Record : 2 milliards d'euros levés par les startups françaises au premier semestre

Par Sylvain Rolland  |   |  803  mots
Même si le nombre de levées de fonds inférieures à 5 millions d'euros représentent l'écrasante majorité des opérations, de plus en plus de scale-up françaises voient le jour. (Crédits : Flickr/401(K) 2012)
Les startups françaises ont levé un montant record 1,95 milliard d'euros au premier semestre 2018, ce qui laisse espérer un montant total autour de 4 milliards d'euros en 2018.

Contrairement aux alertes des mauvais augures, la French Tech n'a toujours pas atteint son "pic". Elle ne s'est au contraire jamais mieux portée : au premier semestre 2018, les startups tricolores ont encore battu un record de montants levés en capital-risque, avec un total de 1,952 milliard d'euros, pour 333 opérations, d'après le baromètre semestriel du cabinet de conseil EY. Le ticket moyen, d'un montant de 5,8 millions d'euros, est aussi le plus élevé jamais enregistré.

Voodoo, qui a récolté 169 millions d'euros en mai dernier auprès de la banque américaine Goldman Sachs, enregistre la plus belle performance du semestre. De loin, le reste du top 5 se compose de la fintech Ledger (61 millions d'euros en janvier), de l'EdTech OpenClassrooms (51 millions d'euros en mai), du champion du smartphone reconditionné Recommerce (50 millions en février), et du spécialiste du big data Scality (49 millions d'euros en avril).

A titre de comparaison, le baromètre de EY comptabilisait 1,2 milliard d'euros de fonds levés au premier semestre 2017, tandis que l'Américain CB Insights, qui comptabilisait aussi les refinancements via la dette et pas seulement les levées avec des fonds d'investissement, faisait état de 1,7 milliard d'euros.

Lire aussi : French Tech : vers une année record pour les levées de fonds

Derrière le Royaume-Uni, mais bien devant l'Allemagne

Dans le détail, le secteur le plus attractif pour les investisseurs a été celui des services Internet, avec un montant de 531 millions d'euros levés pour 106 opérations, soit 32% des investissements en valeur. Le secteur Life Sciences (MedTech, biotech, e-santé...) se place en seconde position avec 355 millions d'euros levés en 36 opérations. Suivent ensuite les secteurs des Logiciels, puis Technologie (y compris Fintech) et enfin Gaming. Sans surprise, l'Ile-de-France s'impose comme le poumon de l'innovation française, puisque la région a concentré 73% des investissements en valeur. La région Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième, se situe très loin avec 7%, suivie par Occitanie avec 5%.

La France n'a pas non plus à rougir par rapport à ses voisins européens. Si le Royaume-Uni, grâce à la puissance et à la maturité de son écosystème, reste loin devant malgré les peurs liées au Brexit, l'Hexagone réussit enfin à devancer l'Allemagne sur presque tous les tableaux. Ainsi, les startups britanniques ont levé près de 2,3 milliards d'euros au premier semestre, soit près de 400 millions de plus que la France. L'Allemagne, distancée, termine troisième avec 1,55 milliard d'euros, et seulement 266 opérations, contre 332 pour la France et 320 pour le Royaume-Uni.

Autrement dit, la France réalise davantage d'opérations que le Royaume-Uni, preuve d'un indéniable dynamique, mais celles-ci se distinguent surtout par de petits montants : 248 d'entre elles sont inférieures à 5 millions d'euros, soit une écrasante majorité. Une proportion plus forte qu'au Royaume-Uni ou en Allemagne. Ainsi, la France ne réalise qu'une seule super-levée (plus de 100 millions d'euros), contre 3 pour l'Allemagne et 5 pour le Royaume-Uni. Et l'Hexagone ne place qu'une startup, Voodoo, dans le Top 10 européen.

"On pourrait regretter que les levées inférieures à 5 millions d'euros constituent encore l'écrasante majorité des levées de fonds et que les opérations à plus de 100 millions d'euros soient extrêmement marginales, commente Franck Sebag, associé EY.

Les startups françaises deviennent peu à peu des «scale-up»

Mais l'analyste préfère "voir le verre à moitié plein". Effectivement, le nombre de levées de fonds supérieures à 20 millions d'euros est passé de 12 au premier semestre 2017 à 22 au premier semestre 2018. Il y a également eu 36 levées comprises entre 10 millions et 20 millions d'euros, contre seulement 18 il y a un an. Autrement dit, "c'est la preuve que nos startups deviennent progressivement des «scale-up»". Et de poursuivre :

"S'il n'est pas encore de taille à rivaliser avec son concurrent britannique, notre écosystème se structure progressivement. Il prend des forces. Il grandit. Si cette tendance se confirme, et il n'y a aucune raison pour qu'il n'en soit pas ainsi, nul doute que le nombre de licornes françaises, actuellement bloqué à quatre, progresse rapidement dans les prochaines années", estime-t-il.

Le deuxième semestre, traditionnellement plus fort que le premier, pourrait lui aussi marquer de nouveaux records. L'été, habituellement très morne, a été étonnamment actif: les startups françaises ont levé 365 millions d'euros à travers 59 opérations, soit le double de l'été dernier (161 millions d'euros via 68 tours de table). Les 160 millions d'euros levés par Deezer, les 47 millions de la biotech Dynacure et les 39 millions de la plateforme Meero ont pesé dans la balance.

Aucun ralentissement n'est à prévoir à l'automne : pour marquer la rentrée, l'éditeur de logiciels dans le cloud Launchmetrics a annoncé une levée de 50 millions de dollars (43 millions d'euros) en attendant d'autres grosses levées prévues pour les semaines à venir. La French Tech pourra ainsi peut-être dépasser les 4 milliards d'euros levés en 2018.