Pékin relance l’offensive sur Taïwan avec la promesse d’un boom économique
latribune.fr
L'île est l'un des principaux producteurs de semi-conducteurs avancés, composants essentiels du développement de l'intelligence artificielle.
/FW1FP/Lincoln Feast - REUTERS - Ann Wang
Pékin redouble d’efforts pour convaincre Taïwan des bénéfices économiques d’une réunification, promettant une « opportunité sans précédent » pour son développement. Taipei rejette fermement cette perspective.
Pékin intensifie sa campagne d’influence économique et politique en direction de Taïwan. Mercredi, les autorités chinoises ont assuré que l’économie de l’île bénéficierait d’« opportunités sans précédent » en cas d’union avec la Chine, dans un contexte de tensions persistantes et de refus constant de Taipei.
La Chine, qui considère Taïwan comme une partie intégrante de son territoire, a relancé depuis la fin de l’année dernière une stratégie visant à promouvoir les avantages de ce que Pékin qualifie de « réunification pacifique ». Une rhétorique accompagnée, toutefois, d’un maintien explicite de la possibilité du recours à la force pour parvenir à ses objectifs.
Lors d’un point presse, Chen Binhua, porte-parole du Bureau chinois des affaires taïwanaises, a insisté sur les gains économiques potentiels pour l’île : l’économie taïwanaise serait, selon lui, « redynamisée par une nouvelle vitalité » en cas de réunification, grâce notamment à l’accès au vaste marché chinois et à la complémentarité entre les deux économies dans les domaines de la science, de la technologie et des talents.
« La réunification pacifique apportera davantage de certitude et de potentiel de croissance à l’environnement d’investissement et des affaires de Taïwan, ce qui représente une opportunité sans précédent et la plus grande source de confiance pour le développement économique de Taïwan », a-t-il ajouté.
Une économie portée par les semi-conducteurs
Au cœur de l’argumentaire économique chinois figure le poids stratégique de Taïwan dans l’économie mondiale. L’île est l’un des principaux producteurs de semi-conducteurs avancés, composants essentiels du développement de l’intelligence artificielle. Cette position lui confère un rôle central dans les chaînes de valeur technologiques mondiales.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Portée par ce secteur, l’économie taïwanaise affiche actuellement une dynamique particulièrement robuste, avec une croissance de 8,68 % en 2025, son niveau le plus élevé en quinze ans. Sur le seul premier trimestre, la progression atteindrait même 11,3 %.
Taipei campe sur sa position
Face à ces déclarations, le président taïwanais Lai Ching-te a réaffirmé la position constante de son gouvernement : seul le peuple taïwanais peut décider de son avenir politique, et Pékin ne dispose d’aucune légitimité pour revendiquer l’île.
S’exprimant devant des officiers supérieurs à Taipei, il a également souligné l’importance du renforcement des capacités militaires de l’île comme condition de la stabilité régionale. « Une unification présentée comme une paix apportera inévitablement des troubles sans fin à notre nation », a-t-il déclaré.
Sur le terrain, Taïwan dénonce une intensification des pressions chinoises via des activités dites de « zone de grise », définies comme des tactiques visant à épuiser l’adversaire sans affrontement militaire direct. Des navires de guerre et des avions militaires chinois évoluent régulièrement autour de l’île. Pékin défend ces opérations, les jugeant « tout à fait justifiées et raisonnables ».
Dans le même temps, la Chine continue de promouvoir son modèle d’« un pays, deux systèmes », inspiré de Hong Kong, comme cadre possible d’intégration de Taïwan. Une proposition largement rejetée par l’ensemble des principaux partis politiques taïwanais.
Equilibres internationaux
La question taïwanaise reste un point de friction majeur entre Pékin et Washington. Elle devrait être évoquée lors de la prochaine rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, prévue en mai.
Les États-Unis, qui ont rompu leurs relations diplomatiques officielles avec Taipei en 1979, sont néanmoins tenus par la loi de fournir à Taïwan les moyens de se défendre. Washington maintient par ailleurs une position dite « d’une seule Chine », sans se prononcer sur la souveraineté de l’île.
Dans les faits, Taïwan fonctionne comme un État autonome, disposant de ses propres institutions, forces armées, monnaie et système politique démocratique — une indépendance de facto non reconnue par la majorité des pays, mais au cœur d’un équilibre géopolitique de plus en plus tendu.