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Mario Monti: "Silvio Berlusconi doit prendre ses distances envers la faillite politique du président Bush"

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Publié le 19 avril 2008 à 00:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:59

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Selon l'actuel président de l'Université Bocconi de Milan, la victoire de Silvio Berlusconi aux élections ne se traduira pas forcément par plus de protectionnisme. Mario Monti, membre de la Commission Attali, espère que la présidence française de l'Union européenne ne se placera pas sous le signe de "la protection" mais oeuvrera pour une Europe plus présente à l'OMC.

La Tribune.- La victoire de Silvio Berlusconi aux élections semble renforcer le camp en Europe des partisans de la "protection", si ce n'est du protectionnisme...

Mario Monti.- Cette inquiétude à propos de la globalisation a émergé dans plusieurs Etats membres récemment, comme lors des référendums en France et aux Pays-Bas sur le Traité constitutionnel européen. Les dirigeants politiques doivent prendre en compte de façon attentive cette inquiétude mais ne pas verser dans des politiques de fermeture, de désintégration. De nombreux pays européens ont su bien réagir à la globalisation et en tirer parti. Mais pas tous les pays, en particulier la France et l'Italie. Ces pays devront conjuguer des politiques très ambitieuses pour augmenter leur compétitivité avec plus d'économie moderne de marché et des mesures d'accompagnement social ("flexsécurité"), certes de sécurisation mais pas de conservation artificielle d'emplois obsolètes.

Qu'attendez-vous de la présidence française au deuxième semestre ?

Je suis très confiant pour cette présidence de l'UE. C'est l'occasion pour l'Europe d'être protagoniste plutôt que protectionniste dans la globalisation. Ce serait très mauvais que le volontarisme du président Sarkozy s'exerce contre l'Europe du marché et de la concurrence mais très positif s'il engage l'Europe davantage à l'OMC et dans d'autres instances internationales pour une meilleure application des règles de fonctionnement des marchés. Une Europe de la "protection", se refermant sur elle-même et rejetant la globalisation serait une stratégie perdante. Si la présidence française promeut des avancées souhaitables sur l'Europe de la défense, de l'immigration et son contrôle, l'Europe sociale, pourquoi ne pas parler alors "d'Europe des sécurités" plutôt que "de la protection" ? Sinon elle donnerait un magnifique alibi à ses interlocuteurs hors d'Europe pour être protectionnistes et diviserait même l'UE, des pays du centre et du nord de l'Europe refuseraient une attitude protectionniste

Avec la poussée de la Ligue du Nord aux élections, le gouvernement italien va-t-il dériver vers le protectionnisme?

La grande victoire du centre-droit ne peut pas être assimilée à celle du protectionnisme. Certes la Ligue du nord incarne une demande visible de protection mais aussi de moins de bureaucratie, plus de marché et moins d'Etat. Et le principal parti de la majorité, celui de Silvio Berlusconi, est aussi adepte du libéralisme économique. Il est vrai que durant ses deux gouvernements [1994 et 2001-2006], les réformes structurelles libérales ont été plus timides qu'attendu. Cette majorité forte peut rétablir le rôle des pouvoirs publics en réduisant la concertation paralysante avec les partenaires sociaux et flexibilisant plus les marchés du travail mais aussi des professions, les services financiers, la distribution. Il s'agit de rendre l'Italie plus compétitive, avec aussi un volet de protection sociale.

Mais le nouveau gouvernement pourrait être tenté de rejeter la faute sur l'UE...

Ce scénario peu favorable n'est pas exclu si le centre-droit renonçait à affronter les lobbys et corporatismes puissants en Italie. J'espère qu'il aura une voix importante et influente à la table des politiques communautaires mais sans négliger les réformes sur le plan strictement national, indispensables pour redonner du souffle à l'économie italienne. Le projet du TGV Lyon-Turin ne peut échouer sous des vetos locaux. Silvio Berlusconi en est parfaitement conscient.

En quoi le prochain cabinet Berlusconi sera-t-il différent ?

Ils ont de l'expérience et ne sont plus des dilettantes comme il y a quatorze ans. Ils disposent d'une plus vaste majorité et sont, je l'espère, moins obnubilés par la lutte contre "les communistes". Beaucoup dépendra aussi de leur attitude face à l'Europe, notamment à propos des équilibres budgétaires à respecter.

Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy pourraient s'allier pour faire pression sur la BCE...

Aux cotés de la BCE, il y a tout à fait la place pour un gouvernement économique européen coordonnant les investissements, la fiscalité. Mais vouloir fragiliser l'indépendance de la BCE serait non seulement inopportun mais se heurterait aux politique et culture allemandes attachées à son autonomie. L'orthodoxie communautaire d'Angela Merkel s'est d'ailleurs imposée à Nicolas Sarkozy même dans un domaine éloigné des préoccupations-clés allemandes comme l'Union pour la Méditerranée...

L'Italie va-t-elle remettre en cause l'axe franco-allemand?

Les axes bilatéraux historiques n'ont plus beaucoup de sens. Le couple franco-allemand a été plus un frein que le moteur de l'intégration européenne ces dix dernières années. La situation s'est améliorée grâce à la chancelière Merkel et à l'intuition heureuse du président Sarkozy de ne pas soumettre à un référendum la ratification du Traité simplifié de l'UE. Le gouvernement italien pourra donc avoir un rôle important à l'échelle européenne. La vocation Atlantique de l'Italie sera un atout. J'espère que Silvio Berlusconi prendra ses distances, à la différence du passé, envers la faillite politique du président Bush, qui a nui à une gouvernance multilatérale de la globalisation.

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