Tonon, Rapporteur, Haut-commissariat à la stratégie et au plan ; Vivian Depoues, Responsable adaptation au changement climatique, I4CE ; Elodie Galko, Directrice générale de l'Agence de l'eau Adour-Garonne ; Boris Georgelin, Animateur, La Tribune
L’idée n’était pas de se morfondre mais d’inviter à agir et à anticiper pour éviter un futur à la Mad Max. La journée d’échanges organisée, le 23 septembre à Bordeaux, par l’Agence de l’eau Adour Garonne, en partenariat avec La Tribune, a permis de lancer des pistes de réflexion pour pouvoir continuer à bien vivre demain dans le Sud-Ouest avec deux fois moins d’eau.
La trajectoire est connue. « Toutes les études convergent.Si l’on prend pour référence notre consommation actuelle, c’est un litre d’eau sur deux qui pourrait manquer dans le grand Sud-Ouest», a rappelé Elodie Galko, directrice générale de l’Agence de l’eau, en préambule de la journée d’échanges organisée le 23 septembre au Palais de la Bourse à Bordeaux. Dans un contexte de réchauffement climatique, « d’ici 2050, 85 % du territoire français sera soumis à des tensions hydriques comparables à la sécheresse exceptionnelle de 2022. Cet été inédit deviendra la norme », a annoncé Clément Tonon, rapporteur général au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Mais si toute la France sera touchée, « les changements seront particulièrement marqués dans le Sud-Ouest » a ajouté Eric Sauquet, directeur de recherche en hydrologique à l’INRAE, porteur du projet Explore 2. Au niveau de la Garonne, les projections à horizon 2050 prévoient une baisse quasiment continue des débits sur l’intégralité de l’année et des baisses de l'ordre -30 à -40 % en termes de débit estival à la fin du siècle.
L’échelle locale
Mais si les scientifiques alertent, qu’en est-il de la perception des citoyens ? Selon un baromètre réalisé par l’IFOP et dévoilé à cette occasion, 74 % des habitants du bassin se disent inquiets des effets du changement climatique sur l’eau et 84 % disent avoir adopté une démarche de sobriété dans leur usage de l’eau. En revanche, seuls 43 % estiment avoir les moyens de s’adapter à une baisse durable de la ressource. « L’eau est devenue un vrai enjeu pour les français qui cheminent. Mais entre la prise de conscience et un comportement actif, il y aura un temps de pédagogie, même s’ils sont prêts à bouger en s’appuyant sur les élus locaux », a commenté Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop.
Le local fait d’ailleurs largement consensus. « L’adaptation doit se faire à l’échelle des micro-territoires », martèle Elodie Galko pour qui « toutes les solutions doivent être regardées car la marche est haute. L’idée est aussi de se dire que toute goutte d'eau qui tombe sur notre territoire doit y rester le plus longtemps possible ».
L’adaptation, « n’est pas un renoncement aux politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre mais une voie d’action complémentaire dans la lutte contre le changement climatique » souligneFrançois Gemenne, co-auteur du 6ème rapport du GIEC. Dans cette perspective, l’Agence de l’eau Adour Garonne dispose de deux milliards d’euros de budget sur six ans pour l’accompagnement de projets. « Il reste 25 ans pour agir, et c’est maintenant qu’il faut commencer », insiste Elodie Galko.
Des choix à faire
Combien coûtera cette adaptation ? « Tout dépendra des scénarios choisis qui consisteront soit à anticiper, soit à déclencher en réaction à une crise », répond Vivian Dépoues, Responsable thématique – Adaptation au changement climatique , I4CE. « Aujourd’hui, ce qui domine, c’est la tentative de maintenir ce qui existe le plus longtemps possible. Mais la question est de savoir jusqu’où cela tiendra et surtout combien cela coûtera. Une chose est sûre à ce stade, moins nous anticiperons, plus cela coûtera cher aux finances publiques. » Plusieurs réflexions seront dès lors incontournables, notamment sur le sujet de l’allocation de la ressource. « Comment ferons-nous pour partager un bien qui se raréfie ? » interroge François Gemenne. « Alors que la sinistralité va augmenter, est-ce que notre régime d’indemnisation Cat-Nat, robuste aujourd’hui, tiendra. Comme interroge Rodolphe Pannier, Chargé de mission à la Caisse Centrale de Réassurance Ou faudra-t-il tendre vers une sécurité climatique ? », se demande Clément Tonon. Des choix devront également être faits en matière de service d'alimentation en eau potable.
