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EADS nomme le patron d'Eurocopter comme directeur général délégué d'Airbus

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Publié le 31 octobre 2006 à 18:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:32

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Fabrice Brégier devient directeur général délégué de l'avionneur européen. Il est remplacé à la direction d'Eurocopter par l'allemand Lutz Bertling.

Cela a pris un peu plus de temps que prévu mais cette fois, c'est fait: Fabrice Brégier, 45 ans, est nommé par EADS directeur général délégué de la grande filiale Airbus, comme la tribune.fr l'avait révélé le 17 octobre dernier. Il travaillera aux côtés du nouveau président de l'avionneur Louis Gallois, également co-président exécutif d'EADS aux côtés de l'allemand Thomas Enders.

Fabrice Brégier était jusqu'alors PDG d'une autre importante filiale d'EADS, Eurocopter. Il sera remplacé à son poste par l'allemand Lutz Bertling, jusque là patron d'Eurocopter Allemagne et membre du comité exécutif du constructeur d'hélicoptères. La direction de ce dernier, depuis l'origine aux mains des Français, leur échappe donc. Mais en échange, ils auront le contrôle total sur Airbus avec les postes de numéros un et deux. Historiquement, EADS plaçait plutôt un tandem frano-allemand à la présidence et à la direction générale de l'avionneur.

En 2005, le nom de Fabrice Brégier avait été évoqué pour prendre la tête d'Airbus après Noël Forgeard qui venait de réussir à remplacer Philippe Camus à la co-présidence exécutive d'EADS. Mais cette nomination aurait fait courir le risque aux Français de perdre la direction d'Eurocopter au profit des Allemands (ce qui finit aujourd'hui par arriver). La question s'est de nouveau posée, avec la même réponse, en juin 2006 quand il fallait trouver en catastrophe un successeur à la tête d'Airbus à l'allemand Gustav Humbert, prié de quitter ses fonctions tout comme Noël Forgeard, en raison des coûteux problèmes de retard de production du très gros porteur Airbus A380 et de l'affaire des stock-options exercés auparavant par certains dirigeants du groupe.

Aujourd'hui, Fabrice Brégier, polytechnicien et ingénieur des Mines ("X Mine" comme on dit), devient co-pilote du géant européen de l'aéronautique, dix fois plus gros qu'Eurocopter, où il devra, auprès de Louis Gallois (62 ans) mettre en oeuvre un lourd plan de restructuration, Power 8 (Energie 8 pour les Français) imaginé par celui qui vient de quitter la direction d'Airbus avec pertes et fracas, Christian Streiff. Un plan dont les contours sociaux - réductions d'effectifs, dimunution du nombre de sites - restent à préciser.

Le nouveau directeur général délégué d'Airbus, avait débuté sa carrière comme ingénieur à la centrale nucléaire de Creys-Malville. Il a ensuite occupé plusieurs postes dans des directions centrales de ministère et a participé aux cabinets ministériels du Commerce extérieur puis des Postes et télécommunications à l'époque des gouvernements socialistes d'Edith Cresson et de Pierre Bérégovoy.

En 1993, il quitte le monde politique et entre chez Matra Défense, contrôlé par Jean-Luc Lagardère et dirigé par Noël Forgeard où il est vite identifié comme cadre à haut potentiel. De fait, on lui confie la présidence d'activités communes avec l'allemand Dasa (Deutsche Aerospace, filiale du groupe DaimlerBenz devenu DaimlerChrysler) dans les missiles puis dans les drones (avions sans pilote). Il travaille ensuite, notamment avec les Britanniques, sur les grands programmes de missiles de croisière Scalp et Storm Shadow ou dans le domaine air-air sur le Meteor.

En 1998, Fabrice Brégier est nommé PDG de la société franco-britannique de missiles Matra BAE Dynamics (en remplacement de Noël Forgeard parti diriger Airbus) puis mène l'intégration des italiens de Finmeccanica, la société de missiles devenant tripartite et étant rebaptisée MBDA.

Puis, en deux ans, Matra Defense Espace se marie avec Aerospatiale, privatisée pour l'occasion, toujours sous l'égide du groupe Lagardère, qui apporte ensuite cet ensemble dans la corbeille de mariage afin de créer EADS avec les Allemands de DaimlerChrysler (et accessoirement le groupe public espagnol Casa).

En 2003, Fabrice Brégier change de filiale et arrive chez Eurocopter, le champion européen des hélicoptères civils et militaires. Il passe rapidement de vice-président à président en remplaçant le patron d'origine d'Eurocopter, Jean-François Bigay. Il va mener la société vers de nouveaux succès, marqués par les ventes qui se multiplient de ses derniers modèles militaires, l'hélicoptère de combat Tigre et l'appareil de transport NH90. De 2000 à 2007, Eurocopter aura doublé son chiffre d'affaires à 4 milliards d'euros, avec un an d'avance sur les objectifs.

Ce "wonder boy" de la maison Lagardère va maintenant avoir fort à faire. Car c'est chez un Airbus affaibli qu'il arrive. L'avionneur est en retard sur ses grands programmes, le géant A380, le futur A350 censé riposter au nouveau Boeing 787 "dreamliner" superéconomique en carburant qui ne cesse d'engranger les commandes, et même en retard sur l'Airbus militaire, l'A400M.

Airbus est aussi confronté à un gros problème financier qui touche directement sa maison-mère EADS (elle en détient désormais 100%, le britannique BAE Systems venant de lui céder ses 20%). La rentabilité du programme A380, prévue à 270 appareils vient d'être repoussée à 420 avions. Alors que pour l'heure, l'A380, même avec les huit avions supplémentaires que vient de lui acheter la compagnie aérienne australienne Qantas, ne compte que 167 commandes fermes.

Il va également falloir remettre à plat tout le système industriel car le puzzle de fabrication - un morceau en France, un autre en Allemagne, un autre en Grande-Bretagne, un quatrième en Espagne sans parler des éléments fabriqués en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie voire en Chine - a des ratés. L'informatique censée assurée la cohérence de l'ensemble peine à avaler le gros morceau qu'est l'A380 (de 550 à 800 passagers, le plus gros avion civil jamais construit) avec ses kilomètres de cablage interne.

Tout cela a créé de vives tensions entre Français et Allemands au sein d'EADS et d'Airbus. Il va donc aussi falloir retrouver la sérénité et mettre fin aux antagonismes de clochers. Et ce ne sera pas là l'un des moindres objectifs du tandem Gallois - Brégier. Mais si le premier est réputé germanophile, le second vient tout de même de passer sans encombre trois ans à la tête d'une société totalement franco-allemande, Eurocopter. De quoi être bien armé pour remplir sa mission.

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