LA TRIBUNE : La dette publique a atteint 117,5 % du PIB à la fin du premier trimestre, selon l'Insee. Ce niveau d'endettement vous inquiète-t-il ?
ANTHONY MORLET-LAVIDALIE : Plus que le niveau d'endettement très élevé, c'est véritablement la dynamique de la dette qui est effrayante. Depuis trois ans, elle s'accroît d'environ 3 points de PIB chaque année. L'Hexagone est en train de découvrir que sa dette s'alourdit d'une manière très rapide. À ce rythme, elle pourrait avoisiner les 130 % du PIB en 2030. Ce qui voudrait dire que le pays se rapprocherait à grandes enjambées de la dette italienne (138,6 % du PIB anticipés en 2026). À plus long terme, d'ici 2040, faute de réels efforts, le ratio de dette publique pourrait avoisiner les 155 % du PIB.
Pourquoi stabiliser notre dette est-il devenu si difficile ?
Il faut comprendre que nous entrons dans une phase très désagréable. Et celle-ci est la conjonction de deux phénomènes. D'abord, en creusant notre déficit d'environ 150 milliards d'euros par an, le stock de notre dette devient de plus en plus lourd. Donc, même si les taux d'intérêt baissaient fortement à l'avenir, la France devrait financer une dette plus conséquente. Le deuxième aspect est, bien sûr, la remontée des taux d'intérêt. Aujourd'hui, nous refinançons notre dette à des taux bien supérieurs — environ 3,5 % — à ceux d'il y a quelques années — environ 1,7 % en 2022, selon la Cour des comptes. Le financement de notre dette coûte tout simplement plus cher. Et le pays coche les deux mauvaises cases : un stock de dette en hausse et des taux d'intérêt qui remontent. Tout se met en place pour être progressivement étranglé.