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OpinionsInside Davos

L'énorme show de David Cameron, l'Européen qui veut changer l'Europe

Philippe Mabille

Publié le 24 janvier 2013 à 12:33 - Mis à jour le 24 janvier 2013 à 12:35

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The Davos Cameron Shoow ! Au World Economic Forum, jeudi, le Premier ministre britannique s'est longuement et très franchement expliqué sur son annonce choc d'un référendum sur la participation de la Grande-Bretagne à l'Union européenne. Il s'agit clairement de peser pour changer l'orientation de l'Europe vers plus de marché et d'ouverture commerciale pour affronter la mondialisation.

Enorme session au Congress Hall ce jeudi matin à Davos avec coup sur coup les interventions de Henry Kissinger et de David Cameron.
Au lendemain du discours historique du Premier ministre britannique sur l'avenir de la relation entre la Grande Bretagne et l'Union européenne, l'ancien chef de la diplomatie américaine sous Nixon à adressé un clair message. "Quoi qu il advienne, l'idée de l'unité européenne doit être défendue". Mais l'Europe doit "passer du stade de la construction économique à celui de la construction politique. Sinon ce sera la fin de l'Europe". Or, "l'Europe doit être maintenue comme concept" a conclu Kissinger, exprimant assez bien la préoccupation des États-Unis devant la stratégie offensive déployée par son allié naturel en Europe. Pour l'Amérique, l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne fait partie de la stratégie de contrôle de la tentation fédéraliste du vieux continent. Car les États-Unis d'Amérique ont toujours vu avec une certaine appréhension la perspective, certes, encore lointaine des États-Unis d'Europe. Il faut donc maintenir en place la tête de pont britannique. "quand je parle d'Europe, je ne pense pas seulement au continent. J'y inclus bien entendu la Grande Bretagne" a lancé le vieux diplomate Juste avant l'entrée en scène du jeune et impétueux Cameron.
Le premier ministre britannique, dont c'est la septième participation consécutive au World Economic Forum, dont trois ans comme Chef du gouvernement, a fait le show exactement de la façon dont le public de Davos l'aime, avec un sens du leadership et de la mise en scène qui manque bien souvent aux dirigeants français. Seul sur scène, il a répondu directement aux questions du public, après son brillant discours introductif, y compris aux plus impertinentes d'une journaliste de la BBC !
David Cameron s'est donc expliqué fort et clair sur les raisons qui l'ont conduit à annoncer un possible référendum après son éventuelle réélection en 2015 sur le maintien de présence du Royaume Uni au sein de l'Union européenne. Et au fil du discours, est apparue dans la lumière le sens de cette initiative qui est une réponse tactique du gouvernement britannique longuement mûrie face à la menace d'une autonomisation de la zone euro.
Selon Cameron, l'Europe est dépassée dans sa configuration actuelle et elle ne prend pas assez fortement en marche le train de la mondialisation. "Nous sommes en train de régresser donc nous devons changer et nous adapter et être plus souple en supprimant les réglementation qui augmentent nos coûts. Une Europe dans l'intérêt de la Grande Bretagne doit être plus ouverte et compétitive pour profiter des opportunités d'un monde en plein changement", a-t-il fait comprendre. David Cameron l'a donc dit sans détours. L'économie sociale de marché telle qu'elle se construit sur le continent n'est pas la vision britannique.
Si l'objectif est de "construire un pays appelé Europe, je ne suis pas d'accord et la Grande Bretagne n'en fera jamais partie", a t il expliqué. Selon lui, le Royaume-Uni n'entrera jamais dans l'euro et ne renoncera jamais à sa souveraineté. Mais "si l'Europe, c'est travailler ensemble pour être plus efficace et pour une économie de marché ouverte, ok, je suis votre homme", a-t-il expliqué. "A centralized political union, not for me, not for Britain": jamais sans doute un dirigeant britannique moderne n'aura parlé aussi franchement sur sa stratégie à l'égard de l'Europe. à propos de la réaction des milieux d'affaires et notamment des inquiétudes de la City de Londres devant les risques que font peser sa démarche, Cameron s'est dit assure d'avoir été compris... Selon lui, " le pire risque que court le Royaume-Uni serait de ne rien faire et d'assister passivement aux évolutions en cours dans la zone euro".
D'accord pour coopérer politiquement dans la lutte contre le terrorisme, il confirme le soutien pour l'instant seulement logistique de la Grande Bretagne à l'intervention de la France au Mali, David Cameron veut avancer ses pions pour réorienter la construction de l'Europe dans un sens libéral. L'affirmation de ses priorités pour le G8 que le Royaume Uni présidé cette année va dans le même sens.
Les trois mots clés de ce G8 seront donc "trade, tax and transparency", le libre commerce, la lutte contre l'évitement fiscal, et contre la corruption, qui sont selon lui les trois voies pour sortir de la crise.
Rester dans un monde ouvert sur le plan du commerce est la clef pour comprendre Cameron qui plaide pour la signature d'un accord commercial entre les États-Unis et l'Union européenne "qui représentent ensemble le tiers des échanges dans le monde". Il faut aussi mettre fin aux stratégies d'optimisation fiscale des multinationales "qui sont de moins en moins acceptées par les citoyens". Cameron, qui s'engage parallèlement à poursuivre les efforts sur les dépenses publiques britanniques et donc à baisser les impôts sur les sociétés, veut que chacun paye le "fair price". C'est en faisant payer les impôts dus que l'on pourra baisser les impôts pour tous, estime-t-il, se défendant de faire ici à Davos un plaidoyer pro-impôts. Ce sujet sera une priorité du G8 afin notamment de faire avancer le dossier des échanges d'information entre administrations fiscales prôné par l'OCDE. Une discussion musclée en perspective avec le voisin irlandais de la Grande Bretagne est en ligne de mire...
"Au Royaume Uni, nous avons été radicaux et révolutionnaires" dans notre réponse à la crise, a soutenu David Cameron, se présentant comme le "vendeur" de la stratégie de son pays et le défenseur de ses intérêts. "Avec ce référendum, nous ne tournons pas le dos à l'Europe, bien au contraire, nous défendons une Europe ouverte et plus flexible". Un clin d'oreille à Angela Merkel qui plaide elle aussi pour une Europe réorientée vers plus de compétitivité et qui réagira ce jeudi après midi à l'initiative britannique. Au moins, Cameron a le mérite de parler cash. La solidarité budgétaire et financière européenne, telle qu'elle est en train de progresser au sein de la zone euro, très peu pour lui... On peut juste espérer que la Grande Bretagne, qui n'est pas encore sortie d'affaire sur le plan économique, n'aura jamais besoin de cette solidarité...

Philippe Mabille

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