Laurent Joffrin candidat à la direction de Libération

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L'avenir du quotidien Libération pourrait se jouer ce lundi. Lors du dernier conseil d'administration qui s'est tenu mardi 7 novembre, l'administrateur délégué de La Libre Belgique, François Le Hodey, chargé d'effectuer un audit au sein du quotidien Libération, a préconisé une réforme drastique du processus de fabrication du journal. L'introduction de nouveaux outils informatiques permettrait, selon lui, de supprimer entre 101 et 106 emplois sur 280: 50 à 55 sur 138 à la rédaction, 16 sur 28 à l'édition, 4 sur 8 à la correction.Tout au long de la semaine dernière, la direction du journal a planché sur ce projet avec François Le Hodey afin d'en mener une analyse critique, de chiffrer les investissements qu'il nécessiterait et de débattre des conséquences sociales. C'est sur la base de ces travaux que les actionnaires doivent reprendre leurs discussions lundi.Par ailleurs, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, a annoncé en fin de matinée dans un e-mail interne à la rédaction de l'hebdomadaire qu'il quittait le magazine dans l'intention de prendre la direction de Libération. "Les difficultés financières et la crise interne de Libération m'ont conduit à prendre cette décision, la plus difficile de ma vie professionnelle", explique Laurent Joffrin dans ce courrier électronique, dont le site du Nouvel Observateur reproduit des extraits.Laurent Joffrin prendrait la "responsabilité" du journal, en remplacement de Serge July, fondateur et PDG du quotidien, qui l'avait quitté en juin à la demande de l'actionnaire de référence Edouard de Rothschild (38,8%). Ce dernier n'avait pas ménagé ses efforts voici quelques semaines pour tenter de convaincre Laurent Joffrin de rejoindre Libération.L'homme d'affaires est resté silencieux ces derniers jours sur ses intentions. Il est vrai que les conclusions de François Le Hodey sont proches des mesures qu'il réclame depuis la fin septembre: la dernière mouture de son plan de redressement prévoyait 90 licenciements.Edouard de Rothschild, qui a déjà investi 20 millions d'euros dans le quotidien, ne s'est toutefois pas encore officiellement engagé à réinjecter de l'argent si les préconisations de l'audit étaient adoptées. De son côté, la Société civile des personnels de Libération (SCPL, 18,4% du capital) avait jugé à la sortie du dernier conseil d'administration que ces propositions étaient "proprement inconcevables".Interrogé par l'Agence France Presse (AFP), un porte-parole de la SCPL a indiqué que cette dernière n'avait pas encore défini la position qu'elle allait défendre lundi et qu'elle continuait à travailler sur le plan de relance élaboré avec l'ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel. Mais aucun investisseur extérieur n'a pour le moment manifesté son intention de financer ce plan. Pour nombre de proches du dossier, l'équipe de Libération se retrouve donc face à deux options: soit accepter de négocier sur les bases des propositions de François Le Hodey, soit aller au redressement judiciaire. Le journal, qui devrait accuser une perte de 12 millions d'euros en 2006, ne dispose en effet que de quelques semaines avant de devoir déposer le bilan.Certains au sein du journal sont partisans de cette option, qui entraînerait de facto le départ d'Edouard de Rothschild. Mais lors d'une assemblée générale qui s'est tenue mercredi, l'administrateur judiciaire, chargé de suivre le dossier par le tribunal, Régis Valliot, a insisté sur les risques d'une telle procédure, citant l'exemple de France Soir. Persuadés que le nouveau conseil sera "crucial" pour leur avenir, les salariés de Libération ont ouvert les portes du journal aux lecteurs samedi. Plusieurs centaines d'entre eux ont fait le déplacement pour "mettre leur poids dans la balance". Les représentants de Libération tentent également de mobiliser le monde politique. Ces derniers jours, des voix se sont multipliées au sein du Parti socialiste pour demander à l'Etat d'intervenir. Interrogé le Premier ministre, Dominique de Villepin, a déclaré qu'il était "très attaché à la diversité d'expression" dans la presse.

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