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Afrique de l'Est - La Tribune AfriqueMadagascar - La Tribune Afrique

L'initiative pour l'Émergence de Madagascar d'Andry Rajoelina agite le palais d'Iavoloha

Marie-France Réveillard

Publié le 15 février 2018 à 11:09 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:19

ANDRY RAJOELINA

ANDRY RAJOELINA

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Fin Janvier Andry Rajoelina, l'ancien président de Madagascar (2009-2013), a répondu aux questions de la presse dans les salons de l'Hôtel Intercontinental de Paris. L'occasion de présenter son Initiative pour l'Emergence de Madagascar (IEM) dont les orientations laissent présager une prochaine candidature aux élections présidentielles, prévues en décembre 2018.

Andry Rajoelina a lancé l'Initiative pour l'Émergence de Madagascar (IEM) au Petit Palais des Beaux-arts de Paris, le 26 janvier dernier. La soirée, ponctuée par les interventions d'experts entre deux intermèdes musicaux, a réuni près de 200 personnes. La plateforme de concertation ambitionne de rattraper en 5 ans, le retard en développement du pays en s'appuyant sur des expertises nationales et internationales, avec le soutien de partenaires stratégiques et financiers, de fonds d'investissement et de personnalités issues de tous horizons. Un défi de taille car selon la Banque mondiale, 9 personnes sur 10 vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.

Un premier Forum de l'IEM sera organisé à Madagascar dans les mois à venir. « Je veux redonner confiance en l'avenir (...) écouter les préoccupations des Malgaches, tracer les bonnes perspectives pour apporter des solutions concrètes et rapidement applicables » a déclaré Andry Rajoelina dans un discours à la tonalité politique, en période de précampagne électorale. Toutefois, à la tête du parti d'opposition le MAPAR, il assure que l'IEM est dissociée de l'organisation politique.

Naina Andriantsitohaina de la Banque Malgache de l'Océan Indien (BMOI),  Hind Lahrichi, PDG de Pesca Group-Maroc,  Zafar Jalil de General Electric, Ruben Phoolchund de l'International Trade Center, Jean-François Mancel, membre honoraire du Parlement français et président de la Communauté des Communes Thelloise ou encore Laurent Lamothe, ex-Premier ministre d'Haïti, avaient répondu présent à l'invitation de Rajoelina. David Douillet a également rejoint la « dream team » de l  'IEM : « Il a été champion du monde de judo et ministre. Il a aussi développé l'initiative « pièces jaunes » avec Mme Chirac et nous aimerions nous inspirer de cette opération en matière d'éducation » explique Andry Rajoelina.

La fulgurante ascension d'« Andry-TGV »

Investi président à l'âge de 34 ans, Andry Rajoelina devient le plus jeune Chef d'Etat de l'Histoire du continent, le 21 mars 2009. Dans la force de la quarantaine, Andry Rajoelina est un homme élégant et souriant mais aussi un communicant averti. Né à Antsirabe en 1974, père de 3 enfants et fils de Colonel, il arrête ses études le bac en poche pour se lancer dans l'entrepreneuriat à l'âge de 19 ans, tout en étant Dj dans les clubs de Madagascar. Une carrière dans l'évènementiel et dans la publicité qui lui réussi puisqu'il est nommé businessman de l'année en 1999 par le 1er quotidien de l'île, Midi-Madagascar. Son parcours le rapproche des réseaux politiques. Il créé son parti politique baptisé Tanora malaGasy Vonona dont le diminutif « TGV » rappelle son ascension rapide... Devenu propriétaire de Viva TV, il se présente à la mairie d'Antananarivo où il remporte 63% des suffrages dès le premier tour en 2008. Très vite, une opposition frontale s'instaure entre lui et le président Ravalomanana qui est finalement renversé par l'armée en 2009, après une série de manifestations populaires.

Les conditions de l'arrivée de Rajoelina à la tête de la Haute Autorité de la transition, suscitent l'indignation de l'Union Africaine, de l'Union Européenne, des Etats-Unis et de la France : « Bien sûr que c'est ça, un coup d'Etat » déclarait Nicolas Sarkozy lors d'une conférence de presse en mars 2009, depuis Bruxelles. Mais Rajoelina s'en défend car pour lui, il s'agissait d'un printemps malgache : « C'était une révolution. La vérité a été détournée (...) Certes, c'était une prise de pouvoir qui n'a pas respecté l'ordre constitutionnel, mais c'était un mouvement populaire (...) Je ne suis pas un militaire, je n'ai pas pris les armes. Ce sont les militaires qui ont fait pression sur le pouvoir, comme ce qui s'est passé avec Mugabe au Zimbabwe pour pousser le président à partir » explique t-il à la presse parisienne.

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La bataille pour l'émergence de Madagascar

Alors que Rajaonarimampianina atteint des records d'impopularité, l'initiative de Rajoelina est particulièrement mal perçue du côté de la présidence. Le palais s'indigne de la présence de certains invités lors du lancement de l'IEM au Petit Palais de Paris. Et, curieuse coïncidence du calendrier, la veille de l'évènement, Hery Rajaonarimampianina a présenté « Fisandratana mirindra, Vision 2030 » (émergence et renaissance en malagasy) devant 1200 personnes, à la présidence de Madagascar. Le plan du président projette de doubler la richesse par habitant, de créer 5 millions d'emplois, de multiplier le PIB par 3,5 d'ici 2030. En réponse à cette opération quasi-simultanée, Andry Rajoelina a déclaré à Paris : « Un lion ne copie pas un singe (...) Nous préparons l'Initiative pour l'Emergence de Madagascar depuis 4 ans et on ne réserve pas le Petit Palais en 24 heures ! »

Andry Rajoelina dresse le bilan de son ancien ministre des Finances, devenu président après qu'il ait renoncé à se présenter aux élections, sous la pression internationale : « Il y a eu une perte de valeur de 42% de notre monnaie. En 2014, nous étions parmi les 15 pays les plus pauvres au monde et aujourd'hui nous sommes 5èmes (...) Le pouvoir n'arrive même plus à sécuriser notre religion ! On vole les cloches des églises et on brûle la Bible. Le renforcement de l'Islam radical est devenu une question inquiétante (...) Autrefois, on venait se soigner ou étudier dans notre pays et aujourd'hui, nous sommes - classés - derrière les Comores ! »

Enfin, revenant sur l'épidémie de peste qui a traversé l'île en 2017 causant le décès de 128 victimes, il déplore l'absence de  réactivité de l'Etat : « Il y avait des signes avant-coureurs mais aucune précaution n'a été prise or, gouverner : c'est prévoir ! »

Quid de son propre bilan présidentiel ? Andry Rajoelina considère qu'il a été singulièrement limité par des circonstances défavorables : « j'étais le pire ennemi de Ravalomanana - de plus - il est difficile d'agir sans la bonne équipe » et de conclure : « Madagascar ne recevait pas d'aide de la communauté internationale, pourtant j'ai maintenu le pouvoir d'achat de la population...»

Rajoelina fera t-il cavalier seul ?

Sur la question de sa candidature aux prochaines élections présidentielles, Rajoelina botte en touche : « il n'est pas l'heure pour une candidature et d'ailleurs, nous ignorons encore la date précise des élections (...) Je ne suis pas dans une course au pouvoir. L'important est d'apporter des solutions (...) à l'issue des rencontres de l'IEM qui seront organisées à travers le pays, si la population me soutient, nous prendrons une décision. » Une tournée nationale qui  vise à partager la « vision  d'IEM » et à recueillir « l'adhésion », qui a comme un air de campagne. Les rencontres de l'IEM s'annoncent d'ores et déjà comme un plébiscite.

Andry Rajoelina confirme par ailleurs, avoir rencontré récemment quelques « chefs d'Etats africains (...) plusieurs noms sont sur mon agenda » : un pas supplémentaire vers une candidature aux élections présidentielles de décembre prochain ?

A ceux qui lui reprocheraient l'absence de programme politique dans l'éventualité d'une candidature, il répond : « « On ne raconte pas la fin dès le début de l'histoire (...) On disait bien d'Emmanuel Macron qu'il n'avait pas de programme avant qu'il ne soit élu... »

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Du côté de Madagascar, en déclarant : « si Andry Rajoelina est prêt à passer un accord avec moi, je le serai aussi », Marc Ravalomanana (NDR : candidat depuis le 9 janvier) semble rechercher l'appui de Rajoelina dans le cadre d'une coalition, à moins qu'il ne le pousse à sortir du bois.... L'intéressé a répondu à Paris, qu'il ne fermait pas la porte à une rencontre, précisant : « si Ravalomanana trouve la nécessité de m'appuyer, je ne suis pas contre ». Toutefois, Rajoelina s'engagerait t-il dans une coalition ou préférerait t-il faire cavalier seul en s'appuyant sur sa nouvelle initiative ? A Madagascar, la course aux présidentielles a déjà commencé...

Marie-France Réveillard

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