Nouveaux droits de douane : les États-Unis infléchissent leur offensive face à Bruxelles

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.
/FW1FP/Andrea Ricci - REUTERS - Evan Vucci

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.
/FW1FP/Andrea Ricci - REUTERS - Evan Vucci
Et si la bonne méthode était de montrer crocs. Alors que Washington brandit de nouvelles menaces de droits de douane contre une soixantaine d’économies dont l'Europe, l’administration Trump cherche désormais à les arrimer aux accords déjà conclus, au premier rang desquels celui de Turnberry signé en 2025 avec l’UE. Une inflexion assumée, qui ressemble à une forme de recul stratégique dans un dossier devenu hautement inflammable, et qui a provoqué mercredi une rare réaction virulente de la part de Bruxelles.
En déplacement à Paris, en marge d’une réunion ministérielle de l’OCDE, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a tenu à tempérer la portée de la nouvelle offensive protectionniste. Derrière le durcissement affiché, il a surtout insisté sur la continuité juridique et politique des engagements déjà pris.
« Nous considérons qu’un accord est un accord. Nous voulons nous assurer de pouvoir résoudre les pratiques commerciales que nos enquêtes ont identifiées comme problématiques. Et nous tiendrons bien sûr compte de l’accord de Turnberry », a expliqué Jamieson Greer à des journalistes.
Un langage de continuité qui contraste avec la mécanique enclenchée par Washington. Les États-Unis ont en effet proposé mardi d’imposer des droits de douane additionnels à 60 économies, dont l'UE, la Chine, le Japon, l’Inde ou encore le Mexique, au motif qu’elles ne luttent pas suffisamment contre l’importation de biens issus du travail forcé. Cette proposition, encore non définitive, s’inscrit dans la continuité d’enquêtes ouvertes en mars par l’administration Trump, sur la base d’une loi commerciale datant de 1974. Objectif : contourner l’annulation, en février, des surtaxes douanières par la Cour suprême américaine.
Mais dans le même mouvement, Washington introduit désormais des nuances qui ressemblent à un infléchissement. « S’agissant de l’ensemble des accords conclus par le président (Trump, NDLR) au cours de l’année écoulée (...), notre position est de nous y tenir », a poursuivi Jamieson Greer. « Nous voulons nous assurer que les pays concernés (...) répondent aux types de pratiques déloyales que nous avons identifiés. Nous pensons que nombre de ces accords y contribuent utilement ».
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Derrière cette volonté d’affirmation, l’architecture du dispositif apparaît plus fragile. Les nouveaux droits envisagés – 12,5 % pour environ 45 pays, dont l’Australie, et 10 % pour les partenaires jugés plus coopératifs, dont l’Union européenne – restent conditionnés à des critères d’exécution et de conformité particulièrement mouvants.
Dans le cas européen, Washington joue clairement la carte de la pression graduée. « Nous pensons que l’accord de Turnberry répond à un grand nombre de ces enjeux s’il est pleinement mis en œuvre » et « qu’il existe une marge pour intégrer cet accord dans le cadre de notre démarche, à condition que l’Union européenne respecte ses engagements », a souligné Jamieson Greer. Une position qui introduit une forme de conditionnalité permanente, tout en reconnaissant implicitement la centralité de l’accord signé en 2025. Sous pression, l’Union européenne avait d’ailleurs accepté le 20 mai un compromis provisoire pour accélérer sa mise en œuvre, afin de stabiliser une relation commerciale fragilisée.
Côté européen, la réponse se veut ferme mais pragmatique. Pour le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, « la meilleure manière de répondre, c’est de continuer à regarder droit devant nous, à mettre en œuvre les accords de Turnberry le plus tôt possible et de passer à autre chose pour donner de la visibilité à nos entreprises ».
Dans les faits, l’accord prévoit la suppression par l’UE des droits de douane sur la plupart des importations américaines, en échange d’un plafonnement à 15 % des droits imposés par Washington sur les produits européens. Un équilibre déjà délicat, que la menace de nouvelles surtaxes vient fragiliser. Car Donald Trump a également brandi la possibilité de relever les droits sur les voitures et camions européens de 15 % à 25 % en cas de retard dans l’application de l’accord.
« 2026 pourrait être la pire année depuis 2013 » : le pouvoir d'achat des Français va souffrir
« C’est le bon moment pour investir dans l'immobilier » : malgré la crise du logement, un nouveau fonds d'investissement se lance
Pêche : la transformation artisanale, une solution pour survivre ?
Japon, États-Unis, Europe… Les pays où le nombre de millionnaires a le plus augmenté en 2025