OPINION. « La station (de ski) qui cachait la montagne »

Johanna Abbou et Adrien Senez
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Johanna Abbou et Adrien Senez
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Par Johanna Abbou et Adrien Senez, Associée et Directeur chez Kéa. (*)
La station incarne la réussite du modèle alpin : un symbole de modernité, de prospérité et d’audace. Elle a façonné l’imaginaire collectif de la société des loisirs au profit d’une économie locale dynamique et d’une montagne ouverte sur le monde.
Au point qu’on a longtemps eu tendance à confondre la montagne avec ses stations. La nécessaire resynchronisation entre la montagne et son territoire pousse les acteurs à questionner et repenser le modèle, pour réaffirmer la montagne comme un territoire à part entière.
Aujourd’hui, plus personne ne doute de la réalité du changement climatique ni du développement de l’économie résidentielle. L’heure n’est donc plus à la prise de conscience mais à l’action.
Partout, les territoires de montagne s’organisent. Des élus aux exploitants, des chercheurs aux habitants, chacun cherche à inventer de nouveaux équilibres entre attractivité, économie et durabilité.
Les idées ne manquent pas : agriculture régénérative, tourisme « toutes » saisons, énergies locales, circuits courts, tiers-lieux, expérimentations technologiques, sobriété énergétique, économie circulaire… Cette effervescence est une excellente nouvelle, qui demeure souvent fragmentée, isolée, voire défensive. Chacun agit avec ses moyens, dans son périmètre, sans toujours pouvoir s’appuyer sur une stratégie d’ensemble.
C’est ici que tout se joue. Les transitions réussies reposent rarement sur une somme d’initiatives isolées, mais sur un alignement collectif. La montagne ne fait pas exception :
si toutes ces énergies, ces innovations, ces intuitions pouvaient se coordonner autour d’un objectif commun, dans une logique de complémentarité et non de concurrence, alors toutes les parties prenantes – habitants, acteurs économiques, visiteurs, territoires – en sortiraient gagnantes. La montagne, surtout.
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Il s’agit alors d’œuvrer à la définition et la mise en place d’un espace de coopération, plus qu’un organisme administratif, une plateforme ouverte où collectivités, entreprises, chercheurs et citoyens pourraient croiser leurs visions, mutualiser leurs ressources et partager leurs données. Cette approche, organisée en filière et pensée en concertation avec tous les acteurs de la montagne, permettrait de fédérer les initiatives dans un même but, sans effacer la diversité des approches locales.
Pour autant, la fédération ne doit pas rimer avec uniformisation, mais avec cohérence.
À l’échelle d’un massif, d’une vallée ou d’un département, il s’agit d’inventer de nouvelles façons de travailler ensemble : aligner les politiques d’aménagement et d’énergie, créer des partenariats public-privé plus solides, connecter la recherche académique aux besoins concrets du terrain, mutualiser les financements voire les efforts de recherche & développement, et les mettre en applications sur le territoire.
D’autres territoires dans le monde ont su s’organiser en filière autour d’ambition et d’enjeux communs : Singapour assure un approvisionnement en eau sur et durable ; Cornwall fait de sa région un leader de l’économie verte au Royaume-Uni ; ou encore, la fédération helvétique a su basculer le fret vers le tout ferré.
Réinventer la montagne, ce n’est pas tourner le dos à son histoire ni renoncer à la station. C’est remettre le domaine skiable au centre d’un nouvel équilibre, aux côtés d’acteurs d’un territoire pluriel. C’est renouer avec la solidarité, l’ingéniosité, la sobriété, ces vertus que la vie en altitude a toujours exigées. C’est aussi l’occasion de « déborner » le génie montagnard pour transformer leurs convictions et solutions locales (ma station, ma vallée) en réponses
durables et créatrices de progrès pour le commun. La montagne a toujours été un laboratoire d’innovation sociale et écologique : vivre ensemble sous contrainte, faire beaucoup avec peu, s’adapter à la nature plutôt que la dompter.
C’est aussi ce génie collectif qu’il faut raviver.
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(*) Johanna Abbou est associée de Kéa. Elle accompagne les dirigeants de grandes entreprises dans leurs stratégies et transformations, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de la mobilité. Spécialiste du coaching individuel et collectif, elle intervient dans des contextes de vision stratégique et de transformation culturelle complexes, en mobilisant une approche nourrie de sociologie et de neurosciences pour favoriser coopération et prise de décision. Dotée d’une expérience internationale et d’un intérêt marqué pour la prospective et la transformation stratégique, elle privilégie des démarches collaboratives et innovantes, centrées sur l’engagement des parties prenantes. Diplômée de Sciences Po Paris, de Paris IX Dauphine et de Paris V La Sorbonne, Johanna est coach certifiée CTI, formée au coaching systémique ORSC et à la méthode Belbin. Elle est également enseignante à Sciences Po depuis cinq ans où elle transmet son expertise en leadership et management. Adrien Senez est directeur chez Kéa et parle couramment le futur. Il l’a appris depuis plus de quinze ans, par la prospective urbaine et géopolitique aux études sociales et culturelles de l’alimentation, avant de rejoindre le conseil en innovation stratégique. En effet, depuis 2011, il accompagne des comités exécutifs dans la construction de visions long terme et l’identification de nouveaux gisements de croissance, en s’appuyant sur une méthodologie de Future Thinking déployée dans de nombreux secteurs, du luxe à l’ingénierie automobile. Diplômé du CELSA et de l’Université Paris-Sorbonne (Master 2 Recherche en Géographie, mention TB), il travaille également sur des sujets prospectifs pointus ou « exotiques », allant de la nanophotonique à l’évolution des mobilités ou des pratiques de plein air à horizon 2035. Il croit profondément en des futurs prometteurs que l’on peut façonner dès aujourd’hui, et il est ravi d’apporter sa pierre à l’édifice.