Deux ans après Free Mobile, l’UFC craint le retour à trois opérateurs

 |   |  1514  mots
(Crédits : AFP)
Dressant un bilan économique très flatteur de l’attribution de la 4e licence, qui aurait fait gagner aux Français près de 7 milliards d’euros en pouvoir d’achat, l’association de défense des consommateurs demande aux régulateurs de poser des conditions en cas de rachat de Bouygues Telecom par Free et de faire baisser les prix de gros pour les MVNO.

Un peu plus de deux ans après l'arrivée fracassante de Free Mobile, le retour à trois opérateurs est dans tous les esprits. Le rachat de SFR par Numericable plutôt que par Bouygues Telecom n'a en effet peut-être que repousser cette perspective. L'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir s'en alarme et vient de publier une étude dressant un bilan économique très flatteur, voire dithyrambique, de l'attribution de la quatrième licence. Et ce afin de souligner les risques d'une « régression consumériste » d'un retour à trois. Après avoir critiqué et même attaqué en justice Free Mobile pour sa « non-qualité de service » sur son réseau, lequel se jugeait victime d'un « acharnement », l'association semble mettre de côté ses reproches pour revenir à sa position initiale de militante opiniâtre en faveur de la concurrence et de la 4eme licence.

 

« L'arrivée du quatrième opérateur a libéré les consommateurs de l'engagement, on ne peut que s'en féliciter. La part des abonnés sans engagement a doublé en deux ans : elle s'élève à 43,9% à fin 2013 et devrait être très nettement majoritaire au cours de l'année » a fait valoir Antoine Autier, chargé de mission télécoms et technologies à l'UFC, lors d'une conférence téléphonique mardi.

 

Le surcoût des téléphones subventionnés dénoncé

D'ailleurs, le nombre de numéros conservés et « portés » vers un autre opérateur a explosé et dépassé les 13 millions en deux ans (contre en moyenne 3,5 à 4 millions tous les 24 mois auparavant). Une véritable avancée du point de vue des consommateurs, dont l'association a longtemps dénoncé la « captivité » par le mécanisme des subventions. Passant au crible les offres récentes des opérateurs, l'UFC démontre, dans ce qui constitue la partie la plus intéressante de son étude, que les forfaits subventionnés, s'ils présentent l'avantage de diminuer le coût d'entrée et la première mensualité, représentent un surcoût dès le 7e mois pour un smartphone d'entrée de gamme (Nokia Lumia 520) s'élevant à 49% au bout de 24 mois, par rapport à l'achat seul du terminal « nu » avec un forfait low-cost sans engagement. Sur un modèle milieu de gamme comme Samsung Galaxy S4 mini, le surcoût apparaît dès le 14e mois et atteint 24,7% au bout des 24 mois.

Pour l'achat d'un smartphone haut de gamme tel que l'iPhone 5s, le surcoût survient au 15e mois et se limite à 16,6% au bout de l'engagement. Les consommateurs à petit budget, qui rapportent moins, mais qui ont le plus besoin de la subvention, ont in fine le moins intérêt à y recourir. L'UFC demande d'ailleurs aux opérateurs « d'anticiper une réforme législative qu'elle appelle de ses vœux » en indiquant « le montant total qui sera réglé au cours de la période d'engagement » dans leurs offres, avant la souscription du contrat.

> Retrouver l'étude complète de l'UFC Que Choisir

Baisse des prix de 30% dont 70% imputables à Free Mobile

L'association revient aussi sur la baisse des prix, la facture moyenne de téléphonie mobile des Français ayant chuté de 30% en deux ans, contre une baisse annuelle de 2,2% à 3,4% les quatre années précédentes. « A trois, la baisse des prix aurait été inférieure à 9% » estime l'UFC, qui a fondé ses estimations sur le prolongement des tendances antérieures. Plus de 70% de la baisse des prix sont donc imputables à la concurrence, autrement dit à Free Mobile, selon l'association, qui rappelle que les offres des marques low-cost B&You, Sosh et Red avant fin 2011 étaient 15 à 20 euros plus chères que celle à 19,99 euros de Free Mobile, plus généreuse en Internet mobile. « Cette 4ème licence était nécessaire pour aboutir à cette baisse massive des prix alors que ces derniers étaient en moyenne près 25% plus élevés que dans les pays de l'Union européenne membres de l'OCDE » relève l'association.

