Kaboul, ville ouverte

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Le musée Guimet retrouve des pièces afghanes oubliées. Un voyage dans les steppes d'il y a trois mille ans et une formidable leçon d'ouverture au monde.

C'est une exposition-symbole. Pas seulement parce que les 220 pièces, récupérées, restaurées et exposées tiennent du miracle car les experts les pensaient disparues - certaines étaient dissimulées dans les coffres de la Banque centrale afghane, d'autres cachées chez des particuliers, d'autres à l'abri à Paris. Mais aussi parce que pour le passionné directeur du Musée Guimet, Jean-François Jarrige, "il existe un parallèle entre la destruction des Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan et celles des tours de New York". Et de préciser: "nous nous trouvons dans une partie du monde où certains groupes se glorifient de brûler les écoles tant l'éducation paraît être une menace surtout si elle s'adresse aux filles. Ce patrimoine montré ici nous parle d'une Eurasie ouverte, fécondée par les apports de grandes civilisations de la Méditerranée à la Chine".

Après une première exposition il y a quatre ans sur l'histoire millénaire de l'Afghanistan, en réponse alors au terrorisme taliban, le Musée Guimet présente cette fois avec plus de sérénité les trésors de quatre sites archéologiques majeurs, des trésors retrouvés dans les collections éparpillées du Musée de Kaboul. Le premier, le plus ancien est Fulol (2200-1800 avant J.C.): ses vases en or évoquent la civilisation urbaine de la Bactriane déjà en relation avec le monde indien, perse et mésopotamien, preuve de l'ouverture très ancienne au monde de cette région.

Plus conséquents sont les objets du site d'Aï-Khanoum (V au II siècle avant J.C.) fouillé par la Délégation française avant 1978, riche en pièces d'or et en sculptures d'inspiration grecque, Alexandre le Grand - et Selencos Ier - ayant joué un rôle essentiel dans son rayonnement. Dans un long couloir sombre mais superbement éclairé se trouvent les richesses de la nécropole de Tilla-Tepe (1er siècle avant J.C.) qui justifie son surnom de "la colline d'or": colliers, pendentifs, bagues, bracelets, ceintures, broches, boucles, tous les ornements finement travaillés brillent de leur éclat retrouvé.

Pendant une vingtaine d'années, on pensait ces trésors disparus, vendus, fondus: cette exposition les remet en exergue, une première depuis 1979. L'ouverture des steppes afghanes au monde extérieur au début de notre ère se poursuit avec la dernière partie de l'exposition, le trésor de Begram où domine une influence indienne avec des touches chinoises. Cela est particulièrement sensible quant aux décors des remarquables plaquettes en ivoire narrant la vie de palais ou dans l'étonnant travail du verre coloré d'objets précieux, mais la Grèce demeure toujours présente par des bronzes précieusement ornés.

Le propos de Guimet est donc de montrer combien le monde afghan, vieux de plusieurs millénaires, a toujours été ouvert aux autres civilisations, s'en est nourri et a contribué au développement des autres, un cheminement que le pays, avec la paix (plus ou moins) retrouvée aujourd'hui, se doit de perpétuer. En cela, cette exposition est une réussite. Seul bémol: le visiteur doit faire, en permanence un effort de compréhension, car les explications sont réduites à un minimum d'informations dans un jargon parfois d'initiés, d'autant que les panneaux s'avèrent souvent illisibles.


"Afghanistan, les trésors retrouvés", jusqu'au 30 avril 2007, Musée Guimet, Paris XVI, (un pourcentage sur les droits d'entrée (7 euros plein tarif) est reversé au Musée de Kaboul). Renseignements: www.muséeguimet.fr

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