"Pour se désendetter, l'Etat devrait céder son patrimoine immobilier"

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Le gouvernement a annoncé son intention de ramener le déficit public à zéro et d'abaisser à moins de 60% du PIB la dette de l'Etat d'ici 2010. L'économiste Olivier Pastré, professeur à l'Université Paris VIII, estime que ces promesses engagent surtout les successeurs de Dominique de Villepin.

latribune.fr- Que pensez-vous du programme d'assainissement des finances publiques du gouvernement ?

Olivier Pastré- Je trouve d'abord touchant que l'on découvre aujourd'hui que la France est endettée. A ce titre, le rapport Pébereau a l'immense mérite de présenter ce qui était, certes, déjà connu dans ses grandes lignes, mais il le fait de façon inédite, compréhensible et pédagogique. Du côté des recettes, si l'hypothèse du gouvernement d'un taux de croissance de 2,25% n'est pas déraisonnable, elle apparaît relativement optimiste. Du côté des dépenses, je ne pense pas, comme certains, que l'objectif de cession d'actifs non stratégiques de 5 à 10 milliards d'euros par an soit irréaliste. En revanche, d'autres chantiers que ceux évoqués par le Premier ministre pourraient être lancés, comme par exemple, celui du patrimoine immobilier de l'Etat.

Pourquoi la cession de ce type d'actifs n'est-elle pas envisagée par l'Etat ?

Comme pour toute réforme, on se heurte à des corporatismes. Ici, ce sont les différents ministères qui se partagent la gestion du patrimoine immobilier et ne veulent pas s'en dessaisir. Or, presque aucun d'entre eux n'a de compétences en la matière. Seul le ministère des Armées a prouvé qu'il pouvait mettre en place une procédure de gestion dynamique dans ce domaine.

Y a-t-il eu des propositions dans ce sens ?

Les propositions ne manquent pas. Mais l'Etat reste très peu disert sur son patrimoine immobilier. La seule estimation qui soit connue et rendue publique est la surface d'actifs immobiliers détenue par l'Etat, bureaux, habitations et monuments historiques confondus. Et encore les estimations varient selon les sources entre 30 et 50 millions de mètres carré... Ce qui permet d'évaluer à environ 200 à 300 milliards d'euros le patrimoine dont une partie, même minime, pourrait être cédée pour renflouer les caisses de l'Etat.

En dépit de cela, pensez-vous que les ambitions du gouvernement soient réalisables ?

Tout dépend de la volonté politique du gouvernement et de sa détermination à passer outre les réticences des corporatismes. Cela dit, la plupart des réformes concernent la période qui suit les élections présidentielles de 2007. Elles n'engagent donc que l'opiniâtreté du prochain gouvernement.

N'y a-t-il donc rien à mettre en oeuvre dans l'immédiat ?

Bien sûr que si. Dominique de Villepin doit continuer, voire accélérer, les réformes en cours pour commencer dès à présent à limiter la dérive naturelle des finances publiques, que ni la droite, ni la gauche n'ont réussi à endiguer à ce jour. De fait, si les critiques à son encontre se multiplient aujourd'hui, il faut se rappeler que Jacques Chirac a lancé certains grands chantiers de réformes, qu'il s'agisse du financement des retraites ou de la santé. Sous son quinquennat, ni Jean-Pierre Raffarin, ni Dominique de Villepin ne sont restés complètement inactifs, même si les réformes à ce stade ne peuvent suffire.

Quel est selon vous le dossier le plus sensible dans le programme de désendettement ?

Sans doute celui de la fiscalité. L'instauration d'une TVA sociale me semble une idée à creuser, même si elle n'a pas la faveur du gouvernement. Pour des raisons de calendrier électoral, elle doit être rapidement discutée et mise en place. Comme elle pèse sur le consommateur, il faut à tout prix éviter les années électorales et donc faire vite. Les entreprises et les salariés doivent bien sûr également contribuer à l'effort général en faveur du désendettement de l'Etat. Une réforme fiscale globale, efficace et équitable est difficile à mettre en oeuvre mais constitue, pour la France, une "impérieuse nécessité".

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