Près de 7 milliards d'euros de gains de pouvoir d'achat

L'UFC revient aussi sur l'impact de la 4ème licence en termes de gains de pouvoir d'achat, un débat qui avait vu s'affronter deux camps d'économistes il y a deux ans. Dans une étude commanditée par Free, les universitaires David Thesmar et Augustin Landier avaient estimé en 2012 que l'opérateur avait « libéré plus de 1,7 milliard d'euros de pouvoir d'achat. » L'UFC va beaucoup plus loin. Reprenant la méthode de Pierre Kopp et Rémy Prudhomme, auteurs d'une étude pourtant critique, dressant un bilan « globalement négatif » de l'arrivée de Free, l'association utilise cependant d'autres données, dont son estimation de ce que les prix auraient été sans l'irruption de Free. L'UFC conclut que, « en deux ans, le pouvoir d'achat rendu aux Français suite à la dynamisation du secteur de la téléphonie mobile est a minima de 6,83 milliards d'euros. » Xavier Niel lui-même, le fondateur de Free, avait affirmé, dans une tribune publiée en juin 2012, que « le gain immédiat de pouvoir d'achat pour beaucoup de foyers français est considérable », qui se chiffrait en « milliards économisés par les ménages » qui seraient « dépensés sans délai dans d'autres secteurs de l'économie. »  

Free Mobile créateur de 50.000 emplois ?

L'association est un peu moins convaincante quand elle tente de tordre le cou aux « faux arguments » des opposants à la quatrième licence. Sur l'emploi en particulier, elle reprend l'estimation de Thesmar et Landier d'un potentiel de 16.000 emplois créés qu'elle amplifie en aboutissant « a minima à 50.000 le nombre d'emplois créés grâce au surplus de consommation utilisé par les ménages dans l'ensemble des secteurs de l'économie. » Pas un mot dans l'étude sur les plans de départ volontaire de SFR et Bouygues Telecom (850 et 550 emplois), ni les suppressions d'emploi chez les sous-traitants de la distribution, des centres d'appel ou de l'informatique, juste le constat que la baisse des emplois dans le secteur avait commencé au début des années 2000. Pourtant, selon l'Insee, les emplois salariés du secteur ont effectivement baissé en deux ans, de 137.500 à 134.700, sans qu'il s'agisse pour autant de la catastrophe annoncée par certains, comme l'universitaire Bruno Deffains, prédisant 50.000 destructions d'emploi, attaqué en justice par Xavier Niel.

L'UFC considère également qu'on est « très éloigné d'un naufrage fiscal » mais l'étude n'est pas très probante dans son estimation du manque à gagner en termes de TVA et d'impôt sur les sociétés, jugeant « plus que mesuré l'effet sur les finances publiques » de l'arrivée du quatrième opérateur.

Il serait d'ailleurs souhaitable que les services de Bercy produisent leur propre étude d'impact a posteriori pour éclairer le débat.

« Accompagner » un retour à 3 si Bouygues se marie à Free

Cette longue étude de qualité inégale sert surtout un propos : l'UFC redoute une « régression consumériste », conséquence de la recomposition du paysage des télécoms en cours. L'association souligne que SFR « a mis le holà sur ses investissements de déploiement de la 4G, peut-être parce que la stratégie de vente par SFR était déjà acté », avant l'accord avec Numericable. Surtout, l'association s'inquiète d'un retour à trois opérateurs, voulu ouvertement par Arnaud Montebourg, le ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique. L'UFC ne se montre pas résolument contre ce retour à trois « poussé par la situation économique de Bouygues Telecom », dont elle envisage un rapprochement avec Free prenant « la forme soit d'une alliance soit d'une vente. » Mais il faudrait dans ce cas « accompagner » ce retour à « un environnement à trois moins favorable à une concurrence sur les prix », comme l'a montré l'exemple autrichien (hausse des prix de 13% pour les profils petits utilisateurs en 2013 selon le régulateur).

Favoriser les MVNO, « garants de la concurrence »

L'UFC demande « des garanties que les utilisateurs de services mobiles en France ne seront pas condamnés à payer plus cher ce type de services. » L'association réclame aussi au régulateur des télécoms, l'Arcep, et au gendarme de la concurrence d'imposer une baisse des tarifs de gros « dans les plus brefs délais » pour les MVNO, les opérateurs mobiles virtuels comme Virgin et NRJ Mobile, afin qu'ils soient « les garants de la concurrence » face aux opérateurs de réseau dont ils sont les clients. Les MVNO, dont la part de marché en volume a légèrement diminué à 10,9%, ont vu leur situation économique se dégrader depuis l'arrivée de Free, accélérant également leur concentration.

Interrogé ce mardi matin sur BFM TV sur la concentration du secteur, le PDG d'Orange, Stéphane Richard, a fait valoir que « Bouygues Telecom est le seul opérateur non convergent » en France (voir la vidéo de l'interview).

« Le marché va vers trois opérateurs, c'est mon intuition. Cela peut passer par un accord de partage de réseaux, pas forcément par un accord capitalistique. Le marché français n'a pas une taille lui permettant de soutenir durablement quarte opérateurs » a estimé le patron d'Orange.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/04/2014 à 17:32 :
Il est vrais que les prix des communications mobiles devraient encore baisser en France pour se rapprocher des niveaux de prix pratiqués dans les pays en "voie de développement", club que la France est en train de rejoindre à grands pas ...
a écrit le 30/04/2014 à 9:07 :
7 milliards de plus pour les consommateurs, ce sont 7 milliards de moins de profits pour les sociétés, et plus de 3 milliards de moins pour l'Etat et les finances publiques au titre de l'IS et autres taxes...il va falloir choisir..
Réponse de le 30/04/2014 à 12:24 :
Je dirais même plus : en face de ces 7 milliards soi disant transformés en pouvoir d'achat, il faut mettre dans la colonne débit, outre la TVA, les manques à gagner pour la société française en impôts sur les sociétés, en indemnités de chômage pour les licenciés des 3 autres opérateurs, en cotisations sociales diverses et variées, en délocalisations, en retards de déploiement des réseaux fixes haut débit dont UFC se plaint régulièrement, etc... etc... Et qui paye ?
Quand on prend un peu de hauteur sur le sujet, le bilan doit être assez maigre au final, voire légèrement négatif.
L'analyse de UFC est totalement biaisée et révèle une certaine incompétence du point de vue de l'analyse, ce qui discrédite profondément cette institution qui dérive peu à peu vers un populisme économique simpliste.
Réponse de le 30/04/2014 à 16:57 :
Un peu léger comme commentaire; vous croyez que les consommateurs ont mis les "7 milliards" sous leur matelas !
a écrit le 30/04/2014 à 8:42 :
Ce n'est pas le nombre d'opérateurs qui est déterminant mais la rupture des ententes (formelles ou tacites) par l'arrivée d'un nouvel opérateur décidé à appliquer une politique de prix bas. Il n'y a qu'à comparer les prix des forfaits des FAI dans le fixe par rapport à l'étranger pour s'en convaincre. FREE a été le premier à fixer un tarif bas pour l'accès fixe au net et tous les autres opérateurs ont dû suivre. Cela n'avait pas été le cas pour le mobile où les énarques de France Telecom, opérateur de référence jusqu'à l'arrivée de FREE, ont préféré la rente à l'intérêt économique de la nation.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :