Anthony Boots : "la paix en Irlande du Nord est le plus grand succès de Tony Blair"

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Tony Blair a annoncé aujourd'hui, lors d'une réunion de son gouvernement, son départ de la direction du Labour Party, dont il a été le leader depuis 1994. Il déclenche ainsi une période électorale interne de sept semaines, au cours de laquelle le parti travailliste doit élire son successeur. Selon toute probababilité, c'est Gordon Brown, actuellement chancelier de l'Echiquer (ministre des Finances), qui prendra la relève. Une fois élu chef du Labour, Gordon Brown deviendra premier ministre, son intronisation étant prévue en principe autour du 2 juillet. Quel bilan global peut-on tirer des dix années de blairisme? La Tribune a demandé un avis à Anthony Booth, acteur de cinéma très connu au Royaume-Uni, militant travailliste de la première heure et beau-père de Tony Blair (sa fille Cherie Booth, fameuse avocate, est l'épouse du premier ministre).

- Comment l'Histoire jugera-t-elle Tony Blair, d'après vous ?

Avoir remporté trois élections d'affilée (en 1997, 2001 et 2005) a été un succès monumental pour un premier ministre travailliste, et c'est aussi une indication de la longue popularité de Tony Blair auprès de l'électorat. Je suis personnellement mécontent de la guerre en Irak, à laquelle je me suis opposé en participant aux manifestations dans les rues avec me femme, mais je crois que cela ne doit pas offusquer les aboutissements réels de Tony Blair: la paix en Irlande du Nord, l'introduction du salaire minimum, les investissements massifs dans la santé, les progrès réalisés dans le domaine de l'éducation...

Les Britanniques sont financièrement mieux lotis aujourd'hui qu'ils ne l'étaient hier. Je crois que l'Histoire sera envers Tony Blair plus généreuse que les campagnes médiatiques et les machinations politiques actuelles ne laissent penser. Et je pense même qu'il ne passera pas beaucoup de temps avant que l'électorat ne le regrette. Tony Blair aura été un grand premier ministre travailliste réformateur, à côté de Clement Atlee (1945-51) et Harold Wilson (1964-70 et 1974-76).

- Quel a été selon vous son principal succès et son principal échec ?

Son plus grand succès a été incontestablement d'avoir apporté la paix en Irlande du Nord: un conflit sanglant et vieux de plusieurs siècles a été finalement résolu de manière pacifique. Pour avoir vécu en Irlande pendant plusieurs années, je sais combien la société était polarisée. Je crois que Tony Blair et Bertie Ahern, le premier ministre irlandais, méritent le prix Nobel de la paix pour leur engagement total et obstiné dans la cessation du conflit. Le principal échec et la plus grande déception a été la réforme inaboutie de la Chambre des Lords, qu'il n' pas réussi à transformer en une deuxième chambre élective. Ce fut une opportunité manquée.

- La paix en Irlande du Nord va-t-elle permettre d'effacer, en quelque sorte, la mésaventure en Irak ?

Le postulat sous-jacent à cette question est faux. La paix en Irlande du Nord est un aboutissement historique. Il serait complètement inacceptable de le réduire à un simple événement effaçant, comme vous le dîtes, la mésaventure irakienne. Les deux questions ne peuvent pas être mises en relation.

L'Irlande du Nord entre dans une ère de paix alors même qu'une autre partie du Royaume-Uni, l'Ecosse, semble tentée par l'indépendance. Y a-t-il u n risque d'éclatement du royaume ?

Cela dépend de l'importance que vous accordez à la propagande du Scottish National Party [SNP, parti indépendantiste écossais, vainqueur aux dernières élections régionales]. En réalité, il n'existe pas de majorité écrasante en faveur d'une Ecosse indépendante. Les trois autres grands partis - travailliste, conservateur et libéral démocrate - ont recueilli globalement plus de suffrages que le SNP. A mon avis, les élections écossaises ont montré surtout que la majorité des Ecossais sont contents à la fois de la dévolution des pouvoirs qui leur a été accordée en 1999 et de la continuité du Royaume-Uni.

- Sous Tony Blair, le Labour Party a été amené à accepter l'économie de marché. Sous David Cameron, les conservateurs prétendent désormais avoir à coeur les services publics et l'écologie. Le clivage traditionnel gauche / droite a-t-il fait long feu ?

N'y croyez surtout pas! Ce clivage est toujours vivant et présent, aussi bien en Grande Bretagne qu'en France, où on vient de le voir clairement. David Cameron n'est autre qu'un loup transformé en brebis. Il tient le bon langage sur les services publics et l'environnement, mais il n'agit pas de façon conséquente. Le parti conservateur de Cameron doit encore convaincre d'avoir des visions politiques fermes. Les seules idées concrètes qui nous sont parvenues jusque là sont celles que l'ancien leader Michael Howard, dont Cameron était le conseiller politique, a détaillé lors des dernières élections législatives, en 2005. Les conservateurs avaient essayé alors de faire de l'immigration et de l'avortement des thèmes électoraux, dans la meilleure tradition de ce parti. N'oubliez pas non plus que les Tories ne pardonnent toujours pas au gouvernement travailliste d'avoir introduit dans la législation britannique les lois européennes sur les droits de l'homme. Je suis sûr que les prochaines élections législatives au Royaume-Uni [prévues en 2009 ou 2010] nous rendront les conservateurs sous leurs vraies couleurs.

- La Grande Bretagne va bientôt avoir un nouveau premier ministre, la France a choisi son président. Pensez-vous que le couple Brown-Sarkozy fonctionnera mieux que le couple Blair-Chirac ?

J'ai toujours été un grand fan du cinéma français. Je me souviens avec grand plaisir de mes rencontres avec Yves Montand et Simone Signoret. J'ai hâte de voir Nicolas Sarkozy suivre cette grande tradition française dans l'art d'occuper la scène. Comme Tony Blair, il a certainement du charisme et semble avoir une maîtrise suffisante des médias. L'Histoire en a décidé autrement, mais je crois qu'un couple Blair-Sarkozy aurait formé un joli duo en Europe...

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