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Adam Smith n’a pas tout vu !

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Publié le 06 novembre 2013 à 10:03 - Mis à jour le 10 novembre 2013 à 15:03

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Que ce soit sur place du village ou dans les très élaborées salles de marché, on y fait toujours la même chose : des échanges. Mais pourquoi passons-nous notre temps à commercer ? Sans se lancer dans une apologie de la cupidité humaine, c’est bien parce qu’avec ce commerce, on s’enrichit. Loin de nous cette idée barbare et mercantiliste qui consiste à déclarer que l’on est plus riche que son voisin parce que l’on a davantage de monnaie, non ; ce serait retourner au XVII siècle. En effet, en ce temps-là, les monarques n’hésitaient pas à affirmer que l’Etat c’était eux, et que par conséquent, l’enrichissement des nations rimait avec leur enrichissement personnel. Ce courant de pensée aura même abouti à l’enrôlement de corsaires, pirates payés par l’Etat afin de saborder les navires étrangers, et au saccage de civilisations entières dans une fièvre bullioniste. C’est qu’il faut avant tout raisonner en termes réels : de telles pratiques mèneraient à une accumulation de métaux précieux qui, tout au mieux, favoriseraient le crédit, mais augmenterait les prix. Sur les territoires étrangers, les prix seraient bas, mais il ne nous est pas autorisé d’y acheter !

Le commerce enrichit tous les participants !

C’est au XVIII siècle qu’Adam Smith, le père fondateur de l’économie classique, souligne l’importance du libre-échange. Il démontre qu’il est bien plus intéressant de s’ouvrir à l’extérieur, une position que l’Angleterre gardera bien longtemps, en dépit-même de la montée du protectionnisme dans les années 1930. Afin de défendre sa position, Smith met à jour une notion qui aura de nombreuses filiations dans l’histoire de la pensée économique : l’avantage absolu. Il l’illustre ainsi : la Grande-Bretagne produit 100 mètres de draps en une heure et 100 litres de vin en une heure. Le Portugal quant à lui ne produit que 90 mètres de draps en une heure, mais 120 litres de vin en une heure. Alors, le Portugal aura intérêt à ne produire que du vin et l’échanger contre des draps britanniques ! La ressource qu’est le temps de travail est ainsi mieux allouée. Le Portugal dispose d’un avantage absolu sur le vin et la Grande-Bretagne sur les draps. Toutefois, Ricardo se pose la question des pays qui ne disposent d’aucun avantage, c’est-à-dire qui seraient moins bon dans toutes les productions qu’un autre pays. Il introduit alors la notion d’avantage comparatif. Ainsi, si l’Angleterre produit 100 mètres de draps et 120 litres de vin par heure, et que le Portugal n’est qu’à 90 mètres de draps et 80 litres par heure, alors le Portugal n’a aucun avantage. Ricardo montre cependant que le Portugal a intérêt à se spécialiser là où il est le moins mauvais, et l’Angleterre à se spécialiser là où elle est la meilleure. En l’occurrence, le Portugal produira les draps et l’Angleterre le vin. John Stuart Mill explique que le prix pratiqué dans ces échanges internationaux est en fait le résultat de la confrontation de l’offre et de la demande en termes de prix relatif (le litre de vin exprimé en mètres de draps).

Mais d’où proviennent donc ces avantages ?

On a pu apercevoir que le commerce international ne fait donc pas que vous enrichir : il modifie également profondément la structure économique des pays commerçants puisqu’elle aboutit à une spécialisation du territoire. Ce constat est bien plus clair lorsque l’on tente de déterminer les explications de ces avantages qu’ont les pays dans le commerce. Une première explication est l’explication naturelle : des avantages en production peuvent provenir du climat, des ressources minérales, des désavantages de catastrophes naturelles fréquentes … En ce qui concerne l’explication néoclassique, il s’est agi de quantifier dans la production des biens (et services) l’utilisation de chaque facteur de production : le travail (la main-d’œuvre) et le capital (les machines). Selon le théorème HOS (du nom des chercheurs Heckscher, Ohlin et Samuelson), le raisonnement (raccourcis) est le suivant : un pays dispose de plus ou moins de chacun des facteurs (population active et investissements cumulés). Chaque produit nécessite chacun des facteurs en proportion distincte (l’intensité factorielle). Un pays aura ainsi l’avantage si ses propres proportions sont plus proches de celles du bien que ne le sont les proportions d’un pays concurrent. Cette théorie induit des changements irrévocables (en supposant la rationalité des acteurs, comme toujours). En effet, le théorème de Stolper-Samuelson annonce même que la répartition des revenus sera modifiée. Si un pays se spécialise dans un produit à forte intensité capitalistique, alors son prix relatif international va s’accroitre par rapport au prix autarcique (sans commerce). Comme le prix monte, les investisseurs seront intéressés, la demande de capital s’accroit. D’autre part, la demande de travail diminue (les machines requérant moins de main-d’œuvre) et à ce titre, les salaires diminuent également. S’il n’est pas flexible, une baisse du ‘prix’ du travail se traduira par la création de chômage, les facteurs étant supposés immobiles. La théorie explique bien le commerce entre métropoles et colonies, mais Leontiev en vient rapidement à une nouvelle difficulté inexplicable : les pays développés commercent énormément entre eux. La conciliation s’effectuera grâce à une division des deux principaux facteurs de production. Ainsi, on trouvera dans le facteur travail le « travail qualifié » et dans le capital l’efficacité de la recherche.

