French Tech : vers une année record pour les levées de fonds

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En six mois, les startups de la French Tech ont levé 1,7 milliard d'euros, soit quasiment autant que sur toute l'année 2016. Un nouveau record sera battu en 2017.
En six mois, les startups de la French Tech ont levé 1,7 milliard d'euros, soit quasiment autant que sur toute l'année 2016. Un nouveau record sera battu en 2017. (Crédits : French Tech)
Les startups françaises ont levé 1,7 milliard d'euros au premier semestre d'après le cabinet CB Insights, 1,2 milliard d'après le baromètre d'EY. Sur douze mois, l'année 2017 devrait voir les levées de fonds grimper à plus de 3,5 milliards d'euros, pour plus de 700 opérations. Un record.

[Article publié le 4 août 2017, mis à jour le 25 septembre 2017]

La French Tech en route vers un nouveau record. D'après une étude de l'américain CB Insights, spécialiste du recoupement de données sur les startups et l'innovation, les startups françaises ont vécu le meilleur semestre de leur histoire, tant au niveau du nombre d'opérations (355) que des montants levés (2 milliards de dollars, soit 1,7 milliard d'euros).

C'est quasiment autant que l'ensemble de l'année 2016, qui marquait déjà un record avec 508 opérations et 2,1 milliards de dollars levés (1,8 milliard d'euros). Il est donc certain que 2017 battra très largement 2016 sur tous les tableaux. CB Insights projette ainsi 716 opérations d'ici à la fin de l'année, pour un montant total de 4,1 milliards de dollars levés (un peu moins de 3,5 milliards d'euros).

French tech 2017

Méthodologies différentes, mêmes constats

Les baromètres établis par d'autres cabinets donnent des chiffres différents, mais tous établissent le même constat : la French Tech a vécu le meilleur semestre de son histoire en terme de levées de fonds. En juillet, l'étude de la banque d'affaires britannique Clipperton pointait un total de 1,3 milliards d'euros pour la France au premier semestre. Le 25 septembre, EY a publié son baromètre semestriel et indique un montant de 1,2 milliard d'euros, en hausse de 21% sur un an.

Les différences entre les différents cabinets sont méthodologiques. CB Insights a par exemple intégré à son calcul les fonds obtenus par refinancement de la dette, ce qui n'est pas le cas de Clipperton et de EY, qui se sont basés sur le capital-risque, sans toutefois arriver exactement au même montant. Deux "grosses" levées en refinancement de la dette ne sont ainsi pas prises en compte par Clipperton et EY, celles du spécialiste du cloud OVH (400 millions d'euros) et celle de Data4 Group (250 millions d'euros).

Mais qu'importe la méthode : la French Tech vit "une croissance soutenue, qu'on pourrait qualifier d'exponentielle", estime Franck Sebag, associé chez EY en charge du secteur VC-IPO en France. Les raisons : un "climat favorable suite aux nombreuses réformes et annonces", comme la création à venir d'un fonds public de 10 milliards d'euros en faveur des startups. Mais aussi une "montée en puissance rapide" des fonds français spécialisés dans le financement de la tech, ainsi que "l'amélioration de l'image de la France à l'international", avec notamment l'impact très positif du lancement de la Station F, dont l'ambition est d'être le plus grand incubateur au monde. Autrement dit, le financement de l'innovation en France s'approche de la maturité, et devrait encore exploser les records en 2017.

French Tech 2017

La France toujours largement derrière le Royaume-Uni

Malgré les différences méthodologiques, les trois études s'accordent sur un autre point : la France reste larguée par le Royaume-Uni, et se dispute avec l'Allemagne la place de numéro 2 de la tech en Europe.

Malgré le Brexit, Londres confirme sa position de leader européen, à la fois en valeur (3,6 milliards d'euros levés selon CB Insights) et en volume (511 opérations). En deuxième position, l'Allemagne présente 232 opérations pour un montant total de 3 milliards de dollars. Contrairement à la France, les deux pays ont bénéficié de plusieurs « méga-deals »  (levées institutionnelles supérieures à 100 millions d'euros), notamment la startup britannique Improbable, spécialisée dans la réalité virtuelle (450 millions d'euros, plus grosse levée européenne de l'histoire) et la Foodtech allemande Delivery Hero/Foodora (387 millions d'euros).

French Tech vs Europe

Le secteur Internet domine largement

Dans le détail, le secteur Internet domine les levées de fonds, avec 62% des opérations au premier trimestre, et 68% au deuxième d'après CB Insigts. Le secteur informatique arrive en deuxième position, avec 24% des levées au T1, 11% au T2, suivi par les secteurs du logiciel, du mobile et des télécommunications, de l'électronique et de l'industrie.

Parmi les secteurs qui progressent le plus par rapport au deuxième trimestre 2016, les startups de l'Internet ont signé 231 deals pour 631 millions d'euros, contre 178 deals et 557 millions d'euros au deuxième semestre 2016. Actility (70 millions) en est la tête d'affiche. Les investissements dans les marketplaces progressent aussi (27 deals, 77 millions d'euros au S1 2017, contre 20 deals pour 50 millions d'euros au S2 2016), même si la plus grosse levée, NaturaBuy, s'élève à seulement 11 millions d'euros.

Les levées de JobTeaser (15 millions), Talent.io (8 millions) ou encore Clustree (7 millions) propulsent les startups évoluant dans les ressources humaines sur le devant de la scène. Les investissements sont en revanche soutenus dans les startups de l'intelligence artificielle (49 millions d'euros contre 44 millions au S2 2016), mais s'effondrent d'un tiers dans l'ad tech.

French Tech levées par secteur 2017

Trois "exits" dont deux rachats et une entrée en Bourse

Outre l'ouverture de Station F à Paris, le plus grand campus de startups au monde, le premier semestre 2017 a également été marqué par plusieurs "exits", c'est-à-dire la revente d'une pépite ou son entrée en Bourse, ce qui permet à ses investisseurs de "sortir" du capital et de réaliser un juteux retour sur investissement.

Comme au semestre précédent, il y en a eu trois : le réseau social Zenly, revendu à Snapchat pour un montant compris entre 300 et 350 millions de dollars, la place de marché publicitaire Teads, acquise par Altice (SFR) pour 285 millions d'euros, et le spécialiste des robots industriels Balyo, qui a décidé de s'introduire en Bourse sur Euronext.

     | A lire. L'ascension fulgurante du français Zenly, racheté par Snapchat

Le Top 10 des levées de fonds françaises

Voici les dix plus importantes levées de fonds françaises du premier semestre (hors financement par la dette):

  • Actility, Internet des objets, 70 millions d'euros (avril)
  • Oodrive, logiciels, 65 millions d'euros (mars)
  • Ivalua, logiciels, 59 millions d'euros (avril)
  • Vestiaire Collective, e-commerce, 58 millions d'euros (janvier)
  • Blade, informatique dans le cloud, 51 millions d'euros (juin)
  • Algolia, internet, 45 millions d'euros (juin)
  • Vivet Therapeutics, biotech, 37,5 millions d'euros (mai)
  • GuestoGuest, tourisme, 33 millions d'euros (mars)
  • Frichti, Food Tech, 30 millions d'euros (mai)
  • Doctolib, internet, 26 millions d'euros (janvier)

[*Un graphique de notre partenaire Statista.]

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Commentaires
a écrit le 04/08/2017 à 14:52 :
Les innovations doivent partir d'une utilité et non créer des dépendances de plus dans un monde de vie "hyperactifconnexion"
Seul les stars up utiles pourront s'enrichir, les autres finiront par se diversifier ou disparaître.
Ils croient tous qu'ils pourront être milliardaires, c'est beau le rêve.
a écrit le 04/08/2017 à 13:43 :
c'est bon ça. il faut rester vigilants, garder la tête froide. ne pas succomber au "modèle" anglo-saxon/teuton : recklessness/smoke&mirrors/spin.
cf. l'article Financial Times "High profile UK Tech failures highlight danger of overhype" du 18/06 dernier qui alerte sur la poudre aux yeux à l'anglo-saxonne.
a écrit le 04/08/2017 à 10:16 :
On attend que l'abstrait se concrétise autrement que par le virtuel!
a écrit le 04/08/2017 à 10:16 :
On attend que l'abstrait se concrétise autrement que par le virtuel!

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