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Agenda - La Tribune Région Sud

M. Alliot-Marie : "Il y a une vraie logique à développer nos relations avec l?autre rive"

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Publié le 19 juin 2015 à 06:35 - Mis à jour le 19 juin 2015 à 06:35

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Présente au colloque sur la sécurité des entreprises en Méditerranée, organisé à Marseille, celle qui est aujourd'hui député européen livre sa vision de la sécurité économique, un sujet sur lequel elle a ?uvré à l?échelle continentale, ainsi que des relations à impulser entre les deux rives de la Méditerranée.

En 2008, alors ministre de l'Intérieur, vous aviez lancé un plan d'ampleur contre la cybercriminalité, comprenant un volet ciblé sur l'intelligence économique. Aujourd'hui, avec du recul, quelles avancées notables ce plan a-t-il permis d'accomplir ?

Il est difficile de cibler les avancées, dans la mesure où d'autres actions se sont succédées, mais ce que l'on peut dire, c'est que de plus en plus d'entreprises, grâce au plan, ont pris conscience du phénomène de la cybercriminalité. J'ai également beaucoup œuvré sur ces questions à l'échelle européenne, ce qui nous a permis de créer des groupes de travail, des structures pour lutter contre cette dernière. Mais il faut bien reconnaître que les avancées ont été plus notables dans le domaine de la pédopornographie sur internet que dans le domaine de la sécurité économique. La raison principale étant qu'il s'agit d'un écosystème complexe. Il est difficile de trouver l'origine des attaques. En général, elles sont domiciliées dans des pays avec lesquels nous n'avons pas d'accords particuliers. Nous nous trouvons donc face à des pays qui, tout en étant conscients de ce problème, refusent d'intervenir. Je pense par exemple aux Etats-Unis, ou encore à la Russie. Pour ce qui est, notamment, de la cybercriminalité terroriste, je me suis souvent heurtée à mes homologues américains. Pour eux, laisser faire est le moyen de savoir ce qu'il se passe, question d'espionnage et de contre-espionnage. Ainsi, en terme de sécurité économique, les progrès sont lents.

Lors des prises d'otages de l'imprimerie de Dammartin-en-Goële et de l'Hypercasher en janvier dernier, tireurs d'élite du GIGN et du Raid ont su coopérer ensemble de façon inédite. Mais en amont, peut-on prémunir davantage les entreprises face aux attaques terroristes ?

Je ne pense pas que l'entreprise soit une cible privilégiée. Ce qui est recherché, ce sont les symboles. Charlie Hebdo était le symbole d'une certaine liberté de penser. De même, quand les terroristes visent Areva au Niger, il est évident que c'est aussi pour son caractère emblématique. Mais ce n'est pas l'entreprise en tant que telle. Nul n'est à l'abri d'un acte terroriste. Nul pays, nul lieu, nulle personne. Et tout événement dont la couverture médiatique est importante est susceptible d'en être victime. Ce qui intéresse surtout les terroristes, c'est l'impact médiatique. Il est pour eux une façon d'effrayer et de recruter. Ils ont par ailleurs une connaissance très affinée de nos réactions et cela, ça m'a beaucoup frappée.
Dans le cas de l'attentat de Charlie Hebdo et des prises d'otages qui ont suivi, on peut en effet souligner la coopération inédite des forces du GIGN et du Raid...

Justement, vous aviez procédé au rattachement des forces de gendarmerie sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. Est-ce ce préalable qui a permis la coopération de janvier dernier ?
Ça l'a facilitée. J'ai eu très tôt la conviction qu'il fallait leur apprendre à travailler ensemble. Et nous avions organisé une série d'exercices dans cette optique. Il s'agissait de simulations de prises d'otages. Elles ont eu lieu notamment lors d'un match et au ministère de l'Intérieur lui-même, dans une salle de commandement prévue pour cela.

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Vous avez été ministère des Affaires étrangères, et le cadre de réflexion de ce colloque est celui de la Méditerranée. Sur la rive Sud, nombre de pays connaissent une belle croissance, et stratégiquement, l'Afrique représente un réel potentiel économique. Selon vous, quelles initiatives permettraient de donner un coup d'accélérateur aux relations B to B  entre les entreprises des deux rives?

Avec la mondialisation, l'unité de mesure est le milliard d'habitants. C'est la population de la Chine, de l'Inde, de l'Afrique... C'est également la dimension que les Etats-Unis cherchent à obtenir par le biais de leurs accords avec le Canada et le Mexique, afin de créer un marché intérieur doté d'une clientèle captive. L'Europe toute seule, avec ses 450 millions d'habitants, apparaît donc un peu petite face à cette échelle. Ce n'est pas suffisant... Il faut qu'elle s'élargisse dans une coopération économique renforcée. Ainsi, la taille à acquérir est celle de l'Europe, additionnée à celle des pays de la rive Sud de la Méditerranée et de la Russie, forte d'un haut niveau de technologie et de ses 150 millions d'habitants. Si nous faisons ceci, alors nous représenterons une vraie force démographique, de l'ordre de plus d'un milliard d'habitant. On ne peut peser que dans un ensemble plus vaste ! Je suis donc, dans cette optique, totalement favorable à l'union pour la Méditerranée. D'autant que les pays dits développés voient leur démographie stagner. Le grand rajeunissement vient du Sud de la Méditerranée et de l'Afrique. Pays dont les besoins vont exister dans les années futures. Ce qu'il faut également garder à l'esprit, c'est que sur la rive Sud Sud-Est de la Méditerranée, on trouve une part importante des éléments de croissance, car elle est riche de potentialités énergétiques. Ce sont les réserves de gaz d'Algérie, l'uranium ou encore les minéraux rares des régions sahélienne et Sud-sahélienne, dont nous avons besoin pour développer nos technologies et être compétitifs. Il y a donc une vraie logique à consolider nos relations avec ces pays-là. Toutefois, il ne faut pas occulter les difficultés d'ordre économique et diplomatique qui jalonnent cette route : le conflit israélo-palestinien, la suite des printemps arabes, la montée de l'extrémisme et de l'intégrisme sont donc autant de questions à prendre en compte.

Propos recueillis par Carole PAYRAU

Crédit photo : DR

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