George W. Bush présente son dernier plan pour l'Irak

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Le président américain veut envoyer quelque 21.500 soldats supplémentaires en Irak. Les Démocrates s'y opposent mais ont peu de moyens de le contrecarrer. Joseph Stiglitz appelle à un retrait des troupes américaines

C'est peut-être la plan de la dernière chance... Cette nuit à 21 heures à Washington (02h00 GMT), le président George W. Bush va préciser les grandes lignes de son cinquième plan pour l'Irak depuis mars 2003. Selon des informations publiées dans la presse américaine au cours des derniers jours, la mesure principale portera sur l'envoi étalé jusqu'au printemps de 21.500 soldats supplémentaires en Irak. Et sur un budget additionnel de quelque 6,8 milliards de dollars, destiné à soutenir cet effort supplémentaire.

La majorité d'entre eux seront déployés à Bagdad tandis que 4.000 seront affectés aux opérations dans la province d'Anbar, l'une des zones où l'insécurité, entretenue par des groupes armés sunnites, est la plus importante en dehors de la capitale irakienne. A ce jour, près de 140.000 soldats américains sont déjà présents en Irak, le niveau le plus important de ces troupes ayant été atteint en janvier 2005 avec 160.000 hommes.

Mise en garde au gouvernement irakien

Contrairement à ce qui avait été annoncé en décembre dernier, George W. Bush ne devrait pas adresser d'ultimatum au gouvernement irakien et à son Premier ministre, Nouri al-Maliki. Mais le président américain devrait annoncer que le transfert total des pouvoirs de sécurité aux forces irakiennes sera achevé en novembre prochain. Pour le moment, l'armée et les forces de sécurité irakiennes ne contrôlent que trois des dix-huit provinces du pays, le reste relevant de l'US Army. Il n'y aura pas non plus de calendrier précis d'un éventuel retrait américain mais le président Bush devrait appeler le gouvernement irakien "à prendre ses responsabilités" pour mettre fin aux violences intercommunautaires qui embrasent le pays depuis le dynamitage, le 26 février 2006, d'un mausolée chiite à Samarra dans le nord de Bagdad.

De même, George W. Bush va probablement aller à l'encontre de l'une des recommandations du Groupe sur l'Irak que présidait James Baker en refusant tout contact direct avec l'Iran et la Syrie. Il pourrait même, selon la presse américaine, qualifier ces deux pays "d'influences négatives" pour la stabilité de l'Irak.

Anticipant ce ferme rappel à l'ordre, les autorités irakiennes ont déjà fait savoir qu'elles ne s'opposeront pas à l'arrivée de nouvelles troupes américaines. De même, Bagdad a promis que plusieurs chantiers législatifs seront bientôt bouclés dont la nouvelle loi de répartition des revenus pétroliers, la réforme constitutionnelle ainsi que la réintégration de plusieurs milliers d'anciens membres du parti baâth.

Le dilemme des Démocrates

Par ailleurs, et alors que le président Bush a annoncé qu'il allait tenter de les convaincre de soutenir son plan, les Démocrates ont d'ores et déjà annoncé qu'ils s'opposeraient à ce qu'ils qualifient "d'escalade". Qu'il s'agisse de Nancy Pelosi, le speaker de la Chambre des représentants, ou de Harry Reid, le chef de file de la majorité démocrate au Sénat, le discours est le même: pas question de cautionner l'envoi de nouvelles troupes alors que le prix payé par les Etats-Unis s'avère déjà lourd au regard du chaos irakien: plus de 3.000 morts, 22.000 blessés et plus de 350 milliards de dollars dépensés. Et selon une enquête USA-Today-Gallup publiée mardi, 61% des Américains interrogés sont sur la même ligne que les Démocrates. De même, un Américain sur deux estime que l'arrivée de nouvelles troupes ne changera rien à la situation sur le terrain.

Mais au-delà de cette position affichée, les Démocrates hésitent sur le moyen de contrer le plan Bush. La loi ne leur permet pas d'obliger le président à ne plus envoyer de nouveaux contingents et leur seul moyen coercitif serait de refuser de financer ce plan pour l'Irak. Une telle décision serait néanmoins lourde de conséquences, les Républicains étant prompts à accuser leurs rivaux d'anti-patriotisme. Du coup, les Démocrates, dont certains sont mal à l'aise aujourd'hui pour avoir voté en faveur de la guerre en Irak, pourraient se contenter de faire passer une résolution affirmant leur opposition à l'envoi de nouvelles troupes en Irak.

Conscient lui aussi de l'impossibilité de fermer les cordons de la bourse, le sénateur démocrate Ted Kennedy va proposer un texte de loi qui obligera à l'avenir le président Bush à obtenir l'aval du Congrès pour l'envoi de tout soldat supplémentaire. "L'Irak est le Vietnam de George Bush, a déclaré Ted Kennedy. Et comme au Vietnam, la seule solution rationnelle est politique, et non pas militaire. Injecter plus de troupes dans une guerre civile ne changera rien."

Joseph Stiglitz plaide pour un retrait des troupes

Les Démocrates hésitent aussi à réclamer un retrait total d'Irak, Russ Feingold, le sénateur du Wisconsin étant l'un des rares à l'exiger. Interviewé par BBC Radio 4, le Prix Nobel 2001 d'économie Joseph Stiglitz a pourtant abondé dans le même sens en réclamant un retrait des troupes américaines. "Il y a des preuves irréfutables que les Etats-Unis sont une source d'instabilité et pas de stabilité", a-t-il estimé, en souhaitant que son pays dépense "plus d'un milliard de dollars" pour relever l'Irak. "Si nous nous rappelons, en 2003-2004, les Etats-Unis ont promis de dépenser environ 14 milliards de dollars", a ajouté l'économiste dont les propos ont été repris par l'AFP. "Mais à cause des problèmes de sécurité, des crimes et de la corruption aussi bien aux Etats-Unis qu'en Irak, et de problèmes d'incompétence, ils ont dépensé moins de 1 milliard de dollars et l'essentiel a été consacré à la sécurité et pas au développement", a-t-il relevé, en précisant que l'économie irakienne "est dans un état lamentable", le pétrole à lui seul ne créant pas d'emplois.

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