Un Cosi Fan Tutte un peu trop lisse

Le Théâtre des Champs Elysées aborde un festival Mozart avec l'une des oeuvres les plus sensuelles du maître. Les chanteurs sont excellents. La mise en scène ne devrait pas rester dans les mémoires
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Oserait-on encore imaginer pareille histoire de nos jours ? Et titrer l'oeuvre : toutes les mêmes ! A moins d'accepter de se mettre à dos la moitié de la population mondiale, certes pas. L'histoire de Cosi fan tutte de Mozart est certes une bouffonnerie. Et Mozart s'était lui même bien amusé en concevant son opéra autour de ce livret, imaginé par ce sacré noceur de Lorenzo Da Ponte. Tellement noceur qu'il a dû, à plusieurs reprises, quitter précipitamment certaines contrées européennes dont la plus renommé à l'époque : Venise. L'histoire de cet opéra serait, certes, tiré d'un fait divers qui aurait fait rire toute l'Europe galante. Du coup, Da Ponte n'a pas eu beaucoup de mal à en tirer la saveur philosophico-sociale et Mozart la dimension universelle.

L'intrigue repose donc sur ce principe de base : toutes les femmes sont infidèles et bien fou qui saurait s'y fier. Mais loin d'appuyer cette idée et d'en ériger un constat définitif, Mozart nous initie, cette fois, à l'art du pardon et de la sagesse. L'art du pardon d'abord, parce que les deux tourtereaux trompés finiront par relativiser l'évènement, et préférer écouter leur coeur; L'art de la sagesse parce qu'ils ont suffisamment de richesse intérieure pour comprendre que là n'est pas le sens de la vie et que pardonner élève l'homme. C'est bien en cela que Cosi fan Tutte est plus qu'une bouffonnerie. C'est un conte philosophique à la gloire de l'humanité, notre humanité individuelle et universelle. Sachant que ce qui est valable pour les femmes, l'est tout autant pour les hommes. C'est d'ailleurs bien cette finesse d'esprit que l'on retrouve dans les Noces de Figaro et Don Giovanni, écrits eux-aussi en collaboration avec Da Ponte.

La version présentée au Théâtre des Champs Elysées jusqu'au 31 mai, nous plonge parfaitement dans cet univers duel où l'on ne sait pas très bien si l'on doit rire ou pleurer, applaudir des deux mains ou huer le persiflage des hommes sur la vertu des femmes. Pour autant, la mise en scène d'Eric Génovèse, sociétaire de la Comédie française et de Valérie Nègre, très raffinée dans les couleurs, très stylisée et comme suspendue dans les airs et dans le temps ne parvient pas à retenir notre attention. Comme si tout cela était trop lisse, ne s'agrippant pas aux aspérités des différents protagonistes. Du coup, on ne retient pas non plus la musique, celle-ci s'effaçant derrière cette impression diffuse.

C'est plus que dommage compte tenu de la qualité des voix des héros. Camilla Tilling dans Fiordiligi est superbe et place les notes les plus hautes comme sur un sommet nuageux et ouaté. Bernard Richter dans Ferrando a le timbre que l'on a envie d'entendre d'un ténor : chaud, puissant et couleur de miel.

Belle direction, enfin, de Jérémie Rohrer avec le Cercle de l'Harmonie qui parvient à rendre parfaitement le rythme endiablé de la partition de Mozart sans aller jusqu'à la précipitation.

 

Cosi Fan Tutte

Théâtre des Champs Elysées
Jusqu'au 31 mai
Prix des places : De 5 à 140 euros
Réservations : www.theatrechampselysees.fr


 

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