rapprochement de 2 des 4 acteurs. J'ai essayé de le faire avec Orange, je n'y suis pas arrivé, j'ai refermé le dossier. Vu notre position, nous étions les plus mal placés pour faire accepter [un tel rapprochement] par l'Autorité de la concurrence et Bruxelles. Nous ne voulons pas être le fer de lance d'une consolidation mais y participer. Cela passera par l'association nécessaire de plusieurs acteurs. »

"L'intox" de Xavier Niel

Et le patron d'Orange d'évoquer les déclarations de Xavier Niel, le fondateur et principal actionnaire d'Iliad-Free, sans le nommer.

« Il ne faut pas se laisser intoxiquer par les discours de certains : « circulez, il n'y a rien à voir, ça ne se fera pas sans nous, c'est moi qui donne le la, je n'en ai pas besoin, etc», des propos somme toute pas très modestes.

Il y a une pression naturelle vers la consolidation du secteur, à cause du niveau d'investissement nécessaire dans les fréquences et la fibre. Les niveaux de marge sont limites, voire au-dessous des standards de l'industrie. Nous, en France, en tant qu'opérateur historique, avons des marges qui se situent 7 à 8 points en dessous de celles de nos homologues en Allemagne et en Espagne. Et certains disent qu'elles sont trop élevées ! C'est encore plus vrai pour les opérateurs qui n'ont pas notre taille » a lancé le PDG d'Orange.

En novembre dernier, sur BFM TV, Xavier Niel avait en effet déclaré « on n'est pas acheteur et comme pour des raisons concurrentielles, la consolidation ne peut pas se faire sans nous, on aura durablement quatre acteurs. » Bouygues Telecom, qui a engagé un vaste plan de restructuration, a aussi affirmé se positionner en vue d'un « marché durablement à quatre acteurs.» Approché par Free et par Orange, Martin Bouygues, canidat déçu au rachat de SFR, n'aurait pas voulu céder sa filiale télécoms, valorisée par les analystes autour de 6 milliards d'euros, alors qu'il en aurait demandé 7 à 8 milliards.

Le PDG d'Orange a reconnu que la situation pourrait se débloquer du côté de Numericable-SFR. Le directeur général d'Altice, premier actionnaire du câblo-opérateur, avait déclaré en novembre se considérer comme « l'acheteur naturel » de Bouygues Telecom. Orange ne s'attend pas forcément à du mouvement en 2015, tout en soulignant que l'ampleur des investissements nécessaires pourrait accélérer la réflexion des acteurs. Les opérateurs devraient en effet débourser un ticket de l'ordre de 500 millions d'euros chacun pour les fréquences issues de la TV dans la bande 700 Mhz qui seront mises en vente avant la fin de l'année.