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Pourquoi dit-on les Français dépressifs ?

Sophie Péters

Publié le 05 février 2013 à 15:56 - Mis à jour le 05 février 2013 à 15:59

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Au palmarès des pays les plus pessimistes, la France est en lice pour la palme d'or : sur 58 pays où Nielsen a étudié le moral des ménages, la France se place 51ème et enregistre l'une des plus fortes chute au 4ème trimestre 2012 (-9 points par rapport au 3ème trimestre). Seuls la Belgique et la Grèce font pire. A quoi attribuer ce vague à l'âme français, quasi devenu structurel ? Petite analyse "psy" du syndrôme dépressif français.

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A quoi attribuer ce fameux vague à l'âme ? Sans doute à notre ambivalence légendaire qui  se résume à : « tout garder et avancer », entre rester fidèles à nos valeurs et envie de voir les choses changer. Le dossier des retraites est à ce sujet édifiant : chaque français, en son âme et conscience, sait la réforme nécessaire mais la nostalgie du passé continue de gangrener les groupes. Les patrons constatent avec regret la peur des français face à la mondialisation en même temps que leur souhait de rester dans la course et garder la tête haute. On nous a souvent définit comme une société de schizophrène. Le terme est même entré dans le discours patronal. Rien d'étonnant quand on sait que le terme d'ambivalence a été introduit en 1910 par Eugen Bleuler pour caractériser un aspect de l'état psychique des schizophrènes. Il a été repris par Sigmund Freud de façon beaucoup plus « light » pour illustrer la juxtaposition de deux affects : l'amour et la haine. Ce qui selon lui n'est possible que dans certaines conditions psychologiques particulières et grâce à leur caractère inconscient. Mais l'ambivalence désigne aussi un autre phénomène, révélé par d'autres courants psy et qui s'illustre dans le comportement du profil « passif/agressif ». Le « passif/agressif » s'apparente à beaucoup d'égards au profil névrotique du Français. Râleur, passant son temps à dénigrer ce qu'il a, à déplorer ce qu'il n'a pas, facilement en colère et l'exprimant à mauvais escient, il est cependant rétif à tout changement et toute évolution et se plaint d'être incompris. Sa grande force est sa capacité de résistance.

Comment dans ces conditions sortir de l'impasse ? Car ce type de personnalité a rarement conscience de son agressivité, puisque se ressent comme un éternel soumis, victime du pouvoir des autres. Et toute aide venue de l'extérieur est vécue comme nuisible. Inextricable ? Difficile à gouverner c'est certain. Puisqu'il passe dans le triangle « victimaire » aux différents rôles de victime, persécuteur et sauveteur avec une facilité déconcertante. D'où en victime du système, une propension à projeter sa problématique personnelle dans une cause externe : défense d'un système, d'une corporation. On en revient au fameux dossier des retraites mais aussi au désenchantement européen. Tout le problème de ce type de fonctionnement est qu'il n'est jamais vécu comme étant un problème en soi. Pire : le « passif-agressif » a la phobie de l'engagement. Ambivalent entre s'investir et fuir, entre peur de se risquer ou sentiment de passer à côté de quelque chose d'essentiel.  La quadrature du cercle nous guette. Ce qui explique le cri d'alarme de ceux qui disent que la France va dans le mur ou se marginalise dans le concert mondial.

Alors demain ? Car il faudra bien sortir de cette impasse au risque de tomber sinon dans la dépression généralisée. Pour la grande Psychanalyste Mélanie Klein l'ambivalence est en effet le propre de la position dépressive. Pas question de forcer le traitement. Comme on le voit actuellement, cela a toutes les chances de casser. Un passif-agressif ne supporte pas qu'on lui tende un miroir....d'autant qu'il ne s'y voit pas !  Ici, il faut y aller doucement pour ne pas porter un coup au narcissisme et à la fierté. Non, la piste à explorer serait de sortir les Français de leur posture nombriliste pour les porter à s'intéresser plus à ce qui se passe à l'extérieur qu'à l'intérieur des frontières de l'hexagone. Bref, trouver un référent. Reste à trouver le « bon objet », comme disent les psy. En voilà un programme pour 2013....

Sophie Péters

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