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Économie

Suisse : l'étonnante alliance des patrons et syndicats contre le plafond de 10 millions d'habitants

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 17 mars 2026 à 11:49

La Suisse compte actuellement 9,1 millions d’habitants contre 7,2 millions en 2000, selon l’Office fédéral de la statistique.

La Suisse compte actuellement 9,1 millions d’habitants contre 7,2 millions en 2000, selon l’Office fédéral de la statistique.

REUTERS - Denis Balibouse

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Les Suisses sont appelés à se positionner par référendum sur une proposition visant à limiter la population à 10 millions d'habitants jusqu’en 2050. Cette initiative de la droite radicale entend freiner le nombre de travailleurs étrangers, dont l’augmentation nuirait à la prospérité du pays, selon ses initiateurs. Syndicats et organisations patronales affichent un front commun contre le projet.

Pour ou contre un plafonnement de la population à 10 millions d’habitants ? C’est peu ou prou la question qui sera posée le 14 juin prochain aux Suisses dans le cadre d’un référendum. Et la réponse des 9,1 millions d’habitants sera lourde de conséquences : si le « oui » l’emporte, il devrait en découler un projet de loi visant à maintenir la population résidente du pays en dessous de 10 millions jusqu’en 2050, étrangers titulaires de permis valides compris.

Concrètement, la proposition prévoit deux étapes en cas d’accroissement de la population risquant de dépasser ce seuil avant la moitié du siècle. Dans un premier temps, si le nombre d’habitants atteint 9,5 millions avant cette échéance, le gouvernement suisse devrait prendre des mesures restrictives pour la limiter, notamment en matière d'asile, de regroupement familial et de délivrance de permis de séjour. Dit autrement, le pays refuserait l’entrée aux nouveaux arrivants.

Si la barre des 10 millions est néanmoins franchie, l’État suisse se retirerait alors de plusieurs accords bilatéraux avec l’Union européenne, notamment celui sur la libre circulation des personnes.

Un parti anti-immigration derrière le projet

Cette initiative est portée par l’Union démocratique du centre (UDC). Ce parti national-conservateur, qui détient le plus grand nombre de sièges au Parlement suisse, a fait de la rhétorique anti-immigration l’un des piliers de ses campagnes politiques (lire encadré ci-dessous).

« Chacun des problèmes auxquels nous sommes confrontés dans notre pays est lié à une croissance démographique effrénée et non régulée », plaide-t-il dans « l’argumentaire » de son initiative lancée en mai 2024.

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Parmi les conséquences avancées par cette « explosion démographique » : une hausse du prix des loyers, une pénurie de logements, une augmentation des embouteillages, de la criminalité, du bétonnage et de la pression sur la nature… Ou encore une « prospérité qui stagne ». « Seule une Suisse dont la population est limitée en nombre permet de garantir une croissance qualitative et durable », avance encore l’UDC.

L’« union sacrée » des acteurs économiques

Autant d’arguments que balaie le Conseil fédéral, l’organe dirigeant de la Suisse. Il estime que c’est justement cette initiative qui compromettrait la prospérité du pays. Car elle compliquerait le recrutement de personnel en provenance de l'UE par les entreprises, les hôpitaux et les services publics, et risquerait d'amputer de plusieurs milliards de francs suisses la production économique nationale. Elle pourrait en outre fragiliser les relations avec l’UE, principal partenaire commercial de la Suisse. C’est pourquoi le conseiller fédéral en charge de la justice, Beat Jans, a exhorté lundi les habitants à s’opposer à l’initiative de l’UDC.

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Le gouvernement n’est pas le seul vent debout. Pour preuve : le conseiller fédéral était lundi entouré de représentants des gouvernements cantonaux, d’employeurs et des principaux partenaires sociaux du pays. Syndicats et organisations patronales, souvent opposés dans les débats politiques, ont cette fois affiché un front commun contre le projet de l’UDC. Une « union sacrée », dixit le média suisse Le Temps, qui « traduit la gravité avec laquelle milieux politiques, économiques et syndicaux perçoivent le texte soumis au vote ».

Incertitude chez les Suisses

La Suisse compte actuellement 9,1 millions d’habitants contre 7,2 millions en 2000, selon l’Office fédéral de la statistique. Soit une augmentation d’un peu plus de 25 % en un quart de siècle, un rythme environ cinq fois plus rapide que la moyenne des États membres de l'UE. Cette forte croissance est portée par l’immigration, particulièrement de la population active, stimulée par un modèle économique favorable aux entreprises, une fiscalité avantageuse et des salaires élevés. Ainsi, 27 % des habitants sont de nationalité étrangère, l'une des proportions les plus élevées d'Europe.

Interrogés sur l’initiative de l’UDC, 47 % des Suisses s’affichent opposés, selon un sondage 20 Minutes-Tamedia publié ce mardi. 45 % y sont néanmoins favorables. Ce soutien est cependant en baisse par rapport à un précédent sondage de décembre, où 48 % des personnes interrogées se disaient favorables, contre 41 % opposées.

Rien n’est toutefois joué puisque 8 % des Suisses sont encore indécis. « Le groupe des indécis reste important et tout peut changer s’il bascule dans un camp ou dans l’autre, relève Lucas Leemann, politologue de l’institut Leewas, auprès du quotidien suisse 24 heures. En outre, la situation internationale actuelle, qui est très incertaine, favorise certainement le non. Mais si cette perception change, cela peut également avoir un impact sur le résultat ».

En 2014, le « oui » l’avait emporté
Ce n’est pas la première fois que les Suisses sont invités à se prononcer en faveur ou non de l’immigration dans le cadre d’un référendum. En février 2014, ils avaient majoritairement voté « oui » (à 50,3 %) à l’instauration de quotas pour limiter le nombre de travailleurs étrangers.

Cette proposition n’a toutefois jamais été pleinement mise en œuvre, le Parlement ayant voté deux ans après en faveur d'une application moins stricte du texte, retraçait le média suisse RTS à l’occasion des dix ans du vote.

Par la suite, un référendum organisé en 2016 visant à expulser automatiquement les immigrés reconnus coupables de délits mineurs a été rejeté. Tout comme une proposition de loi de 2020 visant à mettre fin à la libre circulation avec l'UE.

Agathe Perrier

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