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Fraude à la Société Générale : Jérôme Kerviel a agi seul, selon le procureur

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Publié le 29 janvier 2008 à 04:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:34

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Une information judiciaire a été ouverte à l'encontre de Jérôme Kerviel, qui était en garde à vue depuis samedi. Le trader a avoué avoir "dissimulé" ses actes à l'origine d'une perte de 5 milliards d'euros pour la banque française, et va être placé en détention provisoire. Le jeune homme n'aurait pas agi pour son profit personnel, mais espérait apparaître comme un "trader d'exception".

Après quarante huit heures de garde à vue, Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale accusé d'avoir fait perdre à la banque 4,9 milliards d'euros, a finalement été placé en détention provisoire ce lundi. Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire à son encontre pour "faux et usage de faux, abus de confiance aggravé, tentative d'escroquerie et introduction dans un système de traitement automatisé de données".

Le jeune homme doit être présenté dans la journée à un juge d'instruction pour être notifié de ces charges. Un juge des libertés devra se prononcer sur la demande de placement en détention, également dans la journée.

Jérôme Kerviel a reconnu son implication dans les transations litigieuses, et a "admis", lors de sa garde à vue, avoir accompli seul "certains actes et faits pour dissimuler" ses actions sur le marché. Mais le trader a nié tout enrichissement personnel. "Ce qui ressort des mots de M. Kerviel, c'est qu'il n'a pas agi pour son profit direct personnel. Il a agi comme un trader, pour apparaître comme un trader d'exception", a déclaré le procureur Jean-Claude Marin.

Jérôme Kerviel aurait en fait voulu apparaître comme un "trader d'exception et obtenir des primes de rendement supérieures" pouvant atteindre "300.000 euros pour 2007". Le courtier a en outre indiqué avoir agi sur les prises de risque dénoncés par la banque depuis la fin 2005 et a assuré que d'autres traders agissait de la même façon mais "à un moindre niveau". "Il lui semblait bénéficier d'une certaine tolérance" de la part de la banque, a ainsi indiqué le procureur.

Selon Jérôme Kerviel, "ces dépassements se faisaient parfois à la marge des autorisations". "Il y a tout un travail d'investigation pour savoir quelles étaient les limites admises, quelles étaient les tolérances au-delà des limites admises", a souligné le procureur, en rappelant que ces accusations portées à l'encontre d'autres traders faisaient partie de "l'organisation de la défense" de Jérôme Kerviel. "Pour l'instant, nous n'avons aucune preuve".

Selon le procureur, il apparaitrait également "qu'un certain nombre d'alertes ont été faites par des responsables de service (de la Société Gérérale, ndlr) et il semble que ces alertes ont reçu des réponses falsifiées qui ont abouti au constat que les opérations n'étaient pas risquées parce qu'elle étaient couvertes".

Le procureur affirme ainsi que l'enquête "ne démontre pas une absolue défaillance des systèmes (de protection, ndlr) de la Société Générale", et qu'"aucun élément ne démontre que la liquidation des positions prises par M.Kerviel ait contribué à la chute des bourses européennes".

A mi-séance, le titre Société Générale reculait fortement à la Bourse de Paris de 7,09% à 68,63 euros.

La justice avait commencé à enquêter vendredi par des perquisitions des enquêteurs de la Brigade financière au domicile de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) de Jérôme Kerviel. Avant cela, les policiers s'étaient également rendus au siège administratif de la Société Générale à La Défense (Hauts-de-Seine).

Dimanche soir, la défense de Jérôme Kerviel s'était faite vraiment entendre pour la première fois. Dénonçant un "lynchage", ses avocats, Elisabeth Meyer et Christian Charrière-Bournazel, ont clamé son innocence et mis en cause la banque. Ils l'ont accusée de vouloir "élever un écran de fumée" pour détourner l'attention du public "de pertes beaucoup plus substantielles (...) accumulées notamment dans l'invraisemblable équipée des subprimes".

"Il n'a commis aucune malversation, n'a pris aucun centime pour lui-même, il n'a fait que son travail en essayant de le faire bien. Personne ne l'a désavoué", a déclaré la défense de Jérome Kerviel. "Il prenait quelques risques mais c'est pour ça qu'il était payé. La banque a liquidé ses positions dans des conditions atroces, c'est donc elle qui est responsable de la perte de 4,9 milliards d'euros", ont estimé ses avocats.

La banque, en pleine crise, avait quant à elle tenté d'apporter des explications dimanche. Elle a notamment révélé, outre le mode opératoire (voir article par ailleurs) que les positions frauduleuses prises par le courtier atteignaient "environ 50 milliards d'euros" avant que la banque ne ramène sa perte finale à 4,9 milliards d'euros. Et assuré que des "procédures de contrôle spécifique ont été mises en place afin de rendre inopérantes les techniques de contournement mises en place" par Jérôme Kerviel, et que, au-delà, "des contrôles supplémentaires vont être lancés". "Ce projet se verra doté de moyens humains importants et sera appuyé par des spécialistes externes des techniques de fraude. Il sera supervisé par le comité d'audit" du conseil d'administration, a annoncé la Société Générale.

Mais les déboires de la banque pourraient ne pas s'arrêter là. Deux nouvelles plaintes ont en effet été déposées ce lundi par une centaine de petits actionnaires. La première plainte porte sur des "manipulations de cours" à l'occasion du débouclage, par la Société générale, des positions d'achat massives sur des contrats d'indices boursiers accumulées par un de ses traders. La seconde concerne quant à elle un délit d'initiés. L'autorité des marchés financiers (AMF) a en effet révélé ce lundi qu'un membre du conseil d'administration de la Société Générale avait vendu 85,7 millions d'euros d'actions de la banque le 9 janvier dernier au prix de 95,27 euros par action.

Dans son avis, l'AMF précise que Robert A. Day, membre du conseil d'administration de la Société Générale depuis 2002, est également "lié" à deux fondations, Robert A. Day Foundation et la Kelly Day Foundation, qui ont elles-même vendu respectivement le 10 janvier pour 8,63 millions d'euros et 959.066 euros d'actions. Une juteuse opération quand on sait que le titre Société Générale a perdu plus de 22% de sa valeur entre la clôture du 9 janvier et celle de vendredi.

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