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La Société Générale confirme Daniel Bouton mais le place sous surveillance

La Tribune

Publié le 31 janvier 2008 à 03:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:36

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Le conseil d'administration a confirmé Daniel Bouton à la présidence du groupe empêtré dans le scandale sur la fraude massive perpétrée par l'un de ses traders. Mais le conseil a également décidé de mettre en place un comité spécial composé d'administrateurs indépendants chargé de gérer la crise. Des rumeurs sur une ouverture de Daniel Bouton à l'idée d'une offre amicale de rachat, démenties par la suite, ont fait flamber l'action.

Le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, s'est-il déclaré mercredi prêt à "étudier" une offre amicale de rachat, tout en réaffirmant sa position "d'indépendance"? C'est ce qu'a indiqué à l'AFP un administrateur de la banque qui a requis l'anonymat. Jusqu'ici, Daniel Bouton a toujours suivi une stratégie préservant l'indépendance de son établissement. Mais depuis les pertes annoncées la semaine dernière, les rumeurs sur une offre lancée sur la Générale se sont multipliées. Les marchés citent notamment avec insistance la BNP comme étant susceptible de vouloir racheter sa consoeur.

Cette information a été par la suite catégoriquement démentie par la banque, qui l'a qualifiée de "rumeur sans fondement". Mais dans l'immédiat, elle a eu un fort impact sur le titre, qui s'est d'un seul coup envolé de 5,44% jusqu'à 82,72 euros, avant de clôturer en hausse de 4,27% à 81,80 euros.

Sur la sellette depuis le scandale de la fraude du trader Jérome Kerviel, Daniel Bouton a en tout cas été maintenu ce mercredi dans ses fonctions de PDG de la Société Générale. Le patron, qui avait proposé une première fois sa démission le 24 janvier, refusée par la banque, a de nouveau reçu le soutien de son conseil d'administration qui "lui a renouvelé sa confiance à l'unanimité".

Déjà ce matin, un des administrateurs, Phillipe Pruvost, assurait que les administrateurs salariés de la Société Générale, au nombre de deux représentants sur 15 membres, soutiendraient le président Daniel Bouton. "Lorsque le bateau coule, on ne jette pas le commandant par dessus bord", avait-t-il déclaré, ajoutant : "La Société Générale a toujours eu un très fort esprit de corps, (...) les représentants de salariés vont très certainement apporter leur soutien à Bouton". Signe de cette solidarité, un rassemblement de plusieurs centaines de salariés s'était tenu dans la matinée au siège de la banque à La Défense pour soutenir leur patron.

Le conseil d'administration de la banque a également annoncé la création d'un comité spécial d'administrateurs indépendants pour s'assurer notamment que les montants et les causes des pertes record de trading dévoilées la semaine passée "ont bien été complètement identifiés". Ce comité de crise, composé de trois membres, devra aussi s'assurer que des mesures ont été ou seront prises pour éviter que des événements de même nature ne se reproduisent, que l'information diffusée "rend compte fidèlement des constatations des investigations" et que "la gestion de la situation est bien conduite dans l'intérêt de l'entreprise, de ses actionnaires, de ses clients et de son personnel".

Les trois membres retenus pour siéger à ce comité social sont le directeur général de Groupama, Jean Azema, Jean-Martin Folz et Antoine Jeancourt-Galignani, respectivement anciens patrons de PSA Peugeot Citroën et d'AGF. Le comité "disposera des pouvoirs les plus étendus" et a fait appel au cabinet PWC (ex-PricewaterhouseCoopers) pour le seconder dans sa mission.

Le patron de la Société Générale, Daniel Bouton, bien qu'écarté de ce comité, reste donc à la tête de la banque. Les critiques à son encontre avaient pris de l'ampleur mardi après les révélations des dessous de l'affaire, éclairés notamment par les déclarations de Jérome Kerviel. Devant les enquêteurs de la brigade financière, ce dernier a en effet contredit la version de banque et a mis en cause la direction. Il affirme ainsi que cette dernière ne pouvait pas ne pas être au courant du montant de ses positions sur le marché (50 milliards d'euros). Or, la banque assurait jusque là avoir été victime d'un trader "fou" qui avait réussi à déjouer les sytèmes de contrôle.

L'enquête dans cette affaire se poursuit (voir article par ailleurs). Ce mercredi, une nouvelle plainte contre X a été déposée par l'Association des actionnaires salariés de la Société Générale. En outre, le parquet a décidé de ne pas ouvrir, pour l'instant, une enquête pénale pour délits d'initiés, mais a demandé l'avis de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF).

Par ailleurs, les pertes de 4,82 milliards d'euros enregistrées à la suite du débouclage des positions "frauduleuses" prises par Jérôme Kerviel ont nettement fragilisé la banque, ouvrant l'appétit des ses concurrents. Ainsi mardi, l'action Société Générale s'est envolée à la Bourse de Paris. Chahuté depuis plusieurs jours, le titre a gagné 10,41%, à 78,45 euros, dopé par des rumeurs d'offre de sa grande concurrente BNP Paribas.

Pour le moment, la banque de rue d'Antin, présidée par Michel Pébereau, n'a pas fait de commentaire. Dans son édition de mardi, le Wall Street Journal, citant des sources proches du dossier, indiquait que l'état-major de BNP Paribas étudie de très près la situation de la Société Générale et qu'il réfléchit à une éventuelle offre sur la banque présidée par Daniel Bouton.

Autre hypothèse envisagée : celle d'un démantelèment de la Société Générale. Parmi les scénarios, la banque de détail pourrait ainsi revenir à BNP Paribas et la banque d'investissement à Calyon (Crédit Agricole). Ce mercredi, le ministre du Budget Eric Woerth a toutefois affirmé qu'il n'"y avait pas de risque" d'un démantèlement du réseau de la Société Générale. "Ce sont des questions qui n'ont pas lieu de se poser", a-t-il déclaré.

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