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Trois films vus au Festival

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Publié le 24 mai 2007 à 01:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 19:38

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Profitant de la caisse de résonnance médiatique du Festival de Cannes, trois films sortent simultanément en salles ce mercredi.

"Les Chansons d'amour" sur un air léger
Depuis "Les parapluies de Cherbourg", de Jacques Demy, palme d'or 1964, le Festival de Cannes n'avait plus inscrit de comédie musicale au menu de la compétition officielle. Prospère dans le cinéma français des années 50-60, le genre ne s'est pas pourtant pas éteint, réactivé de temps à autre par des cinéastes comme les Ducastel-Martineau, auteurs de "Jeanne et le garçon formidable".

Dans cette lignée, "Les Chansons d'amour" occupent une place particulière. D'abord, parce que ce quatrième film du jeune Christophe Honoré n'est pas une comédie musicale à proprement parler, avec des numéros chantés et chorégraphiés, mais un film comportant treize chansons, signées Alex Beaupain. Ensuite, parce que cet opus ne donne pas dans le mièvre, ni dans le kitsch, et qu'il s'inscrit dans le réel, avec sa part non négligeable de noirceur et de tragédie. Enfin, parce que "Les chansons d'amour" partent sans arrêt dans de directions inattendues, faisant mentir celle qui prétend que "Toutes les chansons d'amour racontent la même histoire".

Imprévisible, le trio de jeunes gens qui tissent leur trame en se cherchant autant eux-mêmes qu'ils cherchent les autres. Tantôt gais tantôt tristes, ils vagabondent dans le Paris très vivant du Xème arrondissement, du côté de la Porte Saint-Denis. Au centre : le garçon, Ismaël, toujours en mouvement, incarné par un Louis Garrel en état de grâce, flanqué de jour comme de nuit de deux filles : Julie la blonde (lumineuse Ludivine Sagnier) et Alice la brune (piquante Clotilde Hesme). Entre chamailleries, piques vachardes et rabibochages, le trio se forme et se déforme sans cesse, et répand ses frasques jusque dans la famille très accueillante de Julie.

Le tourbillon s'arrête net quand la tragédie frappe Julie d'un arrêt cardiaque. Sidérant, ce départ impromptu laisse les deux autres désemparés, poursuivis par les proches de Julie qui veulent à travers eux faire revivre la disparue.
D'autres portes s'ouvriront pour Ismaël comme pour Alice qui, répondant chacun à leur propre nécessité intérieure, emprunteront des voies divergentes pour vivre leur vie. Mais un petit air du trio initial restera à jamais dans leur tête.

"Le Scaphandre et le papillon", hymne à la vie
Pas facile de retracer en images le destin peu banal de Jean-Dominique Bauby, qu'il a lui-même raconté dans un livre. Frappé dans la fleur de l'âge par un accident vasculaire, ce Parisien branché s'est retrouvé complètement paralysé, ne disposant plus que d'un oeil pour communiquer avec le monde. Avec les précautions d'usage sur les "libertés prises par le scénario dans l'évocation de certains personnages de son entourage", l'artiste new-yorkais Julian Schnabel a réussi à insuffler la force visuelle d'un hymne à la vie dans le film qu'il en a tiré. Ce troisième opus, co-financé par les Français et les Américains, a tout pour figurer au palmarès du Festival de Cannes. Y compris un acteur remarquable en la personne de Mathieu Amalric.

Sur son lit de l'hôpital maritime de Berck, dans le Pas-de-Calais, où il se réveille après un coma profond, Jean-Do, comme tout le monde l'appelle, pense d'abord à mourir. Mais ce désir, pas plus qu'aucun autre, il ne peut le communiquer puisqu'il a aussi perdu aussi l'usage de la parole. Enfermé dans ce corps inerte, insensible, qu'il appelle son"scaphandre", l'homme réduit à l'état de légume se rend compte qu'il a conservé intacts deux outils précieux : la mémoire et l'imagination. A force de patience et d'ingéniosité, le personnel de l'hôpital le convainc qu'il peut communiquer ses émotions par le truchement de sa paupière gauche, qu'il appelle son "papillon" : un battement pour un oui, deux pour un non.

A partir d'un code alphabétique simple, Jean-Dominique Bauby parviendra à faire retranscrire le récit de cette seconde vie qui s'ouvre à lui. Un récit pétillant d'humour, traversé de fulgurances visuelles restituées par le peintre-cinéaste Schnabel, manifestement admiratif devant tant de vitalité.

"Après lui", fils de substitution
Programmé au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, "Après lui", du jeune Gaël Morel, avec pour co-scénariste le sus-nommé Christophe Honoré, vise haut dans le registre de la tragédie. En tête de casting, Catherine Deneuve incarne une mère effondrée après la mort de son grand garçon, tué dans un accident de la route. Indemne, son meilleur ami, chauffeur de la voiture accidentée, se voit violemment rejeté par la famille du défunt. Sauf - et ce n'est pas le moins - par la mère qui s'attache à ce garçon issu d'une famille modeste en qui elle voit un fils de substitution.

De plus en plus envahissante dans son désir de protection, elle glisse peu à peu dans le désir tout court, envahissante, embarrassante pour le garçon. A partir de quoi, le récit n'esquive pas les clichés et perd de sa force et de sa crédibilité.

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