Dans une longue interview, le PDG d'Airbus Helicopters Bruno Even, qui quittera ses fonctions le 1er avril prochain (1), estime que l'année 2025 sera similaire, sinon meilleure à celle de 2024 qui était historique en termes de prises de commandes (plus de 10 milliards d'euros). Le constructeur de Marignane, qui gagne des parts de marché dans le civil et le militaire, a livré en 2025 un peu moins de 400 appareils.La Tribune - Quelles sont les tendances actuelles du marché de l’hélicoptère ?
Bruno Even - Ce marché reste sur une tendance de fonds positive depuis la reprise constatée après le Covid-19. Nous sommes sur un marché de renouvellement porteur dans le civil à la fois aux États-Unis et en Europe, que soit sur l’EMS ou dans le domaine de l’énergie, un marché sur lequel on constate une vraie reprise à la fois liée à des investissements pour accompagner de nouveaux gisements et à la fois pour remplacer des flottes vieillissante, comme on l’a vu sur le S76 ou même l’AW139, dont les premiers appareils mis en service doivent être remplacés, et, enfin, sur le S92, dont les flottes connaissent de plus en plus de difficultés en termes de support. Dans le civil, nous constatons dans beaucoup de marchés un réel besoin de renouvellement. Donc, oui le marché civil reste dynamique.
Est-ce également le cas dans le domaine de la défense ?
Le marché de la défense est vraiment en forte croissance dans le contexte géopolitique que l'on connaît. Les États renouvellent non seulement leurs flottes mais aussi les renforcent avec de nouveaux appareils comme on l’a constaté en Allemagne et au-delà en Europe, qui est aujourd’hui l’un des marchés les plus dynamiques pour les hélicoptères, notamment en Europe de l’est. Les pays européens ont pris des engagements calendaires auprès de l'OTAN en vue d'augmenter leur budget de défense. Pour les hélicoptères, il y a à la fois de vrais besoins opérationnels, et des budgets qui se libèrent. Là où il y a un besoin opérationnel, Airbus Helicopters a des équipements pour y répondre. Cette situation crée évidemment un contexte favorable et dynamique pour notre groupe.
Quels sont les retours d’expérience de l’Ukraine ?
Beaucoup de forces armées évoluent vers des besoins d'appareils multi-missions, multi-rôles et polyvalents. Ces besoins de polyvalence permettent de s’adapter à des champs de bataille et des conflits qui peuvent évoluer. C’est l’une des leçons importantes du conflit en Ukraine. Il y a aussi un besoin de compétitivité et de disponibilité des flottes et enfin des besoins plus spécialisés. Pour Airbus Helicopters, ces constats sont importants. Car, au-delà des appareils spécifiques comme le Tigre et le NH90, ils valident notre stratégie de développement de plateformes duales (H145, H225, H160 et H175).