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Le gouvernement français lance la fusion Suez-Gaz de France

La Tribune

Publié le 27 février 2006 à 04:12 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:48

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Afin de protéger Suez contre les convoitises de l'Italien Enel, le gouvernement a annoncé ce week-end un projet de fusion entre Suez et GDF. L'opération, qui nécessite une adaptation législative, donnera naissance à un géant européen de l'énergie, dans lequel l'Etat disposera d'au moins 34%.

Les conseils d'administration de Suez et de Gaz de France ont approuvé samedi soir un projet de fusion et mandaté les présidents des deux groupes pour définir les modalités de ce rapprochement encouragé par le gouvernement français pour donner naissance à un géant européen de l'énergie.

C'est le Premier ministre, Dominique de Villepin, qui avait annoncé lui-même l'opération dans l'après-midi. "Compte tenu de l'importance stratégique de l'énergie, la fusion entre Gaz de France et Suez semble aujourd'hui la voie la plus appropriée", avait-il dit en présence des principaux intéressés. Il avait ajouté que la France avait ainsi "l'ambition de créer un des tout premiers groupes mondiaux de l'énergie, en particulier dans le secteur du gaz", Suez-GDF étant de fait un des leaders du gaz naturel liquéfié.

Réunis dans la soirée, les conseils des deux groupes ont approuvé le projet de fusion. Celui de Gaz de France a assuré que ce projet s'inscrivait "dans le prolongement des coopérations existantes" et concrétisait "l'aboutissement de discussions entamées depuis plusieurs semaines". Le projet "répond pleinement aux ambitions stratégiques du groupe Gaz de France dont il permet une mise en oeuvre accélérée", affirme le communiqué. Le conseil d'administration souligne la nécessité du "respect de la culture des deux groupes et l'importance qu'il attache à un projet qui soit créateur d'emplois". Le PDG Jean-François Cirelli a été mandaté pour poursuivre les négociations.

Menace d'OPA

Côté Suez, le conseil d'administration a également chargé le PDG Gérard Mestrallet de "mener à bonne fin les discussions permettant la fusion des deux groupes". Il a demandé que tout soit mis en oeuvre pour que ce projet se réalise "dans les meilleurs délais et dans le respect des concertations nécessaires". Les représentants des principaux actionnaires de Suez ont indiqué qu'ils recommanderaient "à leurs conseils d'administration respectifs de conserver leur participation dans le nouvel ensemble".

Suez et Gaz de France évoquaient depuis plusieurs années un éventuel rapprochement. Ils ont noué des partenariats, notamment sur la gestion de centrales électriques dans le sud de la France. Mais le processus a été accéléré après que le groupe italien Enel eut fait part ces derniers jours de son intérêt pour Suez en brandissant la menace d'une OPA. Des sources proches du dossier évoquaient même le dépôt d'une offre hostile dès lundi matin.

Cette perspective a provoqué un vent de panique au gouvernement, où on se mobilise déjà depuis le mois de janvier pour essayer de bloquer l'offre de Mittal Steel sur Arcelor. Dominique de Villepin, chantre du "patriotisme économique", et son ministre de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, ont multiplié les consultations pour voir comment protéger Suez alors que l'Europe de l'énergie est en ébullition depuis l'OPA de 29,1 milliards d'euros du géant allemand E.ON sur l'espagnol Endesa, qui était convoité par Gas Natural.

Entreprise à capitaux mixtes

Le gouvernement français a décidé d'accélérer le processus de fusion afin de protéger une grande entreprise au coeur des réseaux politiques et économiques des appétits d'un concurrent étranger. Il a réussi à convaincre les dirigeants et les principaux actionnaires, dont Albert Frère, premier actionnaire de Suez avec 7,2% du capital, qui a annoncé dès vendredi soir qu'il était favorable à une fusion avec Gaz de France.

L'initiative du gouvernement français a été fraîchement accueillie en Italie. Le ministre italien de l'Economie, Giulio Tremonti, a ainsi déclaré que les pays européens devaient cesser de s'opposer à des rachats de leurs entreprises nationales par des étrangers, sous peine de provoquer un blocage du marché communautaire.

Les modalités pratiques de l'opération doivent encore être précisées. Le rapprochement entre les deux entreprises devrait prendre la forme d'une absorption de GDF par Suez, l'opération étant financée en actions et en numéraire. De source gouvernementale, on a souligné que le nouveau groupe serait une entreprise "à capitaux mixtes", ce qui signifie que l'Etat français, qui détient aujourd'hui près de 80% de GDF, entend rester présent à son capital.

Minorité de blocage

Thierry Breton l'a confirmé dans un entretien au Journal du Dimanche. "Il est encore trop tôt pour déterminer la part définitive de l'Etat dans le nouvel ensemble. La participation de l'Etat ne sera en aucun cas inférieure à la minorité de blocage, soit 34%", a-t-il dit en réponse à une question sur le possible passage de l'Etat sous les 50%.

"Les intérêts stratégiques de la France seront complètement préservés, notamment grâce à des droits en matière de gouvernance qui restent à arrêter", a assuré le ministre de l'Economie. Sur la base des cours de clôture de vendredi, la participation de l'Etat dans Gaz de France se transformerait en une part de 32,4% dans le nouvel ensemble. Mais ce chiffre ne tient pas compte de la prime propre à ce genre d'opération.

Une modification de la loi sur la part de l'Etat dans Gaz de France, actuellement fixée à 70% au minimum, sera en tout cas indispensable. Elle sera effectuée "dans les semaines à venir", a déclaré le ministre de l'Economie, Thierry Breton, dans une interview au Parisien Dimanche.

Le nouvel ensemble pèse plus de 72 milliards de capitalisation boursière, ce qui en ferait le numéro deux européen derrière EDF (77 milliards). Il affiche un chiffre d'affaires combiné 63,9 milliards en 2005.

Si ce rapprochement a déjà été plébiscité par les investisseurs, les syndicats de Gaz de France ne cachent leur hostilité et rappellent que le gouvernement avait promis que l'Etat conserverait 70% au moins du capital. La CGT, la CFDT et FO ont dénoncé une privatisation déguisée.

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