OPINION. « Sans données fiables, pas de décisions durables : pourquoi l’audit a toujours été vital »
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Pierre Planchon et Caroline Bruno Diaz
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Par Pierre Planchon et Caroline Bruno Diaz (*)
Jamais les dirigeants d’entreprises n’ont eu autant d’indicateurs à surveiller, de signaux à interpréter, de décisions à prendre dans l’incertitude. Entre l’instabilité géopolitique, la pression réglementaire, les attentes ESG, et l’essor des technologies telle que l’intelligence artificielle, les organisations évoluent dans un environnement saturé d’informations, mais paradoxalement pauvre en repères partagés.
Selon le Top Geopolitical Risks 2025 publié par KPMG, les risques systémiques liés à la gouvernance mondiale, à l’IA ou encore à l’instabilité politique font désormais partie du quotidien des comités exécutifs.
Dans le même temps, la confiance s’érode. L’enjeu n’est plus seulement de produire ou de diffuser de l’information, mais de pouvoir s’appuyer sur des données vérifiées, cohérentes et traçables pour éclairer la décision.
Le métier d’auditeur est en pleine transformation. Nous sommes passés du contrôle a posteriori à la vérification continue. De l’échantillonnage à l’audit de l'exhaustivité des données. Du bilan financier à la traçabilité de la performance durable.
Ce changement est autant quantitatif que qualitatif. Dans le cadre de la mise en œuvre de la CSRD, les entreprises ont dû suivre jusqu’à 120 indicateurs standardisés, déclinés en plus de 1 100 points de données. Pour les auditeurs, c’est un basculement d’échelle : il ne s’agit plus uniquement de certifier des comptes, mais de vérifier la cohérence, l’exhaustivité et la conformité des informations, engagements et méthodologies tels qu’ils sont présentés par l’entreprise.
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L’auditeur devient un data-checker. À l’instar du fact-checker, qui renforce la confiance dans l’information médiatique, l’auditeur est ce tiers indépendant qui traque l’incohérence, détecte les biais, sécurise la traçabilité et contribue ainsi à renforcer la confiance dans l’économie. Dans un monde où la norme devient parfois un discours, son rôle est de maintenir l’exigence de preuve.
Ce rôle, pourtant essentiel, reste encore peu connu du grand public. Or dans l’économie de marché, la confiance précède toujours la valeur.
L’auditeur n’est pas un acteur périphérique : il est un pilier silencieux de la stabilité économique. Sa rigueur participe à garantir la qualité du débat stratégique, la robustesse des choix opérationnels, la sincérité des transitions annoncées.
Mais cette rigueur est elle-même sous tension. Le métier évolue : il faut attirer de nouveaux profils, faire dialoguer et articuler des compétences multiples (tech, climat, réglementaire), répondre à des attentes sociales nouvelles, tout en restant indépendant, éthique et pertinent. En définitive, le métier devient de plus en plus d'utilité publique.
L’audit n’est pas une simple obligation réglementaire. C’est une mission d’intérêt général, au service de la transparence, de la responsabilité et de la confiance collective.
Cela implique de poursuivre l'investissement dans la formation d’une nouvelle génération d’auditeurs “augmentés”, capables de naviguer dans des systèmes d’information complexes, de challenger des modèles extra-financiers, d’interroger la cohérence d’une stratégie climat ou sociale. Cela suppose aussi de créer une culture commune de la preuve, qui dépasse les silos métiers, les outils et les postures.
L’arrivée de l’intelligence artificielle générative et l’automatisation des contrôles vont continuer à transformer le métier. Mais ces mutations sont une chance : elles permettent à l’audit d’évoluer d’un exercice a posteriori vers un service de vérification de plus en plus réactif. Plus que jamais, l’auditeur pourra accompagner la prise de décision au rythme de la transformation des entreprises. Le monde change vite. La confiance doit pouvoir suivre. L’audit en est la condition.
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(*) Pierre Planchon, Associé, Membre du Directoire, Responsable du métier Audit et en charge du secteur Financial Services et Caroline Bruno Diaz, Associée, membre du Codir Audit, en charge du développement des Grands Comptes.
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