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Les banques marchent-elles sur la tête?

monfinancier.com

Publié le 21 juin 2012 à 13:22

Le Quotidien Numérique

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Qui peut dire combien vaut une banque ? Prenez BNP Paribas, le 1er groupe bancaire avec ses 14 millions de clients, et ses 198 000 salariés français. Une banque qui gère plus de 1 000 milliards d'actifs (1 212 milliards d'euros d'encours au total) avec 546,3 milliards d'euros d'encours de dépôts et près de 666 milliards d'euros de crédits.

Combien BNP Paribas devrait-elle valorisée en bourse ? Vaut-elle les 110 milliards de 2007 ou bien les 34 milliards d?aujourd?hui ? Il y a 5 ans, date à laquelle le chiffre d?affaires a atteint son plus haut historique à 97,82 milliards d?euros, le titre s?échangeait à 92,40 euros. Depuis, l?action a été divisée par pratiquement 5 (et s?échange désormais moins de 30 euros) alors que le chiffre d?affaires n?a reculé que de 13% sur la même période.

Crédit agricole qui ne pesait pas loin de 90 milliards d?euros (pour un cours à 33,10 euros) a fondu de 89% en 5 ans. Sa capitalisation boursière dépasse désormais difficilement les 9 milliards alors que son cours a atteint un record historique de faiblesse le 1er juin dernier, à 2,48 euros.
Et que dire de Société Générale dont le cours a été divisé par 10 entre la crise des subprimes et aujourd?hui ? Rappelez vous lorsque le titre atteignait un sommet de 141,94 euros en aout 2007? elle est tombée au plus bas à 15,10 euros le 18 mai 2012. Elle valait pourtant 50 euros 3 mois auparavant.

Les banques européennes ont un point commun. Entre les sommets de 2007 et aujourd?hui leur capitalisation à été divisée par 10. Dès lors, le petit porteur est en droit de se demander si le marché n?aurait pas un problème dans ses calculs de valorisation. Le mythe du marché efficient, censé donner un prix qui reflète les fondamentaux est-il incapable de savoir combien vaut une banque ?
De fait, pour que le marché puisse valoriser judicieusement une société, il a besoin avant tout de transparence. Or, le système bancaire excelle dans l?art de l?opacité. Personne ne sait vraiment ce qui se cache précisément dans le bilan des banques, si bien que le marché est incapable d?évaluer la solidité des actifs des financiers de ces groupes.

En 2007, le contexte économique, radicalement différent, était propice au développement des banques. La croissance économique était au rendez vous. Greenspan, à la tête de la Fed menait une politique monétaire qui leur était favorable avec des taux d?intérêts peu élevés. Les Etats-Unis connaissaient même un boom de l?immobilier, alors que Bush avait pour ambition de faire de l?Amérique un pays de propriétaires. Le secteur avait le vent en poupe, il en allait de même quant à sa valorisation. La suite de l ?histoire nous la connaissons. Les encours de crédits immobiliers se sont envolés, créant une bulle immobilière qui a explosé avec la chute de Lehmann Brother.

Depuis cet épisode tragique pour le monde de la finance, aucune banque européenne n?a retrouvé son niveau de l?époque. Les marchés financiers ont été traumatisés et jurent qu?on ne les y reprendra plus.

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Lorsque survient la crise souveraine en 2010, les marchés, qui n?ont pas la mémoire courte, préfèrent pécher par excès de prudence et de pessimisme plutôt que l?inverse. Désormais, aucun scénario noir n?est écarté, une prudence excessive qui s?est traduite par une logique implacable dans les cours.

En effet, même en additionnant les capitalisations des trois grandes banques françaises, Société Générale (13,15 mds), Crédit agricole (8,9 mds), et BNP (34,7), on n?arrive pas à la moitié de ce que valait l?une d?entre elles il y a 4 ans.
En Italie, la banque Intesa San paolo a vu son cours fondre de 82% en l?espace de 5 ans. Et depuis le début de l ?année, elle perd encore 16%. En Espagne, BBVA qui pesait 100 milliards en 2007, n?en pèse plus que 25. Le titre cotait 19 euros en 2007, il en vaut 5 aujourd?hui

Une action comme Deutsche Bank s?échangeait à 108 euros en 2007, elle en vaut 33 aujourd?hui. Idem pour Commerzbank qui se négociait 38 euros en 2007, vous pouvez acquérir le titre pour 1,5 euros aujourd?hui.
De fait, force est de constater que depuis 4 ans, c?est l?hécatombe pour le secteur bancaire européen. La crise souveraine européenne étant passée par là, elle a emporté avec elle la confiance des marchés dans la solidité du système.

Rappelons par exemple que les quatre plus grosses banques françaises (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et la BPCE) seraient exposées à hauteur de 31 milliards d'euros à la dette souveraine des PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne).
Au final, peu importe dans l?absolu si ce montant est élevé ou pas, ce qui est fondamental, c?est que les banques ne se font plus confiance entre elles, ni dans les actifs qu?elles détiennent.

Depuis l?éclatement de la crise grecque en 2010, les banques allemandes et françaises ont eu beau réduire leurs positions en obligations sur les pays périphériques de 50%, rien n?y fait. La confiance s?est évaporée laissant place à une vague de défiance qui a failli provoquer une grave crise de liquidités car le marché interbancaire était pratiquement gelé.
La BCE, consciente du risque systémique et inquiète des conséquences d?un credit crunch sur le système financier mondial a mené une opération de refinancement à long terme, baptisé LTRO, conduisant à injecter 1 000 milliards d?euros dans le système.

Encouragées par leurs gouvernements à utiliser cet argent, les banques espagnoles, italiennes et portugaises ont acheté en quantité astronomiques les obligations émises par leurs propres gouvernements. L?opération est même très lucrative pour les prêteurs des pays ?périphériques? (l?Espagne, le Portugal, l?Irlande, la Grèce et l?Italie) puisqu?elles ont emprunté à seulement 1% pour acheter des obligations gouvernementales rapportant entre 6% et 13%?..

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