C’est de la théorie … Qu’en est-il des faits ?

L’approche de Posner (1961) quant à elle se veut davantage empirique que mathématique. Dans les faits, cette approche fonde l’avantage d’un pays sur sa technologie : il s’agit d’analyser le commerce en fonction de l’innovation, génératrice d’un cycle de commerce. Cette idée peut facilement être illustrée avec les travaux de Vernon (1966) sur les produits. D’abord, le produit naît. Il y a peu de consommateurs, seulement quelques rares initiés. Ensuite, le marché croît puis atteint sa maturité. Enfin, le marché décline. La première étape serait le marché intérieur : un marché de test, sans commerce. Ensuite, le marché interne devient insuffisant et le produit s’exporte. Dans la phase de maturité, on assiste à une inversion des échanges : le pays innovateur devient importateur tandis que les nouveaux arrivants produisent le bien à un moindre coût. Enfin, seuls les PED continuent à exporter le produit alors qu’il décline. Si cette approche est pertinente, et colle parfaitement au paysage du XIX et même du XXE siècle, ce n’est plus le cas maintenant : l’Indes par exemple est d’ores et déjà réputée pour ses services informatiques et son programme nucléaire, alors-même que sa population est rurale. Enfin, on peut critiquer ce déterminisme technologique : c’est ici la technologie qui explique tout à elle seule. Or, n’est-elle pas censée apparaître pour répondre à un besoin ? Et d’où viendrait ce besoin ?

Et où en est-on aujourd’hui ?

Pour finir, l’explication des avantages des pays dans le commerce international la plus récente de Helpman et Krugman est probablement la plus pertinente étant la plus à jour. Pour commencer, les entreprises d’un pays constituent des économies d’échelle : plus leur clientèle est importante, plus leurs coûts fixes seront répartis sur un nombre important d’unités produites. Ils soulignent également l’importance des externalités qu’ont les activités. Regroupés sur une aire restreinte l’industrie Hi-tech s’auto-entraîne : c’est le cas de la Silicon Valley. Finalement, ces économistes montrent que le libre-échange apporte un effet dimension aux industries : vos économies d’échelle seront plus importantes parce que vous avez un public plus nombreux ! Des effets qualitatifs s’en suivent : un savoir-faire se dégage indéniablement de votre activité intensive, ce qui vous y rend d’autant plus apte. La concurrence entre les entreprises est également augmentée à travers la théorie des marchés contestables (la menace de l’entrée d’un nouvel acteur sur le marché). En ce sens, des prix bas sont garantis pour les consommateurs, alors qu’ils auraient été plus important en autarcie.

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Des enseignements pour le développement ?

Pour conclure, à travers le temps, il a été montré que le commerce international était créateur de valeur. En effet, tous les partenaires y ont apparemment à gagner. Evidemment, certains gagneront davantage que d’autres, d’autant plus que la structure interne des partenaires «perdants» s’en retrouve changée profondément. Un retour en arrière sur ces changements serait couteux. A ce titre, il convient de s’interroger sur l’impact du commerce international sur le développement des pays. Si l’Asie a su se précipiter à temps sur l’industrie à forte valeur ajoutée (Corée du Sud et audiovisuel) et les services qualifiés (Indes et informatique), l’Afrique quant à elle voit sa spécialisation agricole trop dépendante de Chicago.

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