Un grand huit des émotions, deux mariages, neuf hospitalisations en hôpital psychiatrique en Suisse, en France, en Angleterre… Lorsque l’on demande à François Lejeune de raconter son parcours jusqu’au diagnostic de sa bipolarité, il faut avoir au moins 25 minutes devant soi et avoir le cœur bien accroché. Cet homme chaleureux de 58 ans évoque une enfance plutôt heureuse dans un milieu privilégié, il se décrit comme un jeune « fêtard, passionné de tout », « plutôt chef de bande qu’autre chose ».
Sa vie bascule lors d’une première crise à 21 ans, en plein examen à l’École hôtelière de Lausanne en Suisse. Il devient paranoïaque. « Je me suis pris pour l’enfant gâté du film de Lelouch. Pendant cinq jours, j’ai risqué ma vie en Suisse. » Hospitalisé à la polyclinique de Lausanne, il se voit remettre un diagnostic de surmenage et repart avec des anxiolytiques. Il plonge dans une dépression, « avec perte de confiance et peur de tout ». La bipolarité ne sera diagnostiquée qu’en 1994, soit cinq ans plus tard, après une nouvelle « crise explosive », alors qu’il dirigeait plusieurs restaurants en région parisienne. Il avait alors 27 ans.
L’histoire de François, racontée dans son livre Dans ma tête de bipolaire (Eyrolles), est loin d’être isolée. Des prises de parole publiques contribuent à faire bouger les lignes. « Je suis un malade mental. Il m’est difficile de dire depuis combien de temps. […] Je suis bipolaire, pour employer le mot précis qui a remplacé “maniaco-dépressif” », écrit Nicolas Demorand, journaliste à France Inter, dans son livre Intérieur nuit (Les Arènes), écoulé à près de 200.000 exemplaires depuis mars 2025. « Cela a permis de lutter contre la stigmatisation et l’auto-stigmatisation, de libérer la parole de patients, y compris dans le milieu professionnel », estime Dominique Guillot, président de l’association Argos 2001.