Plein cadre

Entre histoire de l'art et art de l'histoire, Martin Suter a écrit un thriller psychologique réglé comme une montre suisse. A découvrir.

Un temps publiciste, le suisse alémanique Martin Suter écrit désormais quelques scénarios et nombre de romans d'une plume toujours aussi alerte. Sa première caractéristique est, en quelques lignes, d'immerger le lecteur dans l'ambiance de son livre qui, à chaque fois, est bâti autour d'un héros souvent ordinaire et d'une situation qu'il a étudiée avec minutie. Il y a eu la maladie d'Alzeimer ("Small world"), les effets des halucinogènes, ("La Face cachée de la lune") ou l'amnésie après un choc ("La mémoire à reconstruire").

Cette fois c'est dans le monde de l'art qu'il plonge avec délectation. Adrian Weinfledt, la cinquantaine bien passée, est un fils de famille helvète, célibataire bienheureux, entouré d'amis soit beaucoup plus jeunes pour lui faire oublier son âge, soit nettement plus vieux pour qu'il se sente juvénile, collectionneur de mobilier rare du début du XXème siècle et expert en peinture suisse de la même époque. Sa vie est tranquille, confortable, sans surprise, lui se contentant de préparer avec conscience des ventes aux enchères pour une maison anglo-saxonne des plus réputées.

Or, un matin, il sauve du suicide une jeune femme qui, au lieu de le remercier, en veut à son portefeuille bien épais, soit directement, soit par le biais d'intermédiaires peu scrupuleux. Parmi ceux-ci, un vieil amateur de peintures tellement ruiné qu'il a vendu tous ses tableaux aussitôt remplacés par des copies pour tromper son monde. Et de lui fourguer la pièce maîtresse de sa collection, un Vallotton millionnaire en francs suisses, avec, si possible, le soutien de la belle inconnue. L'expert saura-t-il reconnaître le vrai du faux ?

Jouant habilement le suspense à l'aide de courts chapitres, Martin Suter rédige là un très agréable thriller qui après avoir démarré tout doucement, s'intensifie peu à peu pour s'achever en pied de nez, grâce à son style toujours précis et son sens de l'anecdote qui fait le lien entre les personnages, y compris secondaires. C'est la confirmation du talent d'un auteur encore trop peu connu en France, dont le remarquable roman "Un ami parfait" a fait l'objet d'une adaptation réussie au cinéma.

"Le dernier des Weynfeldt" par Martin Suter, traduit par O.Mannoni, Christian Bourgois éditeur, 340 pages, 25 euros

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