OPINION. « France, une idée qui rayonne »
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Gabriel Petrus
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Par Gabriel Petrus, essayiste et professeur de politique comparée à Sciences Po Paris (*)
Cette phrase que Malraux prononça en 1966 résonne aujourd’hui avec une intensité particulière. Dans un moment où tant de Français se trouvent confrontés à l’incertitude politique, je voulais partager un regard étranger — mais un regard nourri par la vie quotidienne en France, par l’ancrage dans ce pays qui est devenu le mien.
Lorsqu’on est étranger dans une nation chargée d’histoire et d’images projetées vers le monde, le tempo de ce que l’on y voit et ressent est différent. Certes en léger décalage, mais ce décalage ouvre une autre perspective : il permet de traverser le brouillard, de poser des questions et de rappeler l’essentiel : pourquoi la France ? Quelle est sa place aujourd’hui dans ce monde en transformation ?
C’était de l’autre côté de l’Atlantique, il y a quelques années, que j’ai découvert la France. À dix-sept ans, mon père, au Brésil, m’offrit le roman Les Patriotes de Max Gallo. L’histoire de la Résistance me frappa. Berceau des idéaux républicains, la France avait pourtant connu la défaite et l’occupation — et j’avais du mal à le concevoir. Mais j’y compris l’essentiel : dans ses pires heures, le pays a su se rassembler et refonder ses engagements. L’Appel du 18 juin n’a jamais cessé de résonner.
À l’heure où Robert Badinter entre au Panthéon, un autre écho se fait entendre. Il ravive une vision presque fondatrice, celle qui inspira mon premier voyage : l’universalisme de la République, d’où la France puise la grandeur à laquelle Malraux faisait référence. Les parents de Robert Badinter, eux aussi migrants, avaient choisi la France pour ce qu’elle représentait.
L’exceptionnalisme français – qui continue d’inspirer bien au-delà de ses frontières, comme le chantait Jean Ferrat – s’enracine dans une avant-garde politique unique : les Lumières et la République. Cet héritage a nourri d’autres nations : le Brésil, le Mexique, la Slovénie ou la République tchèque ont bâti leurs démocraties modernes en s’appuyant sur la laïcité, l’école publique et cet élan d’émancipation qui va de Voltaire à Simone Veil.
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La Cinquième République a su traverser les épreuves et se consolider dans la résilience. Dissolutions, élections, consultations populaires : autant de signes de vitalité démocratique. La République accueille la contestation : certains y voient une fragilité, mais c’est là, au contraire, sa vigueur. En surmontant les divergences, elle se renforce.
C’est dans la fraternité – la capacité de voir en chacun un membre d’un même destin commun – que la République trouvera la réponse aux défis d’aujourd’hui. Ce principe engage citoyens et partis : il nous invite à chercher des solutions communes. Construire le compromis, c’est préparer l’avenir des Français et celui de la planète.
Dans un monde fragmenté, la voix singulière de la France n’a jamais été aussi nécessaire : pour promouvoir le multilatéralisme, affirmer la raison et faire de la science une force au service du progrès de l’humanité. Face aux menaces extérieures, aux ingérences et aux extrêmes qui prospèrent sur les ruines du dialogue, la République doit rester fidèle à elle-même. Aujourd’hui, alors que les démocraties doutent, la France demeure un repère – et doit en avoir pleinement conscience.
La peur domine trop souvent nos sociétés : peur du déclin, peur de l’autre, peur de l’avenir.
Tant que ce mot occupe le centre du débat public, il nous condamne à l’immobilisme et nourrit la montée des extrêmes.
Face aux appels au repli, n’oublions pas que la France est grande lorsqu’elle puise sa force dans les principes universels qu’elle inspire.
L’entrée de Robert Badinter au Panthéon en témoigne : elle incarne la promesse d’émancipation adressée à chacun.
Retrouver l’espoir, c’est renouer avec cette vocation inclusive et universelle, et permettre à la France de donner au monde ce qu’elle a de plus précieux : sa lumière.
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(*) Gabriel Petrus est essayiste et professeur de politique comparée à Sciences Po Paris. Ancien directeur des partenariats internationaux à la Chambre de Commerce Internationale, il a été conseiller spécial de la présidence de la République du Brésil entre 2010 et 2013.
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