ONU : levée de boucliers contre l’élection de la RDC au Conseil des droits de l’homme
Aboubacar Yacouba Barma
Aboubacar Yacouba Barma
C'est une véritable victoire diplomatique pour la diplomatie congolaise qui vient de remporter, contre toute attente, un siège au Conseil des droits de l'homme (CDH) des Nations Unies. Avec 151 voix pour, sur 193 pays votant, le succès a été même éclatant pour le gouvernement congolais qui n'a pas tardé à réagir. «C'est un échec pour ceux qui s'opposaient à notre candidature, car avec 151 voix, c'est au-delà de l'Afrique, le monde entier qui vient de nous apporter un soutien significatif», s'est réjoui Lambert Mende, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais qui a également promis que la RDC va apporter sa contribution et son expérience au CDH, en matière de droits humains .
La ministre congolaise des droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, qui a mené la campagne pour la candidature de son pays à Genève où le Conseil tient sa session ordinaire, soutient les propos de Mende.
Lors de sa session électorale de ce lundi 16 octobre, l'Assemblée générale de l'ONU a élu, à bulletin secret, 15 membres du CDH qui y rejoindront leurs 32 pairs, pour un mandat de trois ans à compter du 1er janvier 2018. En plus de la RDC, trois pays africains ont eu leur ticket pour compléter les 13 sièges qui reviennent au continent africain au sein du CDH : le Sénégal avec 188 voix ; l'Angola avec 187 ; et le Nigéria avec 185 voix.
Les pays africains candidats ont donc passé haut la main leur entrée au sein CDH. Il faut dire que les critères sont relativement à porter de main, puisque les prétendants à un siège devaient juste obtenir la majorité absolue du vite, soit 97 voix. Toutefois, ils sont élus sur «la base de leur contribution à la promotion et à la protection des droits de l'homme», et c'est là où le bât blesse, car la RDC a fait l'objet d'une campagne vigoureuse de plusieurs organisations locales, africaines et internationales ainsi que de membres du Conseil de sécurité de l'ONU qui voit d'un mauvais œil l'élection du pays de Joseph Kabila à une institution comme le CDH.
L'élection de la RDC au sein du CDH a été une véritable douche froide pour les organisations locales et africaines qui se sont mobilisées dès le départ contre la candidature du pays, accusé de ne pas «respecter les droits de l'homme», comme l'a souligné le mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA). «Cette élection est une insulte pour les nombreuses victimes des abus commis par le gouvernement congolais à travers le pays », s'est insurgée dans un communiqué publié juste après l'élection, l'ONG Human Rights Watch (HRW).
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La charge la plus virulente est venue des Etats-Unis qui ont dénoncé, à travers cette élection de la RDC, «une preuve de plus du manque de crédibilité du Conseil des droits de l'homme et de la nécessité de le réformer afin de le sauvegarder». Selon Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, «ce pays connu pour sa répression politique, sa violence faite aux femmes et aux enfants, ses arrestations et détentions arbitraires, ses homicides et disparitions illégales, a été élu pour travailler au sein de l'institution la plus importante pour les droits de l'Homme».
Alors que la diplomate américaine est annoncée en visite dans le pays dans les prochaines semaines, cette position américaine ne fait pas l'affaire du régime de Kinshasa. Il faut dire que ce n'est pas le seul Etat à accuser le pays de Kabila de violations répétées des droits de l'homme et des libertés publiques.
Au sein de l'organe même, la Haute-commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l'homme, Kate Gilmore, qui présentait en début de session l'état de la situation dans le pays -particulièrement dans les régions de Kasaï, l'avait qualifié de «l'une des pires crises des droits humains dans le monde». Un constat que confirme le Représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC et chef de la MONUSCO, le Nigérien Maman Sambou Sidikou, qui s'est également dit «profondément choqué par la brutalité du conflit en cours et la nature des violations commises», devant le CDH et il y a quelques jours encre, devant le Conseil de sécurité où il présentait son rapport.
Des critiques qui ont laissé de marbre le gouvernement congolais qui a pu compter sur le soutien des pays africains et au-delà pour se faire élire au sein du CDH. Lundi, lors de la séance électorale, les débats ont été assez vifs et la ministre Marie Ange Mushobekwa a eu du mal à défendre la politique de son pays en la matière, mais en s'engageant à ce que son pays fasse désormais plus d'efforts pour promouvoir les droits de l'homme et mettre fin aux violations constatées.
Tous les pays siégeant au CDH ne sont pas exemplaires, s'est donc défendu la ministre congolaise, ce qui paradoxalement est bien vu. La RDC va en effet siéger au sein du Conseil au même titre que la Chine et l'Arabie Saoudite qui ont fait leur entrée l'année dernière, ainsi que de nouveaux arrivants comme l'Afghanistan ou le Pakistan. Des pays qui ne sont pas des modèles en matière de protection des droits de l'homme, selon les ONG internationales et dont l'élection au sein du CDH a aussi soulevé des critiques.
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Le Conseil des droits de l'homme, qui siège à Genève, a été créé en 2006 pour remplacer la Commission des droits de l'homme et constitue à ce titre un organe subsidiaire de l'Assemblée générale des Nations Unies. Il est à ce titre chargé de veiller à la promotion et à la protection des droits de l'homme dans le monde.
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