Affaire Kerviel : deux responsables d'Eurex pointent les défaillances de la Société Générale

Ces responsables auraient expliqué à la brigade financière comment ils ont tenté d'alerter, en vain, la banque sur les agissements de Jérôme Kerviel. Le trader de la "SocGen" doit être de nouveau entendu ce mercredi par les juges d'instruction.

Trois mois après l'éclatement de l'affaire "Kerviel" qui a secoué la Société Générale, les remous se font encore sentir. Ce mardi, on apprend que deux responsables du bureau de surveillance du marché à terme Eurex auraient détaillé mi-avril à la brigade financière les mises en garde adressées en 2007 à la Société Générale sur les prises de position hors norme de Jérôme Kerviel. Ces prises de position ont coûté au final 4,91 milliards d'euros à la banque française.

Selon des sources proches du dossier, confirmant une information de l'Express, le responsable du bureau de surveillance d'Eurex, Michael Zollweg, et l'un des analystes de ce marché à terme, Daniel Kuhlmann, auraient été entendus le 10 avril par les policiers de la brigade financière sur commission rogatoire des juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset. Les deux hommes auraient alors détaillé les mises en garde adressées par Eurex, filiale de l'allemand Deutsche Börse et du suisse SWX, à la Société Générale en 2007 à propos des agissements du trader Jérôme Kerviel.

Ils auraient notamment indiqué qu'Eurex s'était très tôt inquiété de l'achat exceptionnel de titres réalisé par un trader de la Société Générale et alerté la banque à plusieurs reprises à ce sujet.

C'est une opération réalisée par Kerviel le 19 octobre 2007 qui a plus particulièrement attiré l'attention des agents d'Eurex. Ce jour-là, le trader avait négocié 6.000 futures (contrats à terme) pour un montant d'1 milliard d'euros. "Il est inhabituel qu'un seul individu engage une banque pour de tels montants", déclare Michael Zollweg sur le procès-verbal dont Reuters s'est procuré une copie. Les huit traders du desk Delta One de la Société Générale, sur lequel travaillait Jérôme Kerviel, disposaient en effet d'un plafond total de prise de position de 125 millions d'euros.

Le courrier d'Eurex du 7 novembre aurait abouti au service "Compliance" (contrôle interne) avec copie au supérieur hiérarchique direct de Kerviel. Mais les explications fournies par le trader auraient alors satisfait ses supérieurs qui justifieront le volume des transactions par l'évolution du marché. Peu convaincu, Eurex affirme être revenu à la charge le 26 novembre sans obtenir de réponse de la Société Générale, ce que conteste la banque française.

Dans une déclaration, la Société générale explique en substance que les alertes mentionnées par le témoin ne lui permettaient pas de prendre conscience du problème Kerviel. "Les questions ne portaient pas sur les positions globales du trader. La Société Générale avait proposé à Eurex de lui fournir toutes explications complementaires souhaitées, offre à laquelle Eurex n'a pas souhaité donner suite", dit la banque.

Dès le 28 janvier, soit quelques jours après la révélation publique de la fraude, le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, avait rapporté à la presse qu'Eurex s'était "inquiété" de prises de positions spéculatives de la Société Générale en novembre 2007 mais sans fournir plus de détail.

Quoi qu'il en soit, ces derniers éléments mettent encore un peu plus en lumière le manque de contrôle interne au sein de la banque. Selon un rapport d'inspection interne, la Société Générale a été alertée à 74 reprises par diverses sources en décembre 2006 et janvier 2007 et n'a jamais réagi. Lors de plusieurs confrontations judiciaires entre Jérôme Kerviel et ses supérieurs hiérarchiques, ces derniers ont assuré n'avoir rien remarqué. Plusieurs sont sous le coup d'une procédure de licenciement.

Pour sa part, Jérôme Kerviel, mis en examen pour "abus de confiance, faux et usage de faux et introduction dans un système de traitement automatisé de données", libéré le 18 mars après 38 jours de prison, doit être entendu à nouveau demain mercredi par les juges d'instruction chargés du dossier.

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