L'après-crise par 24 femmes d'exception

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Chaque semaine, retrouvez 5 nouvelles femmes en interview et leur vision du monde ! Mais pourquoi donc avoir interrogé des femmes ? Pour écouter celles qui, depuis quinze ans, ont été l'un des moteurs de la croissance en France, et plus encore, de sa transformation.

Entrées dans la vie active par les métiers tertiaires qui se sont multipliés, les femmes ont pris les trois quarts des emplois nets créés en France entre 1990 et 2006, soit 2,4 sur les 3,3 millions selon les chiffres du recensement. Certes, on les trouve surtout dans les métiers féminisés, de la secrétaire à l'institutrice, en passant par la vendeuse et l'infirmière, c'està- dire pour l'essentiel des rôles de « maman » de la société. Mais, quels que soient leur fonction ou leur grade, toutes ces femmes ont su, aujourd'hui ou à un moment de leur vie, mener de front tout et le reste. Les femmes du XXIe siècle sont des « windows women », au système d'exploitation multitâche toujours ouvert. Le « toujours plus » au boulot ? Les enfants et leurs problèmes, le frigo et les abdos, le mari et sa « mid-life crisis », le dîner improvisé, le plombier en retard, etc. ? C'est, encore et toujours elles ! Même si la ratatouille sent le brûlé, et qu'elles finissent la journée sur les genoux, en toutes circonstances, les femmes font face. En cela, elles sont toutes des femmes d'exception. Et même si, la plupart occupant des postes peu productifs et mal rémunérés, leur productivité globale, telle que la mesure la science économique, est sans doute faible. La vérité est que, fortes de cette vie polymorphe en flux tendus, elles sont partout devenues hyperefficaces.

Pour autant, elles n'auront guère bénéficié de cette productivité non mesurée, comme de l'élévation spectaculaire de leur niveau d'éducation. Si les femmes remplissent de plus en plus des fonctions d'encadrement et représentent 37 % des cadres supérieurs, leur pouvoir de décision reste infime, n'ayant pris les rênes du pouvoir qu'en de très rares occasions. Et ceci est vrai aussi bien dans la fonction publique d'État ou dans l'enseignement et la recherche, que, dans le privé, les comités exécutifs ou les conseils d'administration : elles n'occupent pas plus de 9 % des sièges d'administrateurs, selon l'Institut français des administrateurs. Elles auront donc contribué à transformer le « monde ancien », mais sans participer à sa conception. Il faut dire que la résistance à leur ascension est omniprésente, et ceci plus en France qu'ailleurs. Ces derniers temps, elle se serait même accrue, si l'on en croit celles que nous avons interrogées. Un vrai « verre Securit », lâche Laurence Parisot qui a dû s'imposer à la tête du Medef face aux machos de la métallurgie. Même le langage a insidieusement contribué à ce plafond de verre. Une femme a du caractère ? On la dit « ingérable » ! Elle est énergique ? C'est qu'elle est « hystérique » ! Elle a des principes ? Elle est « rigide » !

Eh bien, nous ne tricherons pas avec les mots. Car ce sont bien des femmes d'exception que nous avons rencontrées. Toutes ont su passer, dans des univers peu féminisés, le plafond de verre. Nous ne comptons qu'une seule héritière sur les 24 femmes interrogées. Par leur diplôme et leur expertise pointue ? à une époque où les femmes savantes étaient encore minoritaires ?, mais plus souvent par leur capacité de travail, leur énergie, leur créativité, et pour tout dire leur culot, toutes se sont imposées là où on ne les attendait pas. Nombreuses sont celles qui ont opéré, dans leur carrière, des changements de cap à 180 degrés, laissant des positions assurées pour prendre des risques. Alors, à quoi ressemble ce « monde d'après » vu par des femmes d'exception et auquel, s'il advient, elles ne seront pas étrangères ? Incontestablement à un monde plus ouvert à la diversité des approches. Mais aussi à un monde de contrôles et de responsabilité, de sens et d'équilibre. Dire que les femmes n'ont pas la place qu'elles méritent dans les conseils d'administration n'est pas faire preuve d'un féminisme passé d'âge. C'est dire que le monde n'a pas été contrôlé. Il y a cependant dans leurs projections comme des jugements de mères supérieures et des effluves d'ordre moral. Chez la plupart d'entre elles, la place du rêve est réduite, l'ère des conquêtes est révolue. En les écoutant attentivement, on comprend qu'on est allé trop loin dans la chasse et la conquête, le rêve et la folie des grandeurs. Et l'on comprend aussi que le monde qu'elles nous annoncent est certes pacifié, mais qu'il tournera au ralenti.

Mais c'est un monde plus riche aussi. Car, de leur vie multiple, elles ont gardé une vraie largeur de spectre, et une aptitude à se saisir de la complexité. Et si elles n'ont pas toujours une vision très construite du monde, fortes de leurs intuitions et de leur capacité à douter, elles interrogent l'avenir sur des thèmes peu débattus. Ce qui, au moment où le monde recherche ses nouvelles balises, donne à leur regard un intérêt particulier. C'est un truisme de dire que les femmes sont différentes. C'est aussi une heureuse découverte. Alors, tournez la page, et régalez-vous.

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Commentaires
a écrit le 10/11/2009 à 9:07 :
ce n'est pas pr rien que ns sommes ds le siècle de la femme !!!
Souhaitons de manière plus générale que ns aurons suffisamment d'entrepreneurs (masculins et féminins) optimistes pour accompagner et transformer notre tissu économique ds lequel il y a du ménage à faire.
Dehors, ts ces "guignoles" qui ne raisonnent qu'en faisant référence à des principes de valeur passés (valeurs éthiques, économiques, mais aussi valeurs de l'argent qu'ils ont entre les mains, valeurs des entreprises et des effectifs)...
Ca fait du bien de s'exprimer

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