Vers une décennie perdue pour la Grande-Bretagne ?

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Après la "belle décennie" (1997-2007), la Grande-Bretagne fait face à une montagne de dette -de l'Etat et des ménages- et à une zone euro -où elle réalise 60% de ses exportations- en berne. Le début d'une décennie perdue?

Bonne nouvelle: l'économie britannique progresse. Elle a cru de 0,3% au premier trimestre, selon les derniers chiffres de l'Office of National Statistics, après une progression de 0,4% au 4ème trimestre 2009. Maintenant, rappelez-vous ceci: le taux d'intérêt de la banque d'Angleterre est de 0,5%. Pratiquement zéro, un niveau sans précédent. Un immense plan de relance monétaire (connu sous le doux nom de "quantitative easing") n'est toujours pas officiellement arrêté, mais simplement suspendu.

Dans ces conditions, une telle croissance est au mieux médiocre. Cela ne serait pas grave si l'avenir était rose, pointant vers un fort rebond après la crise de ces deux dernières années. Mais tout indique le contraire.

Deux facteurs simples explique l'étonnante croissance britannique entre le milieu des années 1990 et 2007: la consommation des ménages et l'augmentation des dépenses publiques. A tel point que le surnom de la période est devenu la "belle décennie". Les deux autres moteurs de l'économie -investissements et exportations- tournaient portant faiblement. L'économie britannique importait et consommait, produisant de moins en moins. Mais cela n'inquiétait que quelques obscurs économistes.

Malheureusement pour les Britanniques, les deux moteurs d'antan sont à court de carburant. La consommation des ménages est en berne, ayant stagné au 1er trimestre 2010. Tant que le chômage demeure relativement élevé -8% de la population active- que leur endettement est important, et qu'ils ne bénéficient pas de retraites dignes de ce nom, ce mouvement de contraction devrait continuer.

Quant aux dépenses de l'Etat, c'est fini. Les premières mesures de rigueur ont été annoncées ce lundi. Et le budget du 22 juin devrait réserver d'autres mesures de restriction budgétaire, ou d'augmentation d'impôts.

Certes, le gros de la rigueur arrivera en 2011 seulement. Mais même les mesures annoncées lundi auront un impact. Au total, 6,2 milliards de livres de dépenses publiques vont être supprimées. C'est peu -4% du déficit de l'an dernier (avril 2009-mars 2010). Mais cela correspond à environ 0,4% de PIB, soit plus du tiers de la croissance prévue cette année! Bref, cela peut étouffer la croissance, sans vraiment résoudre le déficit.

A cela s'ajoute le spectre de la hausse des taux d'intérêt, alors que l'inflation atteint 3,7% sur un an. C'est largement au-dessus de l'objectif de 2% de la banque d'Angleterre. Celle-ci pourrait décider d'agir, même si elle devrait attendre fin 2010, ou début 2011, pour augmenter ses taux. La secousse de la zone euro, où la Grande-Bretagne réalise 60% de ses exportations, est également une très mauvaise nouvelle. Ceux qui espéraient un rebond de la croissance grâce à la chute de la livre sterling en seront pour leurs frais.

Bref, les signes d'espoir sont faibles. Le pire n'est jamais certain, mais le spectre d'une décennie perdue, à la japonaise, est loin d'être écarté.

 

 

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