Universal rémunéré sur les baladeurs de Microsoft : une révolution

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Pour s'adapter à l'ère numérique, les majors ont compris qu'il ne s'agissait plus seulement de mettre une chanson sur une plate-forme en ligne, comme on mettait un single dans les bacs. Cela consiste bel et bien à être présent sur les nouveaux supports matériels d'écoute que sont les baladeurs. Et à se faire payer pour ça, comme Universal par Microsoft.

La musique numérique "dématérialisée" a tout de même besoin d'un matériel d'écoute. Si elle a quitté le support CD, c'est pour atterrir sur le disque dur d'un ordinateur ou la mémoire d'un baladeur numérique. On sait les dégâts qu'il en a résulté pour l'industrie du disque qui commence à peine à adapter ses modèles économiques.

Et voilà que Microsoft lui ouvre une nouvelle voie, avec l'accord qu'il vient de conclure avec Universal. À la veille du lancement de son baladeur numérique Zune et de son magasin de musique en ligne Zune Marketplace, Microsoft s'est engagé à reverser à Universal une partie du chiffre d'affaires réalisé sur chaque Zune. Et le géant informatique se dit prêt à signer des accords similaires avec d'autres maisons de disques. Cette rémunération sur le matériel a pour contrepartie la mise à disposition large du catalogue Universal. Et viendra s'ajouter au paiement normal des droits sur les chansons Universal achetées sur Zune MarketPlace.

Avec cet accord, Microsoft prend évidemment son vieux rival Apple à contre-pied. Apple, avec le succès de son iPod et le lancement de sa boutique en ligne iTunes Music Store, a semblé un moment le seul salut pour les majors du disque face au piratage. Mais il leur a aussi imposé sa voie unique: le titre à télécharger à 99 cents ou centimes d'euros, l'album à 9,99, le magasin en ligne iTunes Music Store, et une seule destination pour transporter la musique achetée, l'iPod. Dans ce schéma, Apple ne gagne presque rien sur la vente de musique, et le prix qu'il a fixé s'impose à tous les autres vendeurs en ligne, qui se plaignent d'une marge trop réduite. Les ventes de l'iPod rendent le modèle gagnant - voire très gagnant - pour le seul Apple. Avec ce schéma, l'industrie de la "création" de contenus semblait condamnée à se soumettre au diktat des fabricants de matériel.

Mais pour rivaliser avec Apple et la domination de l'iPod, les autres fabricants de baladeurs sont prêts à des efforts. L'accord Universal-Microsoft, en invitant les deux parties au partage tant sur la vente de musique que de matériel, semble ouvrir une ère où la vieille distinction "contenus-contenants" serait révolue.

Il s'inscrit dans une tendance récente qui voit les accords entre fabricants de baladeurs et majors du disque se multiplier. Archos, pour sa nouvelle gamme de baladeur 604, a conclu un accord avec EMI, qui fournit des contenus audio et vidéo préchargés sur les baladeurs du fabricant français. Depeche Mode sera à l'honneur avec le concert Touring The Angel à Milan, en vidéo sur l'Archos 604, un film sur la tournée, un documentaire sur le groupe et 23 clips: une promotion croisée pour la sortie d'un nouveau matériel et du nouvel album de Depeche Mode mi-novembre.

Entre le fabricant N.E.O et Universal Music, c'est un autre type de partenariat qui a été conclu. En achetant le baladeur N.E.O., l'acquéreur dispose d'un accès exclusif au site Buzzmusic.fr contenant 50.000 titres et clips du catalogue Universal qu'il peut écouter et transférer sur son baladeur pendant 6 mois à compter de sa première connexion.

Créer une relation favorable avec les fabricants de baladeurs, voire de téléphone mobiles, ces nouveaux supports post-CD, semble donc une des préoccupations montantes de l'industrie musicale. Si le succès du Zune est au rendez-vous, la porte ouverte par Microsoft, où l'industrie de la création "immatérielle" en vient à tirer une partie de ses recettes des ventes de "matériel", ne devrait plus se refermer.

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