Cybersécurité : la France abat ses cartes

Par Pierre Manière  |   |  581  mots
Pour Manuel Valls, « les cyberattaques sont susceptibles de désorganiser les activités vitales de notre pays ».
Alors que les vols de données et les piratages sont de plus en plus courants, Manuel Valls a présenté vendredi la stratégie de la France pour protéger l’Etat, les entreprises et les individus.

Dans le sillage de l'essor du digital, les cyberattaques sont de plus en plus nombreuses et intrusives. Pour y faire face, le gouvernement a dévoilé vendredi sa « stratégie pour la sécurité numérique » à la Maison de la Chimie à Paris. Pour bien montrer qu'il s'agit à ses yeux d'un sujet crucial, c'est Manuel Valls lui-même qui s'est chargé de le détailler, dans un amphi Lavoisier pour l'occasion plein à craquer.

Sensibiliser « dès l'école »

Le Premier ministre a dévoilé un document de quarante pages, où figurent cinq « objectifs stratégiques ». Elaborés par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), qui dépend de Matignon, avec le concours du Secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN), ceux-ci visent à mieux protéger l'Etat et les entreprises, à sécuriser la vie numérique des citoyens, ou encore à sensibiliser « dès l'école » aux problématiques liées à la cybersécurité.

Parmi les dispositifs envisagés, le gouvernement souhaite notamment créer un « dispositif national d'assistance aux victimes d'actes et de cyber-malveillances ». Ou encore à « labelliser » des « prestataires compétents et de confiance » pour épauler les entreprises victimes de piratage, et en particulier les PME. Reste qu'aucune grande mesure ne sort du lot. Pour le gouvernement, il s'agit surtout de dégager une ligne de conduite et de prendre la mesure des cybermenaces émanant aussi bien de hackers radicaux que de services et entreprises étrangers. Les problèmes liés à la captation des données personnelles par les géants du Net américains (comme Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) ont d'ailleurs été largement évoqués.

Des actes « d'espionnage » réguliers

Pour marquer le coup, le gouvernement a invité Yves Bigot, DG de TV5 Monde. En introduction de l'événement, celui-ci a détaillé l'attaque essuyée par la chaîne le 8 avril dernier. D'après lui, celle-ci aurait pu causer son extinction pure et simple. De quoi donner du grain à moudre à Manuel Valls. « Ces cyberattaques sont susceptibles de désorganiser les activités vitales de notre pays, de déstabiliser les entreprises, de vampiriser leurs savoir-faire », a réagi le Premier ministre, brandissant le spectre de « la destruction de nombreux emplois ».

Fort de ce constat, Manuel Valls en a profité pour (re)justifier la très controversée loi renseignement, adoptée cet été, et jugée « liberticide » par nombre de détracteurs.

« De façon souvent caricaturale, certains opposent 'le numérique', qui devrait être le monde de la liberté absolue, à la sécurité, qui se traduirait nécessairement par une restriction dangereuse des libertés fondamentales... », a-t-il rétorqué.

Avant d'en remettre une couche :

« Mon gouvernement est fier d'avoir porté la loi sur le renseignement, quasiment intégralement validée par le Conseil constitutionnel, ce qui lui donne une légitimité plus grande encore. »

En conférence de presse, Guillaume Poupard, le directeur général de l'Anssi, a pour sa part indiqué que « des attaques de type TV5 Monde, on en a tous les 15 jours ». « Simplement, poursuit-il, ce n'est pas [souvent, Ndlr] du sabotage, c'est de l'espionnage. » Et de souligner qu'il ne s'agit là uniquement des attaques identifiées et détectées. Jeudi, la veille de la présentation de ce plan pour la cybersécurité, PricewaterhouseCoopers (PwC) s'est fendu d'une étude peu reluisante pour l'Hexagone. Lors des 12 derniers mois, le nombre de cyberattaques aurait progressé de 51% en France, contre 38% dans le monde.