Candide pour les fêtes

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Cinquante ans après sa création à New York, "Candide", l'opérette de Léonard Bernstein, est donnée pour la première fois à Paris, au Châtelet. Un "musical" de fêtes de fin d'années surchargé.

Etonnant objet musical que ce "Candide" qualifié dans le titre original de "Comic operatta" par Léonard Bernstein qui l'a créé à Broadway en décembre 1956. Sans atteindre la perfection de "West Side Story", qu'il signera l'année suivante, Bernstein a conçu une oeuvre transgenres, mi-opérette mi-opéra avec des parties parlées, chantées et dansées.

Au Châtelet, le spectacle sonorisé s'étire sur trois heures. La faute sans doute à l'adaptation française du livret inspiré du "Candide" de Voltaire mis à la sauce contemporaine avec une surcharge de symboles. On sait que le philosophe du siècle des Lumières avait fait de son roman un pamphlet contre la pensée religieuse, l'unique autorisée à l'époque. Bernstein l'avait déjà actualisé et remanié plusieurs fois en prenant pour cible la chasse aux sorcières à l'époque du maccarthysme. Pour la version du Châtelet, le metteur en scène canadien, Robert Carsen part du rêve américain des années 50 pour arriver aux atteintes aux libertés intentée sous l'ère Bush. Cela fait beaucoup de couches superposées et le millefeuilles est un peut trop roboratif.

Le dispositif scénique, en revanche, est très judicieux: la scène est installée dans un poste de télévision géant où les tableaux défilent à la vitesse du zapping. Commence alors le chassé-croisés entre les différents héros, partis non plus de Westphalie comme l'indiquait Voltaire mais en "Ouest-faillite" et atterris en Amérique après moult péripéties. L'aristocrate Cunégonde (très Jackie Kennedy) est courtisée par le roturier Candide, suivi de près par Voltaire en personne et en perruque, qui fait office de narrateur, et par son professeur Pangloss, qui lui serine à tout bout de champ que tout "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles".

Indécrottable optimisme perpétuellement battu en brèche par la réalité qui se charge de lui infliger de cuisants démentis. Y compris dans la morale finale "il faut cultiver son jardin", que Carsen illustre en projetant des images de planète en danger (déforestation, fonte des glaciers....). Au passage on a droit a un sommet international sur une mer mazoutée avec cinq hommes en maillot de bain portant les masques de Berlusconi, Blair, Bush, Chirac et Poutine.

Très à l'aise, Lambert Wilson interprète plusieurs rôles, celui, parlé, de Voltaire, et chante, avec sa voix de baryton, la partition de Pangloss et de son contraire pessimiste Martin. Le ténor américain William Burden est un Candide solaire, la soprano Anna Christy une Cunégonde pétulante et la mezzo Kim Criswell joue la Old Lady de service avec un bel abattage.

S'il comporte des moments chantés pleins de grâce et d'énergie, ce spectacle de fin d'année au Châtelet apparaît bien bavard et, pour tout dire, longuet.

Châtelet, jusqu'au 31 décembre, tél. 01 40 28 28 40, www.chatelet-theatre.com
Retransmission sur Arte le 20 janvier à 22H10

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