OPINION. « Budget sous contrainte : pourquoi la souveraineté sanitaire ne peut pas être une variable d’ajustement »
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Par Jérôme Durain, Président de la Région Bourgogne–Franche-Comté
Alors que le Parlement s’efforce de boucler un budget sous contrainte et que chaque euro dépensé est scruté, la souveraineté sanitaire ne devrait pas constituer une variable d’économie. Face aux crises sanitaires, aux pénuries et aux tensions géopolitiques, notre sécurité collective dépend aussi d’investissements stratégiques construits en lien avec les territoires.
La souveraineté sanitaire ne se limite pas à re-localiser des usines : c’est un continuum, de la recherche jusqu’au soin, en passant par la production industrielle. Sans cette chaîne complète, il ne peut y avoir ni sécurité d’approvisionnement, ni autonomie réelle. Et ce continuum ne fonctionne que par l’alliance de la recherche, de l’industrie, du soin et de la puissance publique. C’est précisément le rôle des régions.
Les régions disposent de ce que l’État central ne peut plus organiser seul : la proximité, l’agilité, la stabilité et la connaissance fine des écosystèmes. C’est à cette échelle que travaillent au quotidien les PME innovantes, les startups, les universités, les laboratoires, les hôpitaux, les industriels. C’est là que se créent les consortiums, que les projets se montent et que l’innovation se concrétise. La Bourgogne–Franche-Comté en constitue un exemple emblématique et historique. La région réunit une excellence industrielle aussi bien dans le « très grand » - avec la filière électronucléaire - que dans le « très petit » — microtechniques, biothérapies, nanomédicaments.
C’est ainsi que Biovaliance, ambition de la filière régionale biothérapies & bioproduction, incarne l’engagement collectif de l’écosystème de Bourgogne-Franche-Comté pour faire émerger, développer et industrialiser les traitements de demain. La région soutient aussi des acteurs de rang mondial comme Urgo et son projet Genesis de peau artificielle, référence internationale en la matière. Citons encore le projet i-NanoT, associant hôpitaux, laboratoires, entreprises et technopôles de la région pour développer des nanomédicaments ciblés contre des cancers et maladies inflammatoires qui a été lancé début décembre. Voilà ce que permet l’échelle régionale : faire grandir une innovation du laboratoire jusqu’au patient.
Le rôle d’une région peut être comparé à celui d’un chef d’orchestre des différents enjeux constitutifs de notre souveraineté : développement économique, enseignement supérieur, formation, recherche, accompagnement des entreprises, soutien aux établissements de santé, mobilisation de fonds régionaux et européens. Cette coordination transversale est décisive. C’est elle qui sécurise les premières phases, souvent les plus fragiles, là où tant de projets échouent faute de financements ou de partenaires.
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Oui, la souveraineté commence dans les territoires. Mais cette première étape nécessite une prolongation nationale. Les biothérapies et la bioproduction restent des filières capitalistiques : à un moment, l’État et l’Europe doivent prendre le relais pour l’industrialisation. La France héberge une force de recherche mondialement reconnue, offrant des promesses d’innovation régulièrement captées par des fonds d’investissement étrangers. C’est ce que nous devons impérativement éviter. La souveraineté exige un accompagnement sans rupture, de la recherche à l’usine, de l’usine au soin.
Investir dans la souveraineté sanitaire régionale ce n’est pas une dépense de confort. C’est une stratégie de long terme pour réduire les pénuries, sécuriser les approvisionnements, maîtriser les coûts et garantir la soutenabilité de notre système de santé, créer des emplois qualifiés, maintenir une industrie de pointe sur nos territoires. C’est une démarche économique, industrielle et sociale.
La Bourgogne–Franche-Comté dispose des compétences, des entreprises, des laboratoires, des formations et de la volonté politique pour devenir un acteur central de cette souveraineté indispensable. Les projets existent. Les résultats sont là. Ce qu’il faut désormais, c’est une reconnaissance pleine et entière du rôle stratégique des régions, une stabilité des moyens et une vision nationale qui fasse confiance aux territoires. L’innovation n’est pas un luxe : c’est une condition de souveraineté.
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