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Le sujet agricole sera quant à lui majeur. « Ce secteur est probablement l'un des seuls à pouvoir jouer sur les deux tableaux, à savoir l'adaptation et l’atténuation du changement climatique », souligne Lionel Alletto, agronome à l’INRAE. De toute évidence, « notre modèle n'est pas soutenable puisqu'en 2050 nous pourrions avoir besoin de 2,5 fois plus d'eau pour garder le même modèle agricole dans le Sud-Ouest », rappelle Hélène Arambourou pour le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. Si la culture des légumineuses est une piste, « il faut que les filières existent et que les agriculteurs soient en capacité de vendre leurs productions. C’est aujourd’hui l’écueil le plus fort que nous ayons identifié », explique Lionel Alletto.
Se projeter positivement
Les enjeux ont beau être multiples, il s’agit surtout pour François Gemenne de faire d’une contrainte un projet positif. « La transition doit permettre de retrouver un certain sens du progrès donc une certaine confiance en l'avenir qui passera par l’anticipation, l’invention d’un nouveau modèle économique et de nouvelles manières de décider ensemble. » « L’action peut émerger au nom de la promesse faite à nos enfants que la vie peut être agréable », a pour sa part déclaré Nathanaël Wallenhorst, chercher et auteur de « 2049 - Ce que le climat va faire à l’Europe ». Pour l’amorcer, des ateliers ont permis aux participants de cette journée de dessiner collectivement ce que pourrait être 2050..
Avec deux fois moins d’eau, les participants ont planché sur les bases d’une réflexion à mener sur le développement durable, l’industrie durable, l’agriculture durable et l’environnement.
Plusieurs messages ont particulièrement retenu l’attention des participants. Parmi eux, la nécessité de traiter le sujet de l’eau collectivement, territoire par territoire et de développer une culture du risque. « Admettre sa propre vulnérabilité est un premier pas vers l’adaptation », assure François Gemenne. Ainsi, quel que soit le secteur, ils en conviennent, il s'agira de poser un diagnostic, d’adapter les actions aux spécificités du territoire, de s’accorder sur la gouvernance et de répertorier les outils nécessaires à la transition. Sur le volet industriel, une première étape consistera à anticiper la localisation des entreprises non plus seulement en fonction des transports mais en fonction de l’accès à l’eau et des risques climatiques. Puis, à l’échelle d’un territoire, se posera la question de la répartition de la ressource mais aussi de la limitation de l’impact de l’industrie sur la qualité de l’eau. Un gros travail est également attendu dans l’agriculture où il y a urgence, car sans changement de modèle, la demande en eau triplera, sans disponibilité de l’offre. Plusieurs questions devront alors guider la réflexion. Comment accompagner les professionnels dans la transition ? Comment développer un modèle robuste et résilient ? Avec quels financements ? En attendant, une évidence : l’avenir de l'agriculture n'est pas la seule responsabilité des agriculteurs. Et, à ce stade, un rappel : « le coût de l’inaction sera bien plus élevé que celui de l’action », insiste François Gemenne qui souligne également un paradoxe : « Nous avons tous le souhait que l'eau reste aisément accessible et quasiment gratuite. Or, ce bien va devenir de plus en plus rare et donc de plus en plus cher. A partir de là, quelle tarification voulons-nous ? » Une autre question qu’il sera nécessaire d’aborder.
Water Family reçoit le prix Agir pour l’eau en partenariat avec la Banque Populaire Engagée dans une approche d’éducation positive à l’écologie scientifique, Water Family a reçu, à la fin de cette journée d’échanges, le trophée agir pour l'eau en partenariat avec la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique. Créée en 2009, cette association développe des programmes pédagogiques sur la préservation de l’eau, de la santé et du vivant à destination des scolaires, du grand public, des entreprises et des organisateurs d’événement.