La semaine qui va changer l'économie britannique

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George Osborne, chancelier de l'Echiquier, a l'avenir de la Grande-Bretagne entre ses mains
George Osborne, chancelier de l'Echiquier, a l'avenir de la Grande-Bretagne entre ses mains (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Mercredi, le budget de rigueur sera détaillé. Les Britanniques se lancent dans cinq années d'une réduction des dépenses publiques sans précédent, qui va changer le pays pour longtemps.

Encore 48 heures d'attente, et les Britanniques sauront exactement où tombera la hache. George Osborne, le chancelier de l'Echiquier, va détailler mercredi la "Spending Review", c'est-à-dire les grandes orientations budgétaires des cinq prochaines années. Après des années de discussions un rien théoriques, les Britanniques vont pouvoir traduire dans les faits la signification du mot "rigueur".

Car l'ampleur de ce qui les attend ne peut pas être sous-estimée. L'enveloppe globale a déjà été annoncée en juin, mais elle vaut la peine d'être rappelée: l'objectif est de réduire le déficit britannique de 11% du PIB en 2009/2010 (année d'avril à mars) à 2% en 2014/2015, d'ici la fin du mandat parlementaire. Cela nécessite de couper les dépenses de l'Etat de 83 milliards de livres (95 milliards d'euros) en valeur réelle (auxquelles s'ajoutent 33 milliards d'euros de hausses d'impôts, déjà annoncées). Pour les ministères non protégés (la santé et l'aide au développement seront épargnés), cela signifie une réduction d'un quart de leur budget en moyenne en valeur réelle d'ici cinq ans !

Vous avez bien lu: réduction moyenne d'un quart. Certes, c'est en valeur réelle, et les chiffres doivent être corrigés de l'inflation. Mais pour les ministères les plus touchés (probablement la justice, les aides sociales, les transports...), cela signifie des baisses de plus de 30%.

C'est nettement plus que sous Margaret Thatcher. Nettement plus que pendant le plan imposé par le FMI quand celui-ci était venu à la rescousse du pays dans les années 1970. Et nettement plus que tout ce qui a été fait hors guerre mondiale.

La "Spending Review" va dévoiler les programmes qui vont disparaître. Parmi les chocs possibles, on peut citer en vrac: suppression de 20-30000 militaires; décision de repousser le renouvellement des sous-marins portant la dissuasion nucléaire du pays à après les prochaines élections; suppression de 40000 policiers; doublement des frais universitaires; suppression de la construction de nouvelles prisons, alors que celles existantes sont surbondées; gel de la construction des logements sociaux; suppression (déjà annoncée) des allocations familiales pour les familles aisées...

Toutes ces prédictions ne se réaliseront pas. Mais la tendance lourde est là.

Ces décisions rentreront en vigueur courant 2011, avec le gros des mesures qui se feront vraiment sentir en 2012 et 2013. C'est pourquoi beaucoup de commentateurs prédisent une vraie grogne sociale l'hiver prochain.

Surtout, cela signifie que l'essentiel de la politique des prochaines années va tourner autour des décisions lancées ce mercredi. Les prochaines élections, en 2015, vont presque certainement se jouer sur la réussite ou l'échec du plan de rigueur. C'est vrai pour l'économie bien sûr, mais aussi pour les grands sujets de société: la délinquance aura-t-elle augmenté, à cause du nombre de policiers qui aura décliné? Les sans-abri seront-ils plus nombreux, à cause du manque de logements sociaux? Les musées d'Etat seront-ils obligés de devenir payant? Presque tout sera touché, de près ou de loin, aux décisions de la Spending Review.

Le pari est donc particulièrement osé. Il va définir la Grande-Bretagne pour de nombreuses années à venir.

 

 

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