OPINION. « COP30 : et si l’Afrique et le Brésil traçaient ensemble la voie d’une agriculture résiliente ? »
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Jean-Michel Huet
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Par Jean-Michel Huet, associé BearingPoint
À l’approche de la COP30, l’agriculture africaine se trouve à la croisée des chemins. Sécheresses prolongées, inondations récurrentes, baisse des rendements : le changement climatique bouleverse les systèmes agricoles et menace la sécurité alimentaire d’un continent qui comptera 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050. Nourrir durablement cette population n’est plus seulement un enjeu agricole, mais un impératif stratégique et géopolitique. Trois leviers se dégagent : investir dans l’adaptation, soutenir les réussites agroécologiques africaines et renforcer la coopération Sud-Sud, notamment avec le Brésil.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si le réchauffement dépasse les 2 °C, les revenus agricoles africains pourraient chuter de 30 % d’ici 2050 ; Déjà, plus de 280 millions d’Africains souffrent de sous-alimentation selon les Nations-Unies. Or, près de 55 % de la population active vit encore de l’agriculture. La dépendance à la pluie, la faiblesse de la mécanisation et l’insuffisance de l’irrigation rendent les petits producteurs extrêmement vulnérables. Dans le même temps, la facture des importations alimentaires s’envole.
Répondre à ce défi exige une transformation rapide : développer les infrastructures rurales, réduire les pertes post-récolte, financer l’irrigation durable, former la jeunesse agricole et renforcer les chaînes de valeur locales. Autrement dit, faire de la résilience une opportunité économique.
Loin d’être un continent à la traîne, l’Afrique dispose déjà de solutions innovantes issues de ses territoires. En Éthiopie, 20 millions d’hectares ont été restaurés par des pratiques d’agroforesterie. Au Mali, les techniques traditionnelles du zaï et des demi-lunes régénèrent les sols dégradés. Au Niger, les coopératives féminines de transformation agroalimentaire assurent des revenus stables et renforcent l’autonomie communautaire.
Ces réussites montrent qu’une agriculture durable et inclusive est possible. Encore faut-il la soutenir par des politiques publiques ambitieuses : reconnaître les savoirs locaux, mobiliser des financements adaptés et intégrer l’agroécologie dans les stratégies nationales de sécurité alimentaire. Les plateformes numériques telles qu’Agrihub ou Songhaï en sont déjà les catalyseurs, reliant producteurs, marchés et données climatiques.
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De l’autre côté de l’Atlantique, le Brésil a engagé depuis 2010 une transformation remarquable avec son Plan ABC, devenu ABC+. Objectif : réduire de 160 millions de tonnes de CO₂ par an grâce à une agriculture bas carbone. Agroforesterie, traitement des déchets animaux et intégration cultures-élevage-forêts : plus de 54 millions d’hectares sont aujourd’hui concernés. Cette approche prouve qu’une agriculture tropicale peut conjuguer productivité, durabilité et inclusion sociale.
Le potentiel de coopération est immense. Le partenariat Côte d’Ivoire–Brésil en agroforesterie démontre déjà les bénéfices du transfert de savoir-faire, de la formation et du co-financement. L’EMBRAPA, entreprise publique brésilienne et son institut de recherche agricole, pourrait jouer un rôle moteur pour accompagner les pays africains dans l’adaptation de ces modèles à leurs réalités.
À l’heure où la COP30 se tiendra à Belém, au cœur de l’Amazonie, une alliance Afrique-Brésil aurait une forte portée symbolique et politique. Ces deux géants du Sud global partagent un héritage agricole fondé sur la diversité biologique et la résilience des communautés. Ensemble, ils pourraient définir un nouveau paradigme : une agriculture régénératrice, bas carbone et inclusive, capable de nourrir la planète tout en préservant les écosystèmes.
Car l’enjeu n’est plus de produire plus, mais de produire autrement. En misant sur l’agroécologie, l’innovation locale et la coopération Sud-Sud, l’Afrique peut devenir un acteur central de la transition alimentaire mondiale. À Belém, il ne s’agira pas seulement de négocier des objectifs climatiques : il s’agira de redéfinir l’avenir de l’agriculture pour un monde plus juste et plus résilient.
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