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ÉconomieLe Monde d'après

Catherine Lucet : "nous sommes devenus des citoyens plus éclairés"

Propos recueillis par V. S.

Publié le 20 octobre 2009 à 04:30 - Mis à jour le 20 octobre 2009 à 04:52

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Catherine Lucet est présidente des éditions Nathan, des dictionnaires Le Robert et directrice générale du pôle éducation et référence d'Editis. Consultante chez McKinsey à la fin des années 1980, elle rejoint l'édition à la direction des éditions Harlequin en 1991, puis comme PDG des Éditions scientifiques et médicales du groupe Elsevier.

Catherine Lucet, vous êtes notamment présidente des éditions Nathan. « Le monde ne sera jamais plus comme avant », a-t-on beaucoup entendu. Partagez- vous ce diagnostic ?

La crise financière a été le révélateur de désordres économiques profonds et s'est accompagnée d'une accélération de la prise de conscience des limites écologiques de nos modes de développement. Les signes de reprise actuels sont accueillis avec un soulagement ? peut-être précipité, avant de pouvoir se réjouir de la décrue du chômage. Mais je crois que des évolutions majeures ont été initiées. Il me semble que nous avons collectivement progressé dans notre compréhension du système économique, des enjeux et des conséquences de la mondialisation : on observe un sursaut d'intérêt pour la macroéconomie, et même pour des sujets aussi techniques que les modèles de mathématiques financières et la régulation bancaire ; les économistes hétérodoxes parviennent aussi à se faire entendre ; les mots inflation, impôts, protectionnisme ne sont plus tabous ; les questions de l'accroissement des inégalités et de leur impact sur la demande globale sont posées ; bref, la qualité du débat public s'élève. En parallèle, le dogme de l'impuissance du politique face aux forces économiques a été écorné : ce sont les États qui ont évité au monde la catastrophe de l'effondrement du système bancaire et qui déversent des milliards pour essayer de relancer la machine économique. Certes, ils se sont attaqués d'abord aux symptômes, la crise de liquidités, les faillites bancaires. Plus personne aujourd'hui ne peut nier que, laissées à elles-mêmes, les forces des marchés déréglementés créent des crises massives. Nous, citoyens, maintenant plus éclairés, sommes en position de les pousser à ne pas s'arrêter en si bon chemin, à ne pas baisser les bras face aux divers lobbies, et à traiter les causes, tout en explicitant les choix sous-jacents, en particulier en termes de répartition des richesses créées. Après tant d'années de discrédit du politique, peut-être pouvons-nous espérer voir revenir une véritable exigence collective ?

Vous avez évoqué la crise écologique. La prise de conscience de l'épuisement des ressources n'a-t-elle pas, elle aussi, contribué à ce retour de l'exigence collective ?

Certainement, encore que le discours écologique reste assez confus, et le débat peu structuré. Il convoque les scénarios catastrophe du réchauffement climatique, les images d'une nature surexploitée, celle de la misère extrême, les risques technologiques. Il joue souvent sur le registre de la culpabilisation et paraît obscurci par un rapport difficile à la science et au progrès, présentés souvent comme les principaux responsables des maux dénoncés, et donc profondément suspects et en même temps recours incontournable pour résoudre les problèmes de type : « Comment parvenir à faire vivre décemment 9 milliards d'individus sur terre en 2050, c'est-àdire dans moins de deux générations ?» Au niveau mondial, les mots d'ordre de décroissance paraissent prématurés.

Pensez-vous que les États, remis ainsi au centre du jeu, modifieront leur politique en fonction des enseignements de la crise ?

La crise a été l'occasion de rappeler que l'économie devait être au service de l'homme, et pas l'inverse. Sont ainsi remises au centre des aspirations la culture, l'éducation, la santé, autant de « biens publics » nécessaires au bien-être et au développement des individus et des sociétés. Quelles nouvelles régulations économiques mettre en place pour assurer un accès universel à ces biens, les gérer efficacement, et les financer, et quel rôle pour l'État ? Les économistes ont encore du pain sur la planche...

Propos recueillis par V. S